Introduction
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Dans les pays développés, l’espérance de vie progresse régulièrement depuis 50 ans. On pourrait en conclure que la santé des habitants de ces pays est allée de pair mais ce n’est, hélas, pas vrai. L’allongement de l’espérance de vie a surtout bénéficié des progrès des soins néonataux mais, selon une enquête de l’INSERM (1990), l’âge moyen des Français en bonne santé est de 56 ans et demeure inchangé depuis 80 ans. Ceci signifie que les chances de survie au-delà de cet âge sont surtout liées aux progrès de la médecine. Or ces progrès sont très inégaux selon les maladies. Pour s’en convaincre, il suffit de se reporter aux statistiques de santé : celles de l’INED (www.ined.fr en particulier www.causfra.ined.fr ), du CREDOC (www.credoc.fr) ou de l’INPES (www.inpes.sante.fr ) pour la France. Ces institutions collectent depuis de nombreuses années les données de morbidité et de mortalités par pathologie et par tranche d’âge. Ces données montrent que la maladie de Parkinson affecte aujourd’hui près d’une personne sur 1 000, en progression de 1 à 1,5 % par an depuis plusieurs décennies, que 5 millions de personnes souffrent de troubles neurologiques, que les allergies touchent un enfant sur quatre. Chaque année en France, 150 000 personnes meurent du cancer, 700 000 en souffrent et 300 000 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués. Le taux de décès par cancer du cerveau a été multiplié par 10 pour les tranches d’âge de 35 à 65 ans entre 1950 et 1990, ….
Parmi ces maladies, le taux d’affections d’origine génétique (héréditaire) est constant sur un grand nombre de générations. On estime par exemple que 5 à 10 % des cancers sont d’origine héréditaire et 90 % au moins sont d’origine « environnementale», terme regroupant toutes les incidences venant de l’extérieur du corps, volontairement (style de vie, régime alimentaire, alcool, tabac…) ou involontairement (produits chimiques dans l’air, l’eau, l’alimentation, UV, radiations ionisantes…). Les « intoxications » volontaires sont plutôt en régression depuis quelques décennies et devraient donc peser moins sur les pathologies évoquées ci-dessus. Les augmentations observées sont donc à mettre essentiellement sur le compte des intoxications involontaires, c'est-à-dire les 100 000 produits chimiques qui ont été pour la plupart introduits dans notre environnement ces dernières décennies.
La Commission européenne semble en avoir pris conscience puisqu’elle reconnaît ignorer l’effet sur notre santé de 98 % de ces produits (pour les 2 % restants, elle en a une notion peu fiable, dérivée de tests sur des animaux). Elle a donc très opportunément lancé en 2001 le projet REACH (enRegistrement, Evaluation, Autorisation des produits CHimiques), proposant d’évaluer avant 2050 et pour 11 milliards d’euros les effets de ces substances sur des modèles animaux. Ce projet, bien que « rétréci » par la suite à 30 000 substances et 2,3 milliards d’euros, a fait l’unanimité contre lui, non pas sur son objectif, mais sur son exécution : trop cher pour les industriels, qui doivent en supporter le coût ; trop lent pour les écologistes, qui craignent la disparition entre temps de nombreuses espèces et la pollution irréversible de nombreuses ressources naturelles ; inadmissible pour les protecteurs des animaux puisque des dizaines, voire des centaines, de millions d’animaux seraient sacrifiés dans les tests ; enfin, pour les défenseurs des consommateurs, de la famille, de la santé, estiment qu’il s’agit d’un coup d’épée dans l’eau, voire d’une opération dangereuse, puisque la transposition à l’être humain des résultats des tests sur animaux est hautement aléatoire et risque d’induire gravement en erreur en générant de fausses certitudes.
À les examiner de près, les réticences suscitées par REACH ont un dénominateur commun : le recours au modèle animal, cher, lent, éthiquement inacceptable et surtout inutile, s’agissant de la santé de l’Homme. Il est en effet prouvé qu’aucune espèce ne peut servir de modèle biologique fiable pour une autre. En effet, une espèce est définie par son isolement reproductif, dû au fait que son patrimoine génétique est unique et ne peut se complémenter avec celui d’aucune autre espèce dans le processus de fécondation. Or le patrimoine génétique définit toute l’activité biologique de l’individu. Deux individus d’espèces différentes – souris et Homme par exemple - auront donc des activités biologiques différentes et répondront chacun spécifiquement à un test donné. Son résultat chez la souris peut être semblable, différent ou opposé à celui chez l’Homme : on ne le saura que quand on aura fait le test chez les deux, ce qui rend le recours au modèle souris pour évaluer la toxicité chez l’Homme sans objet.
Pour vaincre ces réticences et sauver REACH, il faut l’équiper d’un « moteur » de test scientifique performant, et remiser l’empirisme qui a cours en toxicologie depuis 100 ans. