CHAPITRE
I
Les chiens & les chats : Leur existence avec les humains
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C’est sans doute en raison de l’utilité qu’ils
représentaient pour nous que certains animaux ont été
domestiqués. Ils nous procuraient notre nourriture, notre
habillement, des matériaux pour nos habitations, un moyen
de transport, une protection et une dératisation. Les
animaux qui ont partagé nos habitations ont aussi été
gagnants sur plusieurs plans, en obtenant par exemple une nourriture
régulière et un abri. Cela fait des milliers d’années
que des animaux de compagnie comme le chien et le chat partagent
notre habitat.
Les humains et les chiens partagent une très longue histoire.
Des études récentes ont montré que les
chiens vivaient déjà avec les humains à
l’Age de pierre. Selon certaines de ces études,
les chiens, et dans une certaine mesure les chats, ont connu
une évolution liée à celle des humains
: des variations d’une caractéristique génétique
chez une espèce engendrant un changement dans le comportement,
et souvent une évolution génétique chez
l’autre (1,2). Les humains peuvent nouer des liens émotionnels
très forts avec les chiens, les chats et bien d’autres
animaux, et vice versa.
Le chat domestique (Felis catus) appartient à la famille
des félidés, qui comprend le lion, le tigre, le
guépard, le lynx, les panthères et d’autres
carnivores agiles. La plupart des animaux de cette famille chassent
leur proie, et portent souvent une fourrure de camouflage. Tous
les félidés ont des griffes rétractiles
acérées et sont capables de courir, de grimper
et de bondir sur leur proie.
Des recherches archéologiques effectuées à
Chypre ont apporté des preuves que le chat aurait noué
des liens étroits avec les humains il y a plus de 8 000
ans. On a en effet retrouvé des os d’êtres
humains, de chats et de souris au même endroit –
les chats ayant été utilisés pour maîtriser
la population des rats et des souris dans les entrepôts
à grains. On trouve de meilleures preuves de cette domestication
en Egypte, 4 000 ans av. J.-C. Des fouilles ont mis à
jour des vestiges de colonies agricoles dans le delta du Nil,
et l’on y a trouvé des restes de chats. Il est
probable qu’à cette époque, les chats aient
déjà été à la fois des animaux
utiles et en même temps des compagnons des humains. Le
chat que les égyptiens avaient domestiqué était
le Felis silvestris libyca, une sous-espèce du chat sauvage.
C’était un chat de bonne taille avec un pelage
tigré d’une couleur orange rougeoyante qui aura
peut-être été croisé avec le chat
des marais, dont on rencontre encore aujourd’hui les descendants
au Moyen-Orient.
Depuis les environs de l’an 1 000 av. J.-C., les égyptiens
tenaient le chat en haute estime, et un grand nombre de chats
étaient élevés dans les temples et faisaient
l’objet d’un culte. On voyait dans les chats des
manifestations de Bastet, la déesse à tête
de chat que l’on associait à la beauté,
à la maternité et à la fécondité.
Ce sont les commerçants de l’Antiquité qui
auront introduit le chat égyptien dans d’autres
contrées, autour de la Méditerranée et
progressivement à travers l’Europe et l’Asie.
On trouve maintenant des chats partout dans le monde où
l’on trouve des gens.
Si les chats sont essentiellement des animaux solitaires qui
aiment s’isoler ou retrouver leurs semblables, les chiens
sont des animaux sociables et grégaires. On a retrouvé
des fossiles de chiens dans des habitations humaines remontant
aux temps paléolithiques, et il est possible que leur
domestication ait commencé à cette époque.
Le chien domestique Canis familiaris est essentiellement un
descendant du loup (Canis lupus) dont il hérite d’un
certain nombre des traits d’agressivité que l’on
observe chez les populations sauvages. Le chien domestique est
apparu dans l’est de l’Asie il y a environ 15 000
ans. C’est ce que laissent penser des études dans
lesquelles on a comparé les gènes des loups avec
ceux des chiens du monde entier(3).
