Chapitre IV
Les tests des produits cosmétiques sur les animaux
:
une critique scientifique
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Ce chapitre décrit les raisons et la manière dont
chaque test sur l'animal est réalisé, ainsi que
les divers objectifs relatifs à l'évaluation des
ingrédients des produits cosmétiques. Nous présentons
les principales critiques que suscitent ces tests, et nous précisons
quels sont leurs effets sur le bien-être des animaux.
Un grand nombre de tests pratiqués sur les animaux n'ont
jamais été validés, et leur fiabilité
n'est pas prouvée, surtout lorsqu'il s'agit de prédire
des effets néfastes à long terme chez l'être
humain comme les cancers ou les effets sur la reproduction.
En ce qui concerne les réactions aux substances chimiques
testées, on observe à maintes reprises des différences
entre les espèces : même au sein d'une seule espèce,
on peut observer un certain nombre de réactions différentes
en fonction de l'état de santé, de la lignée,
du sexe et de l'âge de l'animal. Cette diversité
des réactions possibles rend difficile l'extrapolation
des résultats à l'être humain, et ce sont
ces questions que nous examinons dans le présent chapitre,
pour chaque test de toxicité.
En ce qui concerne les tests sur les animaux relatifs au danger
éventuel de l'exposition de l'être humain à
des substances chimiques, il a été affirmé
que “la principale conclusion à tirer de ces considérations
est que l'utilisation des animaux dans la recherche en toxicologie
ne constitue pas une base fiable pour l'extrapolation à
la santé humaine” .
Les tests sur les animaux
1. La toxicité aiguë
Les tests de toxicité aiguë servent à déterminer
le danger éventuel que représente une exposition
ponctuelle à une substances chimique ou à un produit
par voie orale, cutanée ou respiratoire. Pour l'évaluation
des risques de danger mortel (le caractère létal),
qui fait traditionnellement partie des tests de toxicité
aiguë au niveau systémique (c'est-à-dire
au niveau de l'organisme tout entier), on a pris l'habitude
de se fonder sur la dose de la substance chimique testée
qui tue la moitié des animaux soumis aux tests : il s'agit
du test DL 50. Cela fait plusieurs dizaines d'années
que l'on utilise la valeur DL 50 pour classer les substances
chimiques en fonction des risques de toxicité aiguë,
mais aussi pour définir les doses à utiliser dans
les autres tests in vivo.
Pourtant, il est aussi possible de pratiquer des tests de toxicité
aiguë selon un processus n'impliquant pas la mort de l'animal.
En l'occurrence, on peut tester les types de toxicité
spécifiques des substances sur des organes cibles comme
le foie, les reins ou le système respiratoire.
La méthode orale de test DL 50 [Ligne directrice de test
401 de l'OCDE, Directive B1 du Conseil de l'Europe], pour laquelle
on utilisait entre trois et cinq groupes d'animaux avec autant
de dosages, chaque groupe comprenant dix animaux, a été
supprimée en 2001 et remplacée, pour des raisons
de raffinement et de réduction, par les méthodes
suivantes :
a. La méthode de la dose prédéterminée
[OCDE 420, CE B1 bis] n'implique plus la mort de l'animal et
réduit les niveaux de douleur et de détresse,
et le nombre d'animaux utilisés y est plus réduit.
Elle constitue donc un raffinement par rapport au test DL 50.
b. La méthode par classe de toxicité aiguë
[OCDE 423, CE B1 ter] n'implique pas la détermination
d'une valeur précise de la DL 50 mais consiste plutôt
à tenter de trouver, pour la substance testée,
une fourchette de dosages susceptibles d'entraîner la
mort. Ce test implique une série de doses progressives
et demande davantage de temps que le test initial de la DL 50
ou que la méthode de la dose prédéterminée.
On y utilise moins d'animaux, mais ceux que l'on utilise subissent
toujours le stress et la douleur.
c. La méthode de l'ajustement des doses [OCDE 425] permet
de faire une estimation par intervalle de confiance de la valeur
de la DL 50 et d'observer les effets toxiques. Par rapport au
test initial de la DL 50, cette méthode réduit
le nombre d'animaux utilisés, mais là encore,
des effets néfastes, des dommages et la mort sont le
lot des animaux qui subissent le test.
Le test DL 50 est encore utilisé pour l'évaluation
de la toxicité des substances chimiques par voie cutanée
ou par inhalation (contrairement à la méthode
orale de test), y compris pour tester les ingrédients
des produits cosmétiques.
On utilise généralement des rats, encore que les
tests de toxicité aiguë par voie cutanée
se pratiquent aussi sur des lapins. On applique une dose pour
chaque groupe, et on utilise au moins cinq animaux par groupe
de test et par groupe de contrôle (les animaux du groupe
de contrôle reçoivent non pas la substance à
tester mais un produit anodin). Quatorze jours d'observation
constituent la norme, et l'on fait jeûner les animaux
avant de leur faire ingérer par voie orale la substance
à tester. A la fin de la période de test, on autopsie
tous les animaux pour voir si le test a provoqué d'éventuels
dégâts. Toute réaction spécifique
au sexe des animaux est notée. Dans les expérimentations
par inhalation, on utilise 10 animaux (cinq de chaque sexe)
pour chaque degré de concentration de la substance à
tester.
Principales critiques :
– Les facteurs immunitaires, physiologiques, génétiques,
sexuels et autres indicateurs de l'état de santé
exercent une influence sur la validité des résultats
des tests. Par ailleurs, le fait que dans le laboratoire, les
animaux soient exposés à d'autres substances chimiques
constitue un facteur de variabilité des résultats.
– Il existe plusieurs différences significatives
entre les espèces, en ce qui concerne le rôle des
organes et des sites d'absorption, d'accumulation et d'élimination
des substances toxiques dans l'organisme. Entre deux espèces
distinctes, on observe des différences au niveau du type
et de la quantité des enzymes P450 (dans le foie). Chez
les animaux subissant les tests, les reins éliminent
aussi les substances de l'organisme, mais de manière
différente et selon des taux différents de ce
qu'on peut observer chez l'être humain .
– Le délai d'élimination et le délai
d'accumulation, pour une quelconque substance donnée,
varient à la fois d'une espèce à une autre
et d'une lignée à une autre au sein de la même
espèce.
Les conditions de captivité des animaux sont souvent
mauvaises. Des animaux angoissés et stressés ne
sauraient constituer des sujets de test fiables.
2. L'absorption par voie cutanée
L'absorption par voie cutanée est définie comme
le passage dans la circulation sanguine, à travers la
peau, d'une substance appliquée sur la peau : il peut
en être ainsi, par exemple, d'un ingrédient d'une
crème hydratante. La manière dont une substance
chimique traverse la peau dépend d'un certain nombre
de facteurs, comme la surface d'étalement ou les caractéristiques
chimiques de l'ingrédient qui fait l'objet de l'évaluation,
ou comme la structure anatomique de la peau.
En principe, le SCCNFP accepte toute méthode scientifiquement
validée, aussi bien les études dermatologiques
in vitro chez l'homme que les tests in vivo, lorsqu'il s'agit
d'évaluer l'absorption par voie cutanée d'un nouvel
ingrédient pour un produit cosmétique. Pour tout
nouvel ingrédient soumis à l'approbation du SCCNFP
pour être ensuite inclus dans les Annexes de la Directive
76/768/EEC, il est nécessaire de présenter des
statistiques d'absorption qui soient relatives à l'être
humain.
Dans le passé, on utilisait un certain nombre d'espèces
animales pour obtenir des informations sur le passage des substances
chimiques à travers la peau et sur leur diffusion subséquente
dans l'organisme. Actuellement, ce sont le plus souvent des
rats qui sont utilisés . Après administration
de la substance à tester, on tue les rats, et l'on estime
la quantité de substance absorbée. Pourtant, maintenant
que l'OCDE a accepté une méthode de test en éprouvette
(voir chapitre 5), on ne devrait théoriquement plus procéder
à des expérimentations sur les rats dans l'Union
Européenne.
Principales critiques :
– Il existe un certain nombre de différences significatives
entre la peau du rat et la peau de l'être humain, notamment
en ce qui concerne la structure du revêtement cutané
et la structure pileuse. Les tests sur les rats aboutissent
invariablement à surestimer la pénétration
cutanée chez l'être humain.
3. Le caractère corrosif et irritant pour la
peau
Cela fait un grand nombre d'années que l'on recourt aux
tests de corrosion cutanée sur les animaux pour évaluer
dans quelle mesure une substance peut provoquer des dégâts
profonds et irréversibles au niveau de la peau. Ces dégâts
se manifestent par la mort visible des tissus (nécrose),
depuis les différentes couches de l'épiderme jusqu'au
derme et même jusqu'aux couches musculaires. Les symptômes
de la corrosion peuvent s'observer après un temps d'application
de la substance testée qui dure généralement
quatre heures. Les produits cosmétiques ne sont pas censés
pouvoir occasionner de tels dégâts, mais certaines
substances qui sont corrosives – comme les alcalis –
entrent dans la composition des produits cosmétiques,
en particulier des savons et des démaquillants. Leur
potentiel corrosif est fonction de leur concentration dans le
produit fini, des autres ingrédients chimiques ‘neutralisants’,
du mode d'exposition et d'autres facteurs similaires.
Les tests de corrosion provoquent chez les animaux des douleurs
et des souffrances importantes, et beaucoup de stress. Il ne
sont plus autorisés en Europe, puisque des méthodes
in vitro approuvées par l'OCDE sont disponibles. Les
tests de corrosion in vitro figurent maintenant aussi bien dans
les Directives de l'Union Européenne que dans les Lignes
directrices de l'OCDE [respectivement B40, TG430 et TG431].
Les tests d'irritation de la peau ont été développés
pour déterminer dans quelle mesure des substances peuvent
provoquer, au niveau de la peau, des dégâts réversibles
tels que gonflements et inflammations, en général
après une application unique.
Le plus souvent, on utilise des lapins albinos. On applique
une dose unique sur une zone rasée, et une autre zone
rasée mais non traitée, située à
proximité, sert de zone témoin. L'évaluation
du potentiel irritant se fait en comparant l'apparence de la
zone traitée à celle de la zone non traitée.
Pour chaque substance à tester, on utilise trois lapins,
et l'exposition à la substance dure généralement
quatre heures.
Principales critiques :
– Les caractéristiques immunitaires, physiologiques
et génétiques diffèrent selon les animaux,
ce qui entraîne des variations au niveau de leurs réactions
aux substances chimiques potentiellement dangereuses. On peut
donc très difficilement prédire l'effet de ces
mêmes substances chez l'être humain.
– Il existe des différences d'anatomie et de structure
de la peau entre les espèces soumises aux tests et l'être
humain : il est donc plutôt hasardeux de se livrer même
à une simple extrapolation aux réactions probables
chez l'être humain.
– Les animaux ont tendance à présenter des
réactions différentes à la même substance
chimique testée, en fonction de leur âge.
– Il est notoire que le lapin, qui est l'animal communément
utilisé pour les tests d'irritation, ne convient pas
pour prédire valablement l'irritation de la peau chez
l'être humain .
Enfin, des substances qui provoquent des irritations entraînent
divers degrés de douleur, de gêne et d'anxiété
chez les animaux soumis aux tests.
4. Irritation oculaire
Les tests d'irritation oculaire ont été développés
pour évaluer dans quelle mesure des substances provoquent
des rougeurs, des gonflements ou une dilatation de l'œil.
Les symptômes observables sont les suintements, le gonflement
de l'iris et de la paupière, ou bien l'ulcération
ou l'opacité de la cornée après une application
unique.
Les Lignes directrices de l'OCDE mentionnent dorénavant
la sélection préalable, sans utilisation d'animaux,
des ingrédients des cosmétiques, notamment ceux
que l'on sait être fortement alcalins ou acides, avant
toute procédure de test d'irritation oculaire sur des
animaux. Lorsque l'on recourt à ce type d'expérimentation
animale, on utilise des lapins albinos adultes, à raison
de trois par test.
Les effets d'une dose unique font l'objet d'une observation
sur 21 jours. L'autre œil, qui ne reçoit pas l'application,
sert pour le contrôle. Dans la plupart des cas, on n'utilise
aucun produit anesthésique : on n'y recourt que lorsque
l'on considère que la douleur pouvant résulter
du test serait considérable. Pour évaluer les
niveaux d'irritation, on utilise un guide standard illustré.
Il est évident que la douleur, la gêne et le stress
font toujours partie des réactions aux ingrédients
cosmétiques nocifs.
Principales critiques :
– Entre le lapin et l'être humain, il existe de
nettes différences au niveau de la structure de la cornée.
L'épaisseur moyenne de la cornée est de 0,37 mm
chez le lapin, contre environ 0,51 mm chez l'être humain.
Par ailleurs, chez le lapin, la cornée recouvre 25 %
de la surface oculaire, à comparer avec 7 % seulement
chez l'être humain.
– Le volume lacrymal est moindre chez le lapin que chez
l'être humain. Cela signifie que chez le lapin, toute
substance introduite sur l'œil y demeurera plus longtemps,
et aura donc probablement un effet plus marqué que ce
que l'on aurait observé chez l'être humain.
– La comparaison quantitative et l'évaluation de
dégâts quelconques résultant de l'administration
d'une substance sont très subjectives, comme l'indique
le fait qu'entre deux laboratoires et au sein d'un même
laboratoire, on observe à cet égard des différences
significatives. Le Dr D. Swanston de Porton Down, un important
centre de recherches en toxicologie au Royaume-Uni, a déclaré
: “…on n'a trouvé aucune espèce animale
qui puisse constituer un modèle exact de l'œil humain,
que ce soit du point de vue anatomique ou du point de vue des
réactions à l'irritation” .
5. Sensibilisation cutanée (réaction allergique)
et photosensibilisation
Le test de sensibilisation vise à évaluer la capacité
d'une substance à provoquer une réaction allergique
de la peau – une dermite allergique du contact.
Pour la plupart des substances chimiques, l'Union Européenne
et l'OCDE ont récemment agréé une méthode
moins cruelle que le test traditionnellement effectué
sur des cochons d'Inde. Il s'agit du test LLNA (Local lymph
node assay), une méthode préconisée dans
le cadre du raffinement et de la réduction de l'expérimentation
animale, qui consiste à utiliser des souris pour évaluer
la sensibilisation [OCDE 429]. Cette méthode est fondée
sur la mesure des réactions spécifiques (prolifération
cellulaire) induites dans les nodules lymphatiques qui drainent
la zone sur laquelle la substance chimique est appliquée
. Les substances chimiques qui sensibilisent la peau entraînent
un net regain de l'activité des nodules lymphatiques
adjacents.
On utilise des souris, et l'essai consiste à mesurer
le déclenchement, chez l'animal, d'une réaction
immunitaire à trois applications quotidiennes, sur la
surface de l'oreille, de la substance chimique à tester.
On utilise des lignées standard de souris, et l'on applique
trois doses différentes. Les souris sont tuées
au bout de cinq jours, et l'on procède à l'examen
de leurs nodules lymphatiques et de leurs globules sanguins.
La méthode LLNA permet d'utiliser moins d'animaux, et
entraîne probablement moins de souffrances que les méthodes
jusqu'alors largement utilisées, celles présentées
plus loin.
Jusqu'à récemment, et c'est encore le cas pour
certaines substances chimiques, on pratiquait les tests traditionnels
de sensibilisation sur des cochons d'Inde : deux méthodes
étaient communément utilisées [OCDE 406,
CE B6].
a. Le test de maximisation sur le cochon d'Inde de Magnusson
et Kligman (GPMT), dans lequel on utilise un adjuvant –
une substance qui accentue la réaction immunitaire mais
qui entraîne aussi davantage de douleur.
b. Le test de Buehler, qui est un test sans adjuvant (et avec
lequel la sensibilisation est moindre).
Pour ces deux tests, on utilise le plus souvent des cochons
d'Inde albinos. La substance est administrée sur la peau
rasée, au niveau de l'épaule, soit par application
soit par injection. On utilise au minimum 10 animaux pour chaque
groupe de test et cinq comme groupe témoin. Si la réaction
initiale prête à équivoque, on procède
à des tests supplémentaires sur des groupes d'effectifs
plus élevés (20 individus). On applique des doses
multiples pour provoquer des réactions allergiques locales.
Principales critiques :
– L'interprétation des tests réalisés
sur les cochons d'Inde est très subjective, et leur reproductibilité
est mauvaise.
– On applique la substance à tester sur une zone
rasée, ce qui ne correspond pas aux conditions normales
dans lesquelles sont utilisés, chez l'être humain,
un grand nombre de produits cosmétiques de diverses sortes
(à l'exception de certains produits comme les après-rasage
et certains baumes).
– La peau des animaux utilisés (souris ou cochon
d'Inde) n'a pas la même structure que la peau humaine.
– Les réactions de sensibilisation dépendent
des caractéristiques immunitaires, physiologiques et
génétiques des animaux utilisés.
– L'utilisation de doses importantes d'une substance chimique
à tester, surtout par voie d'injection, ne ressemble
pas aux conditions dans lesquelles les allergies sont provoquées
chez l'être humain.
– Rien ne peut véritablement laisser penser que
l'importance de l'effet d'une substance chimique chez le cochon
d'Inde permet de prédire l'importance de ses effets chez
l'être humain.
6. Toxicité sub-chronique
La toxicité chronique résulte de l'administration
répétée ou progressive d'une substance
nocive pour les cellules, les tissus ou les organes. Les études
concernent plus particulièrement les ingrédients
des produits cosmétiques, les études de toxicité
subaiguë (28 jours) et sub-chronique (90 jours) à
doses répétées par voie orale et cutanée.
Dans le domaine de la toxicité sur l'ensemble de l'organisme,
les tests sur longue durée les plus couramment pratiqués
sont les tests de toxicité orale sur 28 jours et sur
90 jours chez les rongeurs. La plus forte dose administrée
vise à provoquer des effets toxiques, avec la douleur
et la souffrance que cela peut entraîner, mais pas à
provoquer la mort. Une fois le test effectué, on tue
les animaux et on recherche les éventuelles lésions
organiques et autres effets indésirables.
Dans le développement des ingrédients de produits
cosmétiques ayant un impact biologique spécifique
et devant entrer en contact avec l'épiderme humain pendant
des périodes prolongées, les tests de toxicité
visent notamment à évaluer l'effet de ces ingrédients
sur l'ensemble de l'organisme.
Pour les tests sur 28 jours, l'espèce la plus souvent
utilisée est le rat, même si l'on utilise aussi,
pour les tests dermatologiques à doses répétées,
des cochons d'Inde ou des lapins. Chaque dose est administrée
à dix animaux, et le groupe témoin comprend dix
animaux également. La substance chimique à tester
est administrée de façon quotidienne par voie
cutanée ou orale ou par inhalation, puis on tue les animaux
et l'on procède à un examen pathologique et biochimique.
Pour les tests sur 90 jours, on utilise aussi des rats. Quarante
animaux subissent le test, et le groupe témoin comprend
quarante animaux également. Pour chaque groupe, on applique
trois doses. L'administration de la substance se fait le plus
souvent par voie orale ou par inhalation.
Principales critiques :
– Des espèces différentes absorbent, métabolisent
et excrètent les substances chimiques de différentes
manières et selon des taux différents, ce qui
rend problématique l'extrapolation des rongeurs à
l'être humain.
– Les réactions pharmacologiques et biochimiques
varient selon les espèces, et l'on constate même
des disparités entre des lignées différentes
de rats .
– Les caractéristiques physiologiques et immunitaires
et le régime alimentaire des animaux utilisés
peuvent affecter l'interprétation des résultats
des tests.
– Passer d'animaux petits, dont la durée de vie
est réduite, comme les rats, à l'être humain
dont la taille est bien plus grande et qui vit nettement plus
longtemps, est toujours difficile. On tente souvent d'y parvenir
par des calculs dans lesquels on met la dose en relation avec
la masse corporelle, mais on n'obtient ainsi que des estimations
‘à vue de nez’.
– Pour déterminer la dose toxique à long
terme, la manière dont le sujet est exposé à
la substance est fondamentale. Ainsi, par exemple, il est rare
qu'un être humain reçoive des doses identiques
d'un ingrédient de produit cosmétique de façon
répétée, par voie orale, sur une période
prolongée. Pourtant, c'est ainsi que se pratiquent un
grand nombre de tests sur les animaux.
– Dans les études à long terme, définir
les objectifs pertinents et la manière de les évaluer
n'est pas sans poser des problèmes .
L'impact des tests sur les animaux comprend un certain nombre
des effets répertoriés sous le titre de la toxicité
aiguë : douleur, angoisse, mal-être et sentiments
de nausée, agitation et autres symptômes cliniques
éventuellement plus discrets. Parfois, les animaux en
meurent, et ils peuvent avoir été, au préalable,
en proie à des crises, à des altérations
du comportement, à des vomissements, à des suintements
de la bouche ou de l'anus, ou à des pertes de conscience.
7. Propriétés mutagènes et toxicité
génétique
Les substances mutagènes sont des substances qui font
augmenter le taux des variations génétiques (mutations)
dans les gènes ou les chromosomes. Les mutations se produisent
spontanément dans n'importe quelle population, et les
substances mutagènes entraînent une augmentation
du nombre de ces altérations. Dans certains cas, les
mutations sont les premières étapes de la formation
d'un cancer.
La toxicité génétique est une notion plus
large, qui fait référence à la capacité
d'une substance chimique à interagir de différentes
manières possibles avec l'ADN et /ou d'autres parties
du noyau cellulaire.
Plusieurs tests de toxicité génétique in
vitro sont utilisables. Le SCCNFP considère que l'association
de deux tests in vitro est généralement suffisante
pour déterminer le potentiel mutagène et /ou génotoxique
d'une substance spécifique. En fonction des résultats
de ces tests, le SCCNFP demandera éventuellement que
soient effectués d'autres tests in vitro ou in vivo.
