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Les tests sur les animaux dans l'industrie des cosmétiques en France

Un rapport des Docteurs
Chris Langley MA PhD et Gill Langley MA Phd MIBiol

Décembre 2003

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Chapitre IV
Les tests des produits cosmétiques sur les animaux :
une critique scientifique
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Ce chapitre décrit les raisons et la manière dont chaque test sur l'animal est réalisé, ainsi que les divers objectifs relatifs à l'évaluation des ingrédients des produits cosmétiques. Nous présentons les principales critiques que suscitent ces tests, et nous précisons quels sont leurs effets sur le bien-être des animaux. Un grand nombre de tests pratiqués sur les animaux n'ont jamais été validés, et leur fiabilité n'est pas prouvée, surtout lorsqu'il s'agit de prédire des effets néfastes à long terme chez l'être humain comme les cancers ou les effets sur la reproduction.

En ce qui concerne les réactions aux substances chimiques testées, on observe à maintes reprises des différences entre les espèces : même au sein d'une seule espèce, on peut observer un certain nombre de réactions différentes en fonction de l'état de santé, de la lignée, du sexe et de l'âge de l'animal. Cette diversité des réactions possibles rend difficile l'extrapolation des résultats à l'être humain, et ce sont ces questions que nous examinons dans le présent chapitre, pour chaque test de toxicité.
En ce qui concerne les tests sur les animaux relatifs au danger éventuel de l'exposition de l'être humain à des substances chimiques, il a été affirmé que “la principale conclusion à tirer de ces considérations est que l'utilisation des animaux dans la recherche en toxicologie ne constitue pas une base fiable pour l'extrapolation à la santé humaine” .


Les tests sur les animaux


1. La toxicité aiguë

Les tests de toxicité aiguë servent à déterminer le danger éventuel que représente une exposition ponctuelle à une substances chimique ou à un produit par voie orale, cutanée ou respiratoire. Pour l'évaluation des risques de danger mortel (le caractère létal), qui fait traditionnellement partie des tests de toxicité aiguë au niveau systémique (c'est-à-dire au niveau de l'organisme tout entier), on a pris l'habitude de se fonder sur la dose de la substance chimique testée qui tue la moitié des animaux soumis aux tests : il s'agit du test DL 50. Cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on utilise la valeur DL 50 pour classer les substances chimiques en fonction des risques de toxicité aiguë, mais aussi pour définir les doses à utiliser dans les autres tests in vivo.

Pourtant, il est aussi possible de pratiquer des tests de toxicité aiguë selon un processus n'impliquant pas la mort de l'animal. En l'occurrence, on peut tester les types de toxicité spécifiques des substances sur des organes cibles comme le foie, les reins ou le système respiratoire.

La méthode orale de test DL 50 [Ligne directrice de test 401 de l'OCDE, Directive B1 du Conseil de l'Europe], pour laquelle on utilisait entre trois et cinq groupes d'animaux avec autant de dosages, chaque groupe comprenant dix animaux, a été supprimée en 2001 et remplacée, pour des raisons de raffinement et de réduction, par les méthodes suivantes :
a. La méthode de la dose prédéterminée [OCDE 420, CE B1 bis] n'implique plus la mort de l'animal et réduit les niveaux de douleur et de détresse, et le nombre d'animaux utilisés y est plus réduit. Elle constitue donc un raffinement par rapport au test DL 50.
b. La méthode par classe de toxicité aiguë [OCDE 423, CE B1 ter] n'implique pas la détermination d'une valeur précise de la DL 50 mais consiste plutôt à tenter de trouver, pour la substance testée, une fourchette de dosages susceptibles d'entraîner la mort. Ce test implique une série de doses progressives et demande davantage de temps que le test initial de la DL 50 ou que la méthode de la dose prédéterminée. On y utilise moins d'animaux, mais ceux que l'on utilise subissent toujours le stress et la douleur.
c. La méthode de l'ajustement des doses [OCDE 425] permet de faire une estimation par intervalle de confiance de la valeur de la DL 50 et d'observer les effets toxiques. Par rapport au test initial de la DL 50, cette méthode réduit le nombre d'animaux utilisés, mais là encore, des effets néfastes, des dommages et la mort sont le lot des animaux qui subissent le test.
Le test DL 50 est encore utilisé pour l'évaluation de la toxicité des substances chimiques par voie cutanée ou par inhalation (contrairement à la méthode orale de test), y compris pour tester les ingrédients des produits cosmétiques.
On utilise généralement des rats, encore que les tests de toxicité aiguë par voie cutanée se pratiquent aussi sur des lapins. On applique une dose pour chaque groupe, et on utilise au moins cinq animaux par groupe de test et par groupe de contrôle (les animaux du groupe de contrôle reçoivent non pas la substance à tester mais un produit anodin). Quatorze jours d'observation constituent la norme, et l'on fait jeûner les animaux avant de leur faire ingérer par voie orale la substance à tester. A la fin de la période de test, on autopsie tous les animaux pour voir si le test a provoqué d'éventuels dégâts. Toute réaction spécifique au sexe des animaux est notée. Dans les expérimentations par inhalation, on utilise 10 animaux (cinq de chaque sexe) pour chaque degré de concentration de la substance à tester.

Principales critiques :
– Les facteurs immunitaires, physiologiques, génétiques, sexuels et autres indicateurs de l'état de santé exercent une influence sur la validité des résultats des tests. Par ailleurs, le fait que dans le laboratoire, les animaux soient exposés à d'autres substances chimiques constitue un facteur de variabilité des résultats.
– Il existe plusieurs différences significatives entre les espèces, en ce qui concerne le rôle des organes et des sites d'absorption, d'accumulation et d'élimination des substances toxiques dans l'organisme. Entre deux espèces distinctes, on observe des différences au niveau du type et de la quantité des enzymes P450 (dans le foie). Chez les animaux subissant les tests, les reins éliminent aussi les substances de l'organisme, mais de manière différente et selon des taux différents de ce qu'on peut observer chez l'être humain .
– Le délai d'élimination et le délai d'accumulation, pour une quelconque substance donnée, varient à la fois d'une espèce à une autre et d'une lignée à une autre au sein de la même espèce.
Les conditions de captivité des animaux sont souvent mauvaises. Des animaux angoissés et stressés ne sauraient constituer des sujets de test fiables.


2. L'absorption par voie cutanée


L'absorption par voie cutanée est définie comme le passage dans la circulation sanguine, à travers la peau, d'une substance appliquée sur la peau : il peut en être ainsi, par exemple, d'un ingrédient d'une crème hydratante. La manière dont une substance chimique traverse la peau dépend d'un certain nombre de facteurs, comme la surface d'étalement ou les caractéristiques chimiques de l'ingrédient qui fait l'objet de l'évaluation, ou comme la structure anatomique de la peau.
En principe, le SCCNFP accepte toute méthode scientifiquement validée, aussi bien les études dermatologiques in vitro chez l'homme que les tests in vivo, lorsqu'il s'agit d'évaluer l'absorption par voie cutanée d'un nouvel ingrédient pour un produit cosmétique. Pour tout nouvel ingrédient soumis à l'approbation du SCCNFP pour être ensuite inclus dans les Annexes de la Directive 76/768/EEC, il est nécessaire de présenter des statistiques d'absorption qui soient relatives à l'être humain.
Dans le passé, on utilisait un certain nombre d'espèces animales pour obtenir des informations sur le passage des substances chimiques à travers la peau et sur leur diffusion subséquente dans l'organisme. Actuellement, ce sont le plus souvent des rats qui sont utilisés . Après administration de la substance à tester, on tue les rats, et l'on estime la quantité de substance absorbée. Pourtant, maintenant que l'OCDE a accepté une méthode de test en éprouvette (voir chapitre 5), on ne devrait théoriquement plus procéder à des expérimentations sur les rats dans l'Union Européenne.

Principales critiques :
– Il existe un certain nombre de différences significatives entre la peau du rat et la peau de l'être humain, notamment en ce qui concerne la structure du revêtement cutané et la structure pileuse. Les tests sur les rats aboutissent invariablement à surestimer la pénétration cutanée chez l'être humain.


3. Le caractère corrosif et irritant pour la peau

Cela fait un grand nombre d'années que l'on recourt aux tests de corrosion cutanée sur les animaux pour évaluer dans quelle mesure une substance peut provoquer des dégâts profonds et irréversibles au niveau de la peau. Ces dégâts se manifestent par la mort visible des tissus (nécrose), depuis les différentes couches de l'épiderme jusqu'au derme et même jusqu'aux couches musculaires. Les symptômes de la corrosion peuvent s'observer après un temps d'application de la substance testée qui dure généralement quatre heures. Les produits cosmétiques ne sont pas censés pouvoir occasionner de tels dégâts, mais certaines substances qui sont corrosives – comme les alcalis – entrent dans la composition des produits cosmétiques, en particulier des savons et des démaquillants. Leur potentiel corrosif est fonction de leur concentration dans le produit fini, des autres ingrédients chimiques ‘neutralisants’, du mode d'exposition et d'autres facteurs similaires.
Les tests de corrosion provoquent chez les animaux des douleurs et des souffrances importantes, et beaucoup de stress. Il ne sont plus autorisés en Europe, puisque des méthodes in vitro approuvées par l'OCDE sont disponibles. Les tests de corrosion in vitro figurent maintenant aussi bien dans les Directives de l'Union Européenne que dans les Lignes directrices de l'OCDE [respectivement B40, TG430 et TG431].
Les tests d'irritation de la peau ont été développés pour déterminer dans quelle mesure des substances peuvent provoquer, au niveau de la peau, des dégâts réversibles tels que gonflements et inflammations, en général après une application unique.
Le plus souvent, on utilise des lapins albinos. On applique une dose unique sur une zone rasée, et une autre zone rasée mais non traitée, située à proximité, sert de zone témoin. L'évaluation du potentiel irritant se fait en comparant l'apparence de la zone traitée à celle de la zone non traitée.
Pour chaque substance à tester, on utilise trois lapins, et l'exposition à la substance dure généralement quatre heures.

Principales critiques :

– Les caractéristiques immunitaires, physiologiques et génétiques diffèrent selon les animaux, ce qui entraîne des variations au niveau de leurs réactions aux substances chimiques potentiellement dangereuses. On peut donc très difficilement prédire l'effet de ces mêmes substances chez l'être humain.
– Il existe des différences d'anatomie et de structure de la peau entre les espèces soumises aux tests et l'être humain : il est donc plutôt hasardeux de se livrer même à une simple extrapolation aux réactions probables chez l'être humain.
– Les animaux ont tendance à présenter des réactions différentes à la même substance chimique testée, en fonction de leur âge.
– Il est notoire que le lapin, qui est l'animal communément utilisé pour les tests d'irritation, ne convient pas pour prédire valablement l'irritation de la peau chez l'être humain .
Enfin, des substances qui provoquent des irritations entraînent divers degrés de douleur, de gêne et d'anxiété chez les animaux soumis aux tests.


4. Irritation oculaire


Les tests d'irritation oculaire ont été développés pour évaluer dans quelle mesure des substances provoquent des rougeurs, des gonflements ou une dilatation de l'œil. Les symptômes observables sont les suintements, le gonflement de l'iris et de la paupière, ou bien l'ulcération ou l'opacité de la cornée après une application unique.
Les Lignes directrices de l'OCDE mentionnent dorénavant la sélection préalable, sans utilisation d'animaux, des ingrédients des cosmétiques, notamment ceux que l'on sait être fortement alcalins ou acides, avant toute procédure de test d'irritation oculaire sur des animaux. Lorsque l'on recourt à ce type d'expérimentation animale, on utilise des lapins albinos adultes, à raison de trois par test.
Les effets d'une dose unique font l'objet d'une observation sur 21 jours. L'autre œil, qui ne reçoit pas l'application, sert pour le contrôle. Dans la plupart des cas, on n'utilise aucun produit anesthésique : on n'y recourt que lorsque l'on considère que la douleur pouvant résulter du test serait considérable. Pour évaluer les niveaux d'irritation, on utilise un guide standard illustré. Il est évident que la douleur, la gêne et le stress font toujours partie des réactions aux ingrédients cosmétiques nocifs.

Principales critiques :


– Entre le lapin et l'être humain, il existe de nettes différences au niveau de la structure de la cornée. L'épaisseur moyenne de la cornée est de 0,37 mm chez le lapin, contre environ 0,51 mm chez l'être humain. Par ailleurs, chez le lapin, la cornée recouvre 25 % de la surface oculaire, à comparer avec 7 % seulement chez l'être humain.
– Le volume lacrymal est moindre chez le lapin que chez l'être humain. Cela signifie que chez le lapin, toute substance introduite sur l'œil y demeurera plus longtemps, et aura donc probablement un effet plus marqué que ce que l'on aurait observé chez l'être humain.
– La comparaison quantitative et l'évaluation de dégâts quelconques résultant de l'administration d'une substance sont très subjectives, comme l'indique le fait qu'entre deux laboratoires et au sein d'un même laboratoire, on observe à cet égard des différences significatives. Le Dr D. Swanston de Porton Down, un important centre de recherches en toxicologie au Royaume-Uni, a déclaré : “…on n'a trouvé aucune espèce animale qui puisse constituer un modèle exact de l'œil humain, que ce soit du point de vue anatomique ou du point de vue des réactions à l'irritation” .


5. Sensibilisation cutanée (réaction allergique) et photosensibilisation


Le test de sensibilisation vise à évaluer la capacité d'une substance à provoquer une réaction allergique de la peau – une dermite allergique du contact.
Pour la plupart des substances chimiques, l'Union Européenne et l'OCDE ont récemment agréé une méthode moins cruelle que le test traditionnellement effectué sur des cochons d'Inde. Il s'agit du test LLNA (Local lymph node assay), une méthode préconisée dans le cadre du raffinement et de la réduction de l'expérimentation animale, qui consiste à utiliser des souris pour évaluer la sensibilisation [OCDE 429]. Cette méthode est fondée sur la mesure des réactions spécifiques (prolifération cellulaire) induites dans les nodules lymphatiques qui drainent la zone sur laquelle la substance chimique est appliquée . Les substances chimiques qui sensibilisent la peau entraînent un net regain de l'activité des nodules lymphatiques adjacents.
On utilise des souris, et l'essai consiste à mesurer le déclenchement, chez l'animal, d'une réaction immunitaire à trois applications quotidiennes, sur la surface de l'oreille, de la substance chimique à tester. On utilise des lignées standard de souris, et l'on applique trois doses différentes. Les souris sont tuées au bout de cinq jours, et l'on procède à l'examen de leurs nodules lymphatiques et de leurs globules sanguins. La méthode LLNA permet d'utiliser moins d'animaux, et entraîne probablement moins de souffrances que les méthodes jusqu'alors largement utilisées, celles présentées plus loin.
Jusqu'à récemment, et c'est encore le cas pour certaines substances chimiques, on pratiquait les tests traditionnels de sensibilisation sur des cochons d'Inde : deux méthodes étaient communément utilisées [OCDE 406, CE B6].
a. Le test de maximisation sur le cochon d'Inde de Magnusson et Kligman (GPMT), dans lequel on utilise un adjuvant – une substance qui accentue la réaction immunitaire mais qui entraîne aussi davantage de douleur.
b. Le test de Buehler, qui est un test sans adjuvant (et avec lequel la sensibilisation est moindre).
Pour ces deux tests, on utilise le plus souvent des cochons d'Inde albinos. La substance est administrée sur la peau rasée, au niveau de l'épaule, soit par application soit par injection. On utilise au minimum 10 animaux pour chaque groupe de test et cinq comme groupe témoin. Si la réaction initiale prête à équivoque, on procède à des tests supplémentaires sur des groupes d'effectifs plus élevés (20 individus). On applique des doses multiples pour provoquer des réactions allergiques locales.

Principales critiques :

– L'interprétation des tests réalisés sur les cochons d'Inde est très subjective, et leur reproductibilité est mauvaise.
– On applique la substance à tester sur une zone rasée, ce qui ne correspond pas aux conditions normales dans lesquelles sont utilisés, chez l'être humain, un grand nombre de produits cosmétiques de diverses sortes (à l'exception de certains produits comme les après-rasage et certains baumes).
– La peau des animaux utilisés (souris ou cochon d'Inde) n'a pas la même structure que la peau humaine.
– Les réactions de sensibilisation dépendent des caractéristiques immunitaires, physiologiques et génétiques des animaux utilisés.
– L'utilisation de doses importantes d'une substance chimique à tester, surtout par voie d'injection, ne ressemble pas aux conditions dans lesquelles les allergies sont provoquées chez l'être humain.
– Rien ne peut véritablement laisser penser que l'importance de l'effet d'une substance chimique chez le cochon d'Inde permet de prédire l'importance de ses effets chez l'être humain.

6. Toxicité sub-chronique

La toxicité chronique résulte de l'administration répétée ou progressive d'une substance nocive pour les cellules, les tissus ou les organes. Les études concernent plus particulièrement les ingrédients des produits cosmétiques, les études de toxicité subaiguë (28 jours) et sub-chronique (90 jours) à doses répétées par voie orale et cutanée.
Dans le domaine de la toxicité sur l'ensemble de l'organisme, les tests sur longue durée les plus couramment pratiqués sont les tests de toxicité orale sur 28 jours et sur 90 jours chez les rongeurs. La plus forte dose administrée vise à provoquer des effets toxiques, avec la douleur et la souffrance que cela peut entraîner, mais pas à provoquer la mort. Une fois le test effectué, on tue les animaux et on recherche les éventuelles lésions organiques et autres effets indésirables.
Dans le développement des ingrédients de produits cosmétiques ayant un impact biologique spécifique et devant entrer en contact avec l'épiderme humain pendant des périodes prolongées, les tests de toxicité visent notamment à évaluer l'effet de ces ingrédients sur l'ensemble de l'organisme.
Pour les tests sur 28 jours, l'espèce la plus souvent utilisée est le rat, même si l'on utilise aussi, pour les tests dermatologiques à doses répétées, des cochons d'Inde ou des lapins. Chaque dose est administrée à dix animaux, et le groupe témoin comprend dix animaux également. La substance chimique à tester est administrée de façon quotidienne par voie cutanée ou orale ou par inhalation, puis on tue les animaux et l'on procède à un examen pathologique et biochimique.
Pour les tests sur 90 jours, on utilise aussi des rats. Quarante animaux subissent le test, et le groupe témoin comprend quarante animaux également. Pour chaque groupe, on applique trois doses. L'administration de la substance se fait le plus souvent par voie orale ou par inhalation.

Principales critiques :

– Des espèces différentes absorbent, métabolisent et excrètent les substances chimiques de différentes manières et selon des taux différents, ce qui rend problématique l'extrapolation des rongeurs à l'être humain.
– Les réactions pharmacologiques et biochimiques varient selon les espèces, et l'on constate même des disparités entre des lignées différentes de rats .
– Les caractéristiques physiologiques et immunitaires et le régime alimentaire des animaux utilisés peuvent affecter l'interprétation des résultats des tests.
– Passer d'animaux petits, dont la durée de vie est réduite, comme les rats, à l'être humain dont la taille est bien plus grande et qui vit nettement plus longtemps, est toujours difficile. On tente souvent d'y parvenir par des calculs dans lesquels on met la dose en relation avec la masse corporelle, mais on n'obtient ainsi que des estimations ‘à vue de nez’.
– Pour déterminer la dose toxique à long terme, la manière dont le sujet est exposé à la substance est fondamentale. Ainsi, par exemple, il est rare qu'un être humain reçoive des doses identiques d'un ingrédient de produit cosmétique de façon répétée, par voie orale, sur une période prolongée. Pourtant, c'est ainsi que se pratiquent un grand nombre de tests sur les animaux.
– Dans les études à long terme, définir les objectifs pertinents et la manière de les évaluer n'est pas sans poser des problèmes .
L'impact des tests sur les animaux comprend un certain nombre des effets répertoriés sous le titre de la toxicité aiguë : douleur, angoisse, mal-être et sentiments de nausée, agitation et autres symptômes cliniques éventuellement plus discrets. Parfois, les animaux en meurent, et ils peuvent avoir été, au préalable, en proie à des crises, à des altérations du comportement, à des vomissements, à des suintements de la bouche ou de l'anus, ou à des pertes de conscience.

7. Propriétés mutagènes et toxicité génétique

Les substances mutagènes sont des substances qui font augmenter le taux des variations génétiques (mutations) dans les gènes ou les chromosomes. Les mutations se produisent spontanément dans n'importe quelle population, et les substances mutagènes entraînent une augmentation du nombre de ces altérations. Dans certains cas, les mutations sont les premières étapes de la formation d'un cancer.
La toxicité génétique est une notion plus large, qui fait référence à la capacité d'une substance chimique à interagir de différentes manières possibles avec l'ADN et /ou d'autres parties du noyau cellulaire.
Plusieurs tests de toxicité génétique in vitro sont utilisables. Le SCCNFP considère que l'association de deux tests in vitro est généralement suffisante pour déterminer le potentiel mutagène et /ou génotoxique d'une substance spécifique. En fonction des résultats de ces tests, le SCCNFP demandera éventuellement que soient effectués d'autres tests in vitro ou in vivo.
Les tests des propriétés mutagènes et de la toxicité génétique sur les animaux :
En principe, les tests des propriétés mutagènes et de la toxicité génétique permettent de procéder à une évaluation indirecte des effets toxiques sur les globules sanguins et sur leurs gènes, dans la moelle osseuse. Deux techniques sont communément utilisées :

a. Le test cytogénétique in vivo sur la moelle osseuse des mammifères
Le principe de ce test est que les globules sanguins qui ont une activité de division dans la moelle osseuse sont particulièrement sensibles aux effets des substances mutagènes /génotoxines. Les animaux utilisés sont généralement des rongeurs : rats, souris ou hamsters chinois. On administre la substance à tester à dix animaux (cinq de chaque sexe), soit par voie orale soit par injection dans la cavité abdominale. Pour chaque substance à tester et pour chaque dose, on utilise deux groupes témoins. On administre des doses simples ou multiples, et l'on procède 48 heures plus tard à un échantillonnage de la moelle osseuse. Les préparations de globules sanguins sont examinées au microscope pour déterminer les effets sur le noyau cellulaire.

b. Le test des micronucleus
Pour ce test concernant les effets mutagènes /génotoxiques, la technique générale et les effectifs échantillonnés sont les mêmes que pour [a], ci-dessus, mais on estime l'effet de la substance en observant un autre aspect des globules sanguins. Une augmentation du nombre de cellules présentant une dégradation du noyau (correspondant à la formation de micronucleus) indique que la substance est nocive pour les gènes. On utilise généralement des souris.

Principales critiques :

– Un certain nombre des critiques générales que l'on peut faire à propos des tests de toxicité s'appliquent à ces tests, surtout en ce qui concerne le rôle du système immunitaire et la susceptibilité génétique des espèces et des lignées animales.
– Souvent, on ne peut pas savoir précisément si la substance testée atteint véritablement la moelle osseuse : aussi risque-t-on d'avoir des "faux négatifs" .
– En raison des difficultés possibles de pénétration de la substance testée dans la moelle osseuse, on recourt à des doses massives. Cela rend l'extrapolation à l'être humain douteuse, car il est rare qu'un être humain se trouve exposé à des doses massives d'ingrédients de produits cosmétiques.
– L'injection dans la cavité abdominale des substances à tester n'est pas un mode d'administration approprié pour les ingrédients de produits cosmétiques.
– Les tests sont limités à l'étude d'un effet sur certains tissus seulement, et à une série restreinte d'objectifs .
Un certain nombre des critiques que l'on peut formuler à propos des tests relatifs aux effets carcinogènes (voir [13], plus loin) s'appliquent aussi à l'évaluation des effets mutagènes et des effets génotoxiques chez les animaux. Les enzymes de réparation et le rôle des molécules ‘ramasseuses’, chez les animaux et les humains, varient considérablement, et cela ne peut être sans conséquences.

8. Photo-irritabilité et photo-toxicité

Dans ce domaine, il n'existe pas de tests sur animaux validés. La méthode in vitro est la méthode de choix : il s'agit ici du test de photo-toxicité 3T3 de captation du rouge neutre (voir chapitre 5).

9. Effet photo-mutagène et photo-génotoxicité

On dispose d'un certain nombre de méthodes in vitro pour évaluer les effets mutagènes et génétiques induits par les rayons lumineux : les essais de mutation des bactéries et des levures, les tests de détection de la clastogénicité et les tests concernant les mutations génétiques dans les systèmes cellulaires in vitro des mammifères.

10. Statistiques concernant l'être humain


Les études menées dans le respect d'une éthique sur des volontaires humains pleinement informés sont une chose assez courante dans le domaine des tests des produits finis, mais bien moins courante lorsqu'il s'agit de tester les ingrédients. On peut citer en exemple les tests d'irritation cutanée et les tests de sensibilisation cutanée sur des volontaires. Des résultats de tests préalables sur des animaux ou de tests de toxicité in vitro peuvent servir à garantir la sécurité des volontaires.
Les aspects éthiques et pratiques du recours aux volontaires humains dans les études d'évaluation de l'innocuité sont traités dans les directives du SCCNFP .

11. La toxico-cinétique

Les tests de cinétique de la toxicité sont conçus pour suivre les délais d'absorption, de diffusion, de métabolisme et d'excrétion des substances et leurs effets toxiques. Les doses dont soit simples soit multiples.
On utilise souvent des rongeurs. Chaque groupe de dosage est constitué de quatre animaux, et l'administration se fait par voie orale, par inhalation ou par voie cutanée. On suit les délais de diffusion, d'excrétion et de métabolisme. Les animaux sont tués puis sont examinés pour observer l'accumulation de la substance à tester dans les organes cibles à différentes dates postérieures au début de l'administration.

Principales critiques :

– On retrouve ici les difficultés habituelles, liées à la spécificité des espèces et des lignées, que soulève l'interprétation du caractère transposable à l'être humain des statistiques obtenues sur des animaux.
– L'élimination des substances toxiques peut suivre chez l'être humain des chemins différents de ceux suivis chez les rongeurs et autres espèces soumises aux tests.
– De même, les taux de désintoxication et d'élimination subséquente sont fonction de l'espèce et de la lignée, et tenter d'extrapoler les résultats à d'autres espèces soulève de sérieux problèmes.

12. Le métabolisme


Après absorption dans la circulation sanguine, le devenir d'une substance dans l'organisme dépend dans une large mesure de son métabolisme, principalement au niveau du foie. Certaines substances chimiques sont rendues inactives lors du métabolisme, tandis que d'autres peuvent être métabolisées en composants toxiques et stockées dans diverses parties de l'organisme ou bien excrétées. Ce n'est que dans certains cas particuliers que le SCCNFP demande que des études sur les animaux ou in vitro soient effectuées pour évaluer les éventuels effets métaboliques négatifs.
Les tests de métabolisme sont réalisés de manière similaire aux tests de cinétique de la toxicité (voir [11] ci-dessus), et les mêmes critiques, en matière de pertinence et d'extrapolation, peuvent leur être appliquées.

13. Effets tératogènes, toxicité reproductive et effets carcinogènes

Les tests d'effets tératogènes

Un certain nombre de substances chimiques sont connues pour exercer une influence sur le développement du fœtus au cours de la grossesse, le résultat final étant soit des malformations corporelles soit la mort du fœtus. Ce processus est appelé la tératogenèse.
Le test pour évaluer les éventuelles propriétés tératogènes consiste à administrer une certaine dose à des femelles pleines pendant la période de formation des organes de l'embryon en cours de développement. On tente d'évaluer dans quelle mesure une substance provoque des malformations chez l'embryon.
On a pris l'habitude d'utiliser des rats, des souris, des hamsters et des lapins – le plus souvent, des lapins et des rats. Les tests sont normalement pratiqués sur 20 femelles de rongeur ou sur 12 lapines pour chaque dosage, avec des groupes témoins d'effectif identique.
On définit trois niveaux de dosage, le plus élevé étant suffisant pour entraîner des effets mineurs chez la mère (par exemple une perte de poids). Les substances à tester sont généralement administrées par voie orale, puis on tue le embryons et on les examine pour rechercher les éventuelles traces d'altération anatomique induite par la toxicité.

Principales critiques :


– Les tests sont conçus pour caractériser les effets flagrants de l'administration des substances chimiques : des dégâts plus discrets risquent fort de passer inaperçus.
– Il existe des différences significatives en ce qui concerne les possibilités de traversée du placenta par les substances chimiques, en fonction de l'espèce.

– Ce test coûte du temps et de l'argent.
– Des problèmes se posent quant à la possibilité de transposer les résultats à l'homme, surtout lorsque l'on utilise des lignées animales génétiquement constantes – alors que les êtres humains présentent une grande diversité génétique.
– Les animaux sur lesquels les tests sont effectués ont des durées de vie bien plus courtes que celle de l'être humain, ce qui entraîne des difficultés de transposition.

Les tests de toxicité reproductive


Les tests de toxicité reproductive visent à déterminer quels ingrédients de produits cosmétiques sont susceptibles d'avoir un impact sur la capacité reproductive. On administre diverses doses à des animaux mâles et femelles au cours de leurs cycles reproductifs (c'est-à-dire au cours de la formation du sperme et de l'absorption chez le mâle, et au cours de deux cycles œstraux chez la femelle).
C'est la voie orale qui est le plus souvent choisie, et les doses sont administrées quotidiennement, à des groupes de rats ou de souris en général. On évalue les effets sur la fertilité, sur la grossesse et sur le comportement maternel (nourrissage et construction du nid par exemple).

Principales critiques :


– Le système reproductif des rongeurs et leurs cycles sont très différents de ceux de l'être humain, et les réactions aux substances chimiques d'organes tels que les testicules et les ovaires peuvent varier d'une espèce à une autre, et d'une espèce animale à l'espèce humaine.
– L'influence des facteurs immunitaires et physiologiques et du régime alimentaire sur les résultats n'est pas sans poser problème, comme nous l'avons vu au cours des sections précédentes.
– La constitution génétique affecte en profondeur la toxicité reproductive d'un grand nombre de substances chimiques, avec des différences selon qu'il s'agisse de l'être humain ou d'autres animaux.

Les tests de carcinogenèse

Ces tests se pratiquent sur de jeunes rats ou de jeunes souris, l'administration de la substance se faisant très tôt après le sevrage. Le mode d'administration usuel est par voie orale, mais il est possible aussi d'étendre les substances sur la peau ou d'opter pour l'inhalation. Le choix se fait en tentant d'imiter la manière dont l'être humain peut se trouver exposé à l'ingrédient en question. On teste généralement trois doses en utilisant au moins 100 animaux pour chaque, avec un groupe témoin constitué de 100 animaux également.
La mesure du résultat se fait par prélèvement sanguin, par pesage et par examen de l'apparence pathologique, des tissus et des organes pour détecter d'éventuels cancers. Ces tests sont coûteux, et leur délai de réalisation est de cinq ans.
Chez l'être humain comme chez les animaux, les tumeurs peuvent apparaître par suite d'un certain nombre d'événements, l'exposition à une substance chimique unique n'étant qu'un de ces événements possibles – et ce fait n'est pas pris en compte lorsque sont effectués des tests sur des animaux.

Principales critiques :

– Les tests d'effets carcinogènes sur les animaux sont très peu reproductibles, et les résultats varient d'une espèce à une autre, y compris entre la souris et le rat.
– Les taux de métabolisme varient avec la taille de l'animal : ainsi, par exemple, le rat et la souris sont des espèces présentant des taux de métabolisme élevés comparativement à l'être humain, et leurs réactions aux substances cancérigènes peuvent ne pas être les mêmes que chez l'être humain.
– Un certain nombre de substances chimiques jouant le rôle de ‘collecteurs’ naturels peuvent être présentes chez les animaux : elles interviennent pour éliminer les molécules potentiellement nocives. Les taux d'élimination par l'action de l'un de ces ‘collecteurs’ (le glutathione) sont variables entre des espèces différentes, ce qui rend les comparaisons difficiles .
– On sait que la mutagenèse (altération génétique) et la carcinogenèse sont en relation avec les effets d'une forme d'oxygène très active qui peut détériorer l'ADN. Or, chez les animaux utilisés pour évaluer les propriétés carcinogènes et mutagènes, les mécanismes de réparation de l'ADN sont souvent considérablement moins développés que chez l'être humain . Par conséquent, il n'est pas surprenant de constater que les petits rongeurs développent des cancers plus facilement que l'être humain , ce qui fait de l'extrapolation à l'être humain une affaire de supposition hasardeuse .
– Il existe entre l'être humain et les rongeurs des différences au niveau des principales enzymes hépatiques qui métabolisent les substances pharmaceutiques, comme le cytochrome P450s, ce qui n'est pas sans influence sur les résultats des tests. Par ailleurs, les types de P450s observables chez l'être humain dépendent du régime alimentaire, de la constitution génétique, ainsi que du tabagisme et de la consommation d'alcool et de l'exposition à la pollution de l'environnement . Il n'est pas possible de modéliser des effets aussi complexes sur des animaux de laboratoire.
OneVoice condamne les tests d'ingrédients de produits cosmétiques sur les animaux en raison des souffrances que ces tests entraînent. Qui plus est, les résultats des tests effectués sur des animaux sont souvent inapplicables à l'être humain, en raison des différences entre les espèces et aussi parce que ces tests sont mal conçus. Ce qui signifie que la sécurité des consommateurs peut être compromise par certains ingrédients qui auront semblé anodins chez des animaux tels que les rats, les souris ou les lapins.

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Représentant français de Europe for Animal Rights et de la Coalition Européenne
pour mettre fin à l'Expérimentation Animale
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