Il est probable que des chiens issus d’au moins cinq lignées
domestiques différentes aient accompagné les humains
sur la traversée de l’isthme qui reliait la Sibérie
à l’Alaska et dans la traversée des Amériques
du nord vers le sud il y a environ 12 000 à 14 000 ans,
d’après les travaux de Jennifer Leonard et de ses
collègues (4). A ce moment de l’Histoire du monde,
ces chiens devaient être utilisés comme sentinelles,
pour le transport et pour rassembler les buffles et les mastodontes
pendant les chasses.
Si longue qu’ait pu durer l’association entre les
chiens, les chats et les humains, il existe une profonde compréhension,
surtout entre les chiens et nous. Brian Hare et ses collègues
ont montré que pour trouver la nourriture cachée,
les chiens assimilent les trucs des humains mieux que les chimpanzés
et les loups élevés par l’homme (5). Les
chiots excellent, à n’importe quel âge, à
suivre le regard des humains ou à comprendre qu’il
y a de la nourriture en jeu, même s’ils n’ont
pas une grande expérience des humains. Bien que les chiens,
dans l’histoire de l’évolution, soient éloignés
de nous, ils semblent avoir évolué dans un rapport
si étroit avec nous que dans certains domaines ils «
pensent comme nous ».
Indéniablement, les chiens et les chats partagent avec
nous une grande partie de notre histoire et ont participé
à la formation de nos structures communautaires et sociales.
Ce sont à l’évidence des individus dotés
d’une personnalité et d’une histoire qui
leur sont propres, mais nous avons bien plus de pouvoir qu’eux,
et par conséquent, dans une société qui
se prétend humaine et fondée sur la justice, nous
avons le devoir particulier de prendre soin d’eux. Nous
avons l’obligation morale de veiller à leur intérêt
et à leurs besoins, de reconnaître que comme nous,
ils ont des droits, possèdent une forme de conscience
de soi et peuvent souffrir de diverses manières, souvent
difficiles à cerner.
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Animaux de compagnie et compassion
Cela fait plusieurs siècles que l’on utilise les
chiens et les chats dans la recherche fondamentale et médicale.
On les a soumis à des procédures chirurgicales,
on les a paralysés, on les a fait souffrir, surtout vers
le début du dix-neuvième siècle, à
une époque où il n’existait pas de produits
anesthésiques ni analgésiques. Les hommes de science
qui utilisaient alors ces créatures sensibles affirmaient
qu’au contraire des humains, les chats et les chiens ne
souffraient pas, que ce n’étaient que des machines,
et que la science et la connaissance avaient bien trop d’importance
pour que l’on puisse leur imposer des limites au nom de
la compassion ou des droits des animaux non humains.
Par ailleurs, au sein de la religion chrétienne, nombreux
sont ceux qui continuent encore aujourd’hui à
affirmer que les animaux non humains ne possèdent pas
ce dont nous avons fait notre étalon-or : l’âme.
D’autres cependant considèrent que si cela était
vrai, alors la seule vie que puissent connaître les animaux
non humains ne leur en serait que plus précieuse. Au
sein de la tradition chrétienne, il est possible d’envisager
une approche positive de la vie des animaux. On peut par exemple
considérer que les animaux ont une valeur pour Dieu,
indépendamment de la valeur qu’ils ont pour nous,
ou bien que les animaux existent dans le cadre d’une alliance
avec Dieu et avec le genre humain et que par conséquent,
il existe une relation morale évidente entre eux et nous.
On peut rappeler aussi que pour les chrétiens, Jésus
Christ a donné un exemple moral par son sacrifice pour
l’amour de l’ensemble de la création. D’autres,
selon une conception du monde différente de l’approche
judéo-chrétienne comme le bouddhisme ou le jaïnisme,
éprouvent de la compassion pour tous les êtres
qui partagent cette planète avec nous.
Pour pouvoir assurer le strict minimum des obligations et des
soins qui nous incombent envers ces animaux qui partagent depuis
si longtemps nos maisons et notre existence, il est essentiel
que nous ayons une bonne connaissance des besoins et des exigences
élémentaires de soins relatives aux chiens et
aux chats que l’on utilise dans la recherche.
Le chat
Notions élémentaires
sur la biologie et l’organisation sociale des chats
Le chat est un animal intelligent et solitaire, capable d’être
très sociable. Les chats sauvages sont des animaux nocturnes
qui marquent leur territoire avec leur urine et leurs sécrétions
endocriniennes. Les mâles règnent sur des superficies
très étendues qui recouvrent les petits territoires
des femelles, et ils sont polygames(6).
Les chats communiquent entre eux par la voix, par l’expression
faciale, par des changements de posture et par le flair. Ils
manifestent de l’affection ou de l’agressivité
envers les autres chats ainsi qu’envers les humains, mais
s’ils ne sont pas habitués à la présence
humaine, ils deviendront nerveux lorsqu’on les approche.
Dans un laboratoire, le personnel chargé de prendre soin
des chats a donc la possibilité de réduire nettement
le stress et l’anxiété de ces animaux, en
optant pour une attitude douce et tranquille. Les chats ont
la faculté de percevoir très vite l’attitude
des humains, et ils réagissent en conséquence.
Il n’y a pas de domination hiérarchique chez les
chats, et il ne semble pas qu’ils aient la capacité
de rechercher la réconciliation après un conflit.
Aussi, dans le contexte d’un laboratoire, la formation
de relations sociales peut être très stressante
pour eux. On ne peut interpréter des signes évidents
de stress chez les chats de la même manière qu’on
peut le faire chez les chiens.
Les chats ont une perception du monde très différente
de la nôtre. Lorsqu’ils chassent à vue la
nuit, les chats se servent de leur faculté de distinguer
des objets dans des conditions de plus faible luminosité
que celles dont les humains ont besoin pour voir. C’est
pourquoi, dans les conditions d’hébergement des
chats en laboratoire, le niveau de luminosité a une grande
importance : compte tenu de leurs facultés visuelles
et de leurs réflexes de frayeur, de faibles niveaux de
luminosité conviennent.
Un éclairage inapproprié peut engendrer chez les
chats un stressimportant(7). Les chats sont aussi capables de
suivre des mouvements rapides et d’augmenter leur perception
visuelle grâce à la perception des sons. Ils sont
très sensibles aux ultrasons à l’aide desquels
leurs proies communiquent. Par ailleurs, ils utilisent leur
odorat pour détecter les proies qui leur conviennent.
L’odorat leur sert aussi à communiquer, via leur
organe nasal, et à repérer les marquages des territoires
qu’ils fréquentent.
Les jeunes chats sont agiles, curieux et joueurs, et c’est
vraiment un strict minimum que de leur assurer un environnement
adapté aux divers aspects de leur comportement. Des femelles
adultes pourront être gardées ensemble et s’habitueront
les unes aux autres, tandis que les mâles se battront
pour les femelles disponibles. Il est donc opportun de séparer
les chats mâles qui ne sont pas issus d’une même
portée dès l’âge de 4 à 6 mois.
Les chats peuvent s’adapter à diverses densités
de population, et dans un environnement naturel, on observe
chez eux diverses structures sociales, selon le nombre d’animaux
en valeur absolue mais aussi selon la disponibilité de
lanourriture(8). Une colonie de chats sauvages peut compter
entre 1 et 2 000 animaux par km carré(9).
En général, une chatte atteint sa maturité
sexuelle vers l’âge de neuf mois. Un mâle
atteint sa maturité sexuelle vers huit mois. Bien que
certains chats soient déjà féconds vers
6 à 7 mois, il convient, dans un élevage, de tenir
compte de l’âge des animaux hébergés.