Les tests des propriétés mutagènes et de
la toxicité génétique sur les animaux :
En principe, les tests des propriétés mutagènes
et de la toxicité génétique permettent
de procéder à une évaluation indirecte
des effets toxiques sur les globules sanguins et sur leurs gènes,
dans la moelle osseuse. Deux techniques sont communément
utilisées :
a. Le test cytogénétique in vivo sur la moelle
osseuse des mammifères
Le principe de ce test est que les globules sanguins qui ont
une activité de division dans la moelle osseuse sont
particulièrement sensibles aux effets des substances
mutagènes /génotoxines. Les animaux utilisés
sont généralement des rongeurs : rats, souris
ou hamsters chinois. On administre la substance à tester
à dix animaux (cinq de chaque sexe), soit par voie orale
soit par injection dans la cavité abdominale. Pour chaque
substance à tester et pour chaque dose, on utilise deux
groupes témoins. On administre des doses simples ou multiples,
et l'on procède 48 heures plus tard à un échantillonnage
de la moelle osseuse. Les préparations de globules sanguins
sont examinées au microscope pour déterminer les
effets sur le noyau cellulaire.
b. Le test des micronucleus
Pour ce test concernant les effets mutagènes /génotoxiques,
la technique générale et les effectifs échantillonnés
sont les mêmes que pour [a], ci-dessus, mais on estime
l'effet de la substance en observant un autre aspect des globules
sanguins. Une augmentation du nombre de cellules présentant
une dégradation du noyau (correspondant à la formation
de micronucleus) indique que la substance est nocive pour les
gènes. On utilise généralement des souris.
Principales critiques :
– Un certain nombre des critiques générales
que l'on peut faire à propos des tests de toxicité
s'appliquent à ces tests, surtout en ce qui concerne
le rôle du système immunitaire et la susceptibilité
génétique des espèces et des lignées
animales.
– Souvent, on ne peut pas savoir précisément
si la substance testée atteint véritablement la
moelle osseuse : aussi risque-t-on d'avoir des "faux négatifs"
.
– En raison des difficultés possibles de pénétration
de la substance testée dans la moelle osseuse, on recourt
à des doses massives. Cela rend l'extrapolation à
l'être humain douteuse, car il est rare qu'un être
humain se trouve exposé à des doses massives d'ingrédients
de produits cosmétiques.
– L'injection dans la cavité abdominale des substances
à tester n'est pas un mode d'administration approprié
pour les ingrédients de produits cosmétiques.
– Les tests sont limités à l'étude
d'un effet sur certains tissus seulement, et à une série
restreinte d'objectifs .
Un certain nombre des critiques que l'on peut formuler à
propos des tests relatifs aux effets carcinogènes (voir
[13], plus loin) s'appliquent aussi à l'évaluation
des effets mutagènes et des effets génotoxiques
chez les animaux. Les enzymes de réparation et le rôle
des molécules ‘ramasseuses’, chez les animaux
et les humains, varient considérablement, et cela ne
peut être sans conséquences.
8. Photo-irritabilité et photo-toxicité
Dans ce domaine, il n'existe pas de tests sur animaux validés.
La méthode in vitro est la méthode de choix :
il s'agit ici du test de photo-toxicité 3T3 de captation
du rouge neutre (voir chapitre 5).
9. Effet photo-mutagène et photo-génotoxicité
On dispose d'un certain nombre de méthodes in vitro pour
évaluer les effets mutagènes et génétiques
induits par les rayons lumineux : les essais de mutation des
bactéries et des levures, les tests de détection
de la clastogénicité et les tests concernant les
mutations génétiques dans les systèmes
cellulaires in vitro des mammifères.
10. Statistiques concernant l'être humain
Les études menées dans le respect d'une éthique
sur des volontaires humains pleinement informés sont
une chose assez courante dans le domaine des tests des produits
finis, mais bien moins courante lorsqu'il s'agit de tester les
ingrédients. On peut citer en exemple les tests d'irritation
cutanée et les tests de sensibilisation cutanée
sur des volontaires. Des résultats de tests préalables
sur des animaux ou de tests de toxicité in vitro peuvent
servir à garantir la sécurité des volontaires.
Les aspects éthiques et pratiques du recours aux volontaires
humains dans les études d'évaluation de l'innocuité
sont traités dans les directives du SCCNFP .
11. La toxico-cinétique
Les tests de cinétique de la toxicité sont conçus
pour suivre les délais d'absorption, de diffusion, de
métabolisme et d'excrétion des substances et leurs
effets toxiques. Les doses dont soit simples soit multiples.
On utilise souvent des rongeurs. Chaque groupe de dosage est
constitué de quatre animaux, et l'administration se fait
par voie orale, par inhalation ou par voie cutanée. On
suit les délais de diffusion, d'excrétion et de
métabolisme. Les animaux sont tués puis sont examinés
pour observer l'accumulation de la substance à tester
dans les organes cibles à différentes dates postérieures
au début de l'administration.
Principales critiques :
– On retrouve ici les difficultés habituelles,
liées à la spécificité des espèces
et des lignées, que soulève l'interprétation
du caractère transposable à l'être humain
des statistiques obtenues sur des animaux.
– L'élimination des substances toxiques peut suivre
chez l'être humain des chemins différents de ceux
suivis chez les rongeurs et autres espèces soumises aux
tests.
– De même, les taux de désintoxication et
d'élimination subséquente sont fonction de l'espèce
et de la lignée, et tenter d'extrapoler les résultats
à d'autres espèces soulève de sérieux
problèmes.
12. Le métabolisme
Après absorption dans la circulation sanguine, le devenir
d'une substance dans l'organisme dépend dans une large
mesure de son métabolisme, principalement au niveau du
foie. Certaines substances chimiques sont rendues inactives
lors du métabolisme, tandis que d'autres peuvent être
métabolisées en composants toxiques et stockées
dans diverses parties de l'organisme ou bien excrétées.
Ce n'est que dans certains cas particuliers que le SCCNFP demande
que des études sur les animaux ou in vitro soient effectuées
pour évaluer les éventuels effets métaboliques
négatifs.
Les tests de métabolisme sont réalisés
de manière similaire aux tests de cinétique de
la toxicité (voir [11] ci-dessus), et les mêmes
critiques, en matière de pertinence et d'extrapolation,
peuvent leur être appliquées.
13. Effets tératogènes, toxicité
reproductive et effets carcinogènes
Les tests d'effets tératogènes
Un certain nombre de substances chimiques sont connues pour
exercer une influence sur le développement du fœtus
au cours de la grossesse, le résultat final étant
soit des malformations corporelles soit la mort du fœtus.
Ce processus est appelé la tératogenèse.
Le test pour évaluer les éventuelles propriétés
tératogènes consiste à administrer une
certaine dose à des femelles pleines pendant la période
de formation des organes de l'embryon en cours de développement.
On tente d'évaluer dans quelle mesure une substance provoque
des malformations chez l'embryon.
On a pris l'habitude d'utiliser des rats, des souris, des hamsters
et des lapins – le plus souvent, des lapins et des rats.
Les tests sont normalement pratiqués sur 20 femelles
de rongeur ou sur 12 lapines pour chaque dosage, avec des groupes
témoins d'effectif identique.
On définit trois niveaux de dosage, le plus élevé
étant suffisant pour entraîner des effets mineurs
chez la mère (par exemple une perte de poids). Les substances
à tester sont généralement administrées
par voie orale, puis on tue le embryons et on les examine pour
rechercher les éventuelles traces d'altération
anatomique induite par la toxicité.
Principales critiques :
– Les tests sont conçus pour caractériser
les effets flagrants de l'administration des substances chimiques
: des dégâts plus discrets risquent fort de passer
inaperçus.
– Il existe des différences significatives en ce
qui concerne les possibilités de traversée du
placenta par les substances chimiques, en fonction de l'espèce.
– Ce test coûte du temps et de l'argent.
– Des problèmes se posent quant à la possibilité
de transposer les résultats à l'homme, surtout
lorsque l'on utilise des lignées animales génétiquement
constantes – alors que les êtres humains présentent
une grande diversité génétique.
– Les animaux sur lesquels les tests sont effectués
ont des durées de vie bien plus courtes que celle de
l'être humain, ce qui entraîne des difficultés
de transposition.
Les tests de toxicité reproductive
Les tests de toxicité reproductive visent à déterminer
quels ingrédients de produits cosmétiques sont
susceptibles d'avoir un impact sur la capacité reproductive.
On administre diverses doses à des animaux mâles
et femelles au cours de leurs cycles reproductifs (c'est-à-dire
au cours de la formation du sperme et de l'absorption chez le
mâle, et au cours de deux cycles œstraux chez la
femelle).
C'est la voie orale qui est le plus souvent choisie, et les
doses sont administrées quotidiennement, à des
groupes de rats ou de souris en général. On évalue
les effets sur la fertilité, sur la grossesse et sur
le comportement maternel (nourrissage et construction du nid
par exemple).
Principales critiques :
– Le système reproductif des rongeurs et leurs
cycles sont très différents de ceux de l'être
humain, et les réactions aux substances chimiques d'organes
tels que les testicules et les ovaires peuvent varier d'une
espèce à une autre, et d'une espèce animale
à l'espèce humaine.
– L'influence des facteurs immunitaires et physiologiques
et du régime alimentaire sur les résultats n'est
pas sans poser problème, comme nous l'avons vu au cours
des sections précédentes.
– La constitution génétique affecte en profondeur
la toxicité reproductive d'un grand nombre de substances
chimiques, avec des différences selon qu'il s'agisse
de l'être humain ou d'autres animaux.
Les tests de carcinogenèse
Ces tests se pratiquent sur de jeunes rats ou de jeunes souris,
l'administration de la substance se faisant très tôt
après le sevrage. Le mode d'administration usuel est
par voie orale, mais il est possible aussi d'étendre
les substances sur la peau ou d'opter pour l'inhalation. Le
choix se fait en tentant d'imiter la manière dont l'être
humain peut se trouver exposé à l'ingrédient
en question. On teste généralement trois doses
en utilisant au moins 100 animaux pour chaque, avec un groupe
témoin constitué de 100 animaux également.
La mesure du résultat se fait par prélèvement
sanguin, par pesage et par examen de l'apparence pathologique,
des tissus et des organes pour détecter d'éventuels
cancers. Ces tests sont coûteux, et leur délai
de réalisation est de cinq ans.
Chez l'être humain comme chez les animaux, les tumeurs
peuvent apparaître par suite d'un certain nombre d'événements,
l'exposition à une substance chimique unique n'étant
qu'un de ces événements possibles – et ce
fait n'est pas pris en compte lorsque sont effectués
des tests sur des animaux.
Principales critiques :
– Les tests d'effets carcinogènes sur les animaux
sont très peu reproductibles, et les résultats
varient d'une espèce à une autre, y compris entre
la souris et le rat.
– Les taux de métabolisme varient avec la taille
de l'animal : ainsi, par exemple, le rat et la souris sont des
espèces présentant des taux de métabolisme
élevés comparativement à l'être humain,
et leurs réactions aux substances cancérigènes
peuvent ne pas être les mêmes que chez l'être
humain.
– Un certain nombre de substances chimiques jouant le
rôle de ‘collecteurs’ naturels peuvent être
présentes chez les animaux : elles interviennent pour
éliminer les molécules potentiellement nocives.
Les taux d'élimination par l'action de l'un de ces ‘collecteurs’
(le glutathione) sont variables entre des espèces différentes,
ce qui rend les comparaisons difficiles .
– On sait que la mutagenèse (altération
génétique) et la carcinogenèse sont en
relation avec les effets d'une forme d'oxygène très
active qui peut détériorer l'ADN. Or, chez les
animaux utilisés pour évaluer les propriétés
carcinogènes et mutagènes, les mécanismes
de réparation de l'ADN sont souvent considérablement
moins développés que chez l'être humain
. Par conséquent, il n'est pas surprenant de constater
que les petits rongeurs développent des cancers plus
facilement que l'être humain , ce qui fait de l'extrapolation
à l'être humain une affaire de supposition hasardeuse
.
– Il existe entre l'être humain et les rongeurs
des différences au niveau des principales enzymes hépatiques
qui métabolisent les substances pharmaceutiques, comme
le cytochrome P450s, ce qui n'est pas sans influence sur les
résultats des tests. Par ailleurs, les types de P450s
observables chez l'être humain dépendent du régime
alimentaire, de la constitution génétique, ainsi
que du tabagisme et de la consommation d'alcool et de l'exposition
à la pollution de l'environnement . Il n'est pas possible
de modéliser des effets aussi complexes sur des animaux
de laboratoire.
OneVoice condamne les tests d'ingrédients de produits
cosmétiques sur les animaux en raison des souffrances
que ces tests entraînent. Qui plus est, les résultats
des tests effectués sur des animaux sont souvent inapplicables
à l'être humain, en raison des différences
entre les espèces et aussi parce que ces tests sont mal
conçus. Ce qui signifie que la sécurité
des consommateurs peut être compromise par certains ingrédients
qui auront semblé anodins chez des animaux tels que les
rats, les souris ou les lapins.