Une portée comprend en moyenne quatre chatons, et il
naît 104 mâles pour 100 femelles (10). Une chatte
gravide a besoin d’un endroit tranquille et sombre pour
donner naissance à ses chatons, et il convient aussi
de prendre cela en compte dans les élevages, afin d’éviter
que les chatons soient stressés et qu’un certain
nombre meurent. Il est nécessaire également de
maintenir les chatons hors de portée des attaques des
mâles.
Considérations générales sur l’élevage
des chats
En élevage, il convient de respecter les meilleures règles
concernant les soins, pour assurer le bien-être et la
satisfaction des besoins comportementaux des animaux. Les installations
doivent permettre aux animaux de vivre dans des conditions de
sécurité et de confort qui leur soient appropriées,
dans un environnement répondant à leurs besoins
spécifiques. Il convient de leur permettre d’avoir
une activité physique et de leur offrir de quoi stimuler
leurs facultés mentales. Il importe d’accorder
une attention particulière aux conditions d’hébergement
ainsi qu’à l’enrichissement de l’environnement
des animaux qui seront utilisés dans la recherche, afin
de maximiser leur bien-être.
En particulier, il convient de ne pas enfermer ensemble plus
de 12 chats, et lorsque les chats ont l’habitude d’être
hébergés ensemble, l’isolement d’un
chat peut constituer un facteur de stress significatif. Il devrait
être absolument évident que du point de vue du
bien-être comme du point de vue scientifique, ces animaux
ont un besoin spécifique de ne pas rester isolés
plus de 24 heures.
Pourtant, comme le montrent les études de cas présentées
dans ce rapport, on maintient souvent des animaux dans l’isolement
pendant des périodes prolongées sans justification
appropriée. Une bonne pratique en la matière suppose
aussi un contrôle attentif des colonies de chats, afin
d’identifier et d’éliminer les causes de
stress et d’anxiété : il convient d’assurer
aux animaux un espace socialement adapté, surtout lorsque
des femelles allaitent des chatons, afin d’éviter
les conflits avec des chats agressifs. Par ailleurs, les chats
ont besoin d’un contact suffisant avec les humains pour
pouvoir y être habitués lorsqu’ils feront
ensuite l’objet de manipulations. Souvent, les articles
rendant compte des recherches omettent d’aborder ce genre
de question lorsqu’ils traitent du protocole de recherche
suivi.
Afin d’optimiser l’environnement et les conditions
d’hébergement des chats dans les centres de recherches,
il conviendrait de privilégier des structures closes
mais partiellement fermées pour que les animaux aient
une vue sur ce qui les entoure et qu’ils puissent se tenir
à une distance confortable des autres chats avec lesquels
ils sont hébergés. Il faut que ces espaces soient
en quantité suffisante pour limiter les problèmes
de compétition, et qu’il y ait du bois pour que
les chats puissent faire des marquages olfactifs et aiguiser
leurs griffes.
Les chats étant des animaux en partie sociables, il est
évident qu’il est important pour eux, après
leur naissance, de se retrouver rapidement en contact avec d’autres
chats (par exemple avec les autres chatons de la portée)
ainsi qu’avec des humains. Au cours de cette première
période (entre deux et huit mois), il est souhaitable
que l’on s’occupe des chats tous les jours, pour
qu’ils développent un comportement social. Il a
été démontré qu’il était
important pour la formation de leur comportement social que
l’on s’occupe des chats ne serait-ce que durant
une brève période, même le premier jour
après leur naissance. En effet, les très jeunes
chatons sont capables de réagir à des stimuli
tactiles et olfactifs qui jouent un rôle d’information
dans leur perception du monde(11).
Les rapports de recherche décrivant les expérimentations
sur des chats et des chiens ne présentent pas suffisamment
d’information dans ce domaine, aussi est-il difficile
de juger si les critères minimum concernant la manipulation
et les soins sont satisfaits.
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Le chien
Notions élémentaires sur la biologie et l’organisation
sociale des chiens
Le chien (Canis familiaris) est un animal coopératif,
curieux, docile (lorsqu’il est bien socialisé)
et d’une taille appropriée pour faire l’objet
de recherches dans divers domaines. Le chien le plus largement
utilisé dans les travaux de recherche est le beagle.
Les chiens sont des mammifères très grégaires
et très intelligents, qui manifestent tout un ensemble
complexe de comportements sociaux (12). Il existe un très
grand nombre de variétés de chiens qui diffèrent
entre elles par la taille, les besoins et le tempérament.
Les canidés sauvages, comme les diverses lignées
de loups, sont des animaux sociaux qui chassent en meute. L’ensemble
de la meute poursuit la proie choisie et ses membres coopèrent
pour la tuer. Il existe dans les meutes des rapports de hiérarchie
très marqués, chez les mâles comme chez
les femelles, et comme chez tous les canidés sauvages,
l’accouplement est monogame.
Chez le loup d’Asie (Canis lupus pallipes), espèce
généralement considérée comme la
plus étroitement apparentée au chien domestique,
les membres de la meute se montrent hostiles aux loups qui n’en
font pas partie, ils forment donc des groupes familiaux au sein
desquels les liens sont solides.
Au contraire, le chien domestique actuel se caractérise
par une structure tribale bien plus ouverte et diffère
d’un certain nombre de ses parents non domestiqués
par sa capacité à nouer rapidement des relations
sociales solides avec les êtres humains (13).
Il semble qu’il existe chez les chiots, comme chez les
chatons, une période critique, entre 3 et 12 semaines
après la naissance, pendant laquelle doit se faire la
socialisation au contact des humains pour que se développent
ces caractéristiques qui permettent de futurs liens sociaux.
Pendant cette période, il importe que les chiots aient
un contact régulier avec les gens qui s’en occupent.
En effet, vers l’âge de 14 semaines, un chien qui
en aura été privé aura un comportement
dicté par la peur : il donnera des signes corporels évidents
de timidité, d’hyperactivité et d’agressivité.
Un tel chien deviendra très perturbé lorsqu’il
sera soumis à n’importe quelle manipulation ou
procédure, même simple et non invasive. Les chiens
qui présentent ce type de comportement manifestent aussi
d’autres phénomènes physiologiques spécifiques
tels que des rythmes cardiaques et respiratoires différents
de la normale (14).
Chez les chiens domestiques gardés en groupe, les rapports
sociaux de domination jouent un rôle très important,
et les membres du groupe situés aux niveaux inférieurs
de la hiérarchie se retrouvent assez vite privés
de nourriture, d’eau et de l’attention des personnes
chargées de s’occuper du groupe. Les chiens, comme
les chats, sont des animaux intelligents qui réagiront
positivement à une attitude ferme mais douce. Toutefois,
ce qui n’est pas envisageable avec les chats mais qu’il
convient de faire avec les chiens est de s’imposer comme
membre dominant du groupe.
Faute de quoi la personne qui s’occupe de ces chiens se
retrouvera confrontée au comportement agressif et dominateur
du membre dominant du groupe. Lorsque l’on utilise des
chiens pour certains types de procédures expérimentales,
il peut être utile de connaître leur position dans
la hiérarchie, laquelle conditionne toute une série
de facteurs physiologiques tels que le rythme cardiaque au repos
et les taux de diverses hormones liées au stress comme
les corticostéroïdes.
Les chiens, comme les chats, possèdent un répertoire
de manifestations visuelles et vocales riche et varié
: réponse à un signal, comportement sexuel, anxiété
et nervosité, soumission ou agression. Les chiens
utilisent les mêmes signaux pour les humains que pour
les autres chiens, et ces manifestations constituent de très
bons indicateurs du comportement futur. Les jeunes chiens qui
accueillent les humains avec confiance auront tendance, quand
ils auront grandi, à accueillir de la même
manière les visiteurs qui ne leur sont pas familiers
et qui ne se montrent pas agressifs.
Le sens de l’odorat joue un rôle extrêmement
important dans la vie du chien. Les mâles se servent de
leur urine pour marquer leur territoire. Les chiots sont capables,
dès un âge précoce, de développer
un comportement social souvent complexe et compliqué.
Contrairement aux chiennes, les chiens mâles ont tendance
à manifester une attitude visiblement agressive envers
les autres mâles, même s’ils sont de la même
portée. Les chiennes, en revanche, se montrent bien plus
tolérantes et plus sociables envers les chiennes ainsi
qu’envers les chiens mâles. Entre les individus
ainsi qu’entre les diverses races, on observe d’importantes
différences en termes de comportement et d’autres
paramètres psychologiques (15). Ainsi, par exemple, si
les chiens européens ont souvent tendance à aboyer,
cela ne s’observe pratiquement jamais chez les basenjis.
Tous les chiens, quelle que soit la race à laquelle ils
appartiennent, ont besoin d’une activité physique.
Le fait de laisser un chien enfermé seul est un puissant
facteur de stress, et un chien ne devrait pas être laissé
seul plus de quatre heures d’affilée. Pour tous
les chiens, un contact tactile est indispensable, surtout pour
ceux qui sont isolés pendant ne serait-ce qu’une
partie de la journée.
Un grand nombre de laboratoires ont tendance à faire
des beagles leurs chiens de prédilection, et ce sont
des chiens dont les caractéristiques physiologiques sont
bien connues. Les beagles pèsent généralement
entre 10 et 12 kg et vivent 10 à 15 ans. Comme on peut
s’y attendre, les races plus grandes vivent moins longtemps
et présentent des rythmes cardiaques plus élevés.
Considérations générales sur l’élevage
des chiens
Aux enclos intra-muros, il conviendrait d’adjoindre des
aires dans lesquelles les chiens auraient assez d’espace
pour pouvoir se dépenser, et qui seraient garnies d’éléments
stimulant leur sens de l’exploration. Hubrecht a montré
que les chiens profitent nettement d’être placés
dans un environnement peu bruyant avec des surélévations
et des aires de repos.
Il a précisé aussi qu’un environnement trop
limité et une interaction humaine insuffisante entraînaient
des stéréotypies comportementales : sauts à
répétition, parcours circulaires autour de l’enclos,
déambulation le long d’une barrière et parcours
par deux, un chien marchant en parallèle avec un autre
chien se trouvant de l’autre côté de la barrière
(16).
Comme chez les chats, les mères accompagnées de
leurs petits ont des besoins particuliers parmi lesquels le
besoin de pouvoir se réfugier dans un endroit à
l’abri d’une possible interférence.
Les chiens ont besoin d’interactions quotidiennes à
la fois avec les personnes qui s’occupent d’eux
et avec d’autres chiens. Des recherches ont montré
que le contact avec les humains pouvait être plus important
encore que le contact avec d’autres chiens (17). Les jeux
et les jouets profitent nettement aux chiens en termes de bien-être,
aussi longtemps qu’un contrôle attentif leur est
accordé. Les chiens ayant besoin de mâcher, un
élément typique de leur comportement, il importe
de leur fournir des objets qu’ils puissent mâchouiller
(18). Les jeunes chiots semblent apprécier grandement
la socialisation avec les humains, et font un usage immodéré
de nombreux joujoux.
Les avantages de ce genre d’enrichissement sont évidents
chez les animaux adultes. Dans les études de cas impliquant
l’utilisation de chiens, aucune information n’est
donnée concernant les conditions sociales dans lesquelles
vivent les animaux et les soins qui leur sont donnés
lorsqu’ils se remettent de l’intervention chirurgicale
et de l’anesthésie.
Produits anesthésiques et analgésiques
Les directives courantes pour une détention des animaux
dans des conditions convenables prescrivent une prémédication
à l’aide d’un sédatif approprié
(19,20), surtout lorsqu’il s’agit de préparer
des chats ou des chiens pour une intervention chirurgicale.
Une sédation préalable permet d’éviter
que les animaux ne se débattent trop lors de l’administration
de l’anesthésique, ce qui peut se produire même
avec des animaux très placides. Une sédation préalable
signifie aussi une injection moins stressante, ce qui est un
avantage puisque cela permet un rétablissement plus en
douceur, par suite d’une dose bien moins élevée
de l’agent d’induction. Globalement, ces moments
sont ainsi bien moins traumatisants pour l’animal. Dans
certaines des études de cas dont il est question dans
ce rapport, il ne semble pas qu’une telle approche ait
été suivie (Chapitre 6).
Il conviendrait qu’une analgésie soit prévue
avant le moment où la douleur a des chances de survenir
(21,22). Une technique expérimentale sensée et
humaine suppose que l’analgésie soit administrée
aux chiens ou aux chats sous sédatif, car ils ne sont
alors pas nécessairement capables de donner des signes
observables du niveau réel de la souffrance qu’ils
endurent. Dans plusieurs des études de cas présentées
au Chapitre 6, il n’est pas spécifié si
l’analgésie post-opératoire a été
administrée immédiatement ou après un certain
délai. Il s’agit d’un point particulièrement
important lorsque les animaux ont eu à subir une intervention
chirurgicale profonde et lorsque leur période de rémission
dure parfois jusqu’à un an. Dans de telles conditions,
une intervention chirurgicale profonde a de fortes chances d’entraîner
des douleurs considérables pendant des périodes
très longues.
Chez les chats, une intubation pour faciliter la respiration
implique une procédure hautement problématique,
en raison du réflexe laryngien très sensible de
ces animaux. L’initiation de ce réflexe peut être
réduite au moyen d’une pulvérisation de
lignocaïne à 2 % associée à l’utilisation
d’un tube lubrifié à la lignocaïne,
et cela permet de faciliter la respiration des chats profondément
anesthésiés. Là encore, dans les études
de cas présentées, il n’est pas précisé
si cette méthode a été appliquée.
Les chiens et les chats sont extrêmement vulnérables
lors de la période post-opératoire, et il est
essentiel de leur prodiguer des soins adéquats
(23). Dans les articles qui constituent les études de
cas présentées, il est bien difficile de trouver
l’information qui permettrait de savoir si ces exigences
ont été respectées.
L’anesthésie en chirurgie suppose un personnel
très bien formé et consciencieux, conscient des
divers besoins des animaux que l’on utilise dans les expérimentations.
Les personnes concernées doivent être au courant
de l’influence que peuvent avoir l’âge, le
sexe, la lignée et l’espèce utilisées
sur l’efficacité et la réversibilité
de l’anesthésie. Certains agents anesthésiques
aggraveront une partie des effets négatifs des procédures
chirurgicales – ils provoqueront par exemple une hausse
de la tension artérielle au niveau du cerveau –
et cela peut avoir pour conséquence des douleurs et un
affolement imprévus chez les animaux que l’on laisse
se réveiller à l’issue de l’anesthésie.
Le développement de procédures d’anesthésie
et d’analgésie sûres et efficaces, destinées
à assurer le bien-être et la rémission sans
douleur de tous les animaux utilisés dans les expérimentations,
suppose une évaluation très prudente de tous les
types de produit utilisés. A cela doit s’ajouter
le recours à des techniques de gestion assurant aux animaux
des conditions de vie post-opératoires les plus confortables
et les moins stressantes possible. La mise au point de ces procédures
et de ces techniques suppose la participation d’experts
vétérinaires ainsi que la connaissance des aspects
aussi bien expérimentaux que pratiques de chaque procédure(24).
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9. S McCune [1999] op cit
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11. S McCune [1999] op cit
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22. P Flecknell [1995] op cit
23. J MacArthur Clark [1999] op cit
24. P Flecknell [1995] op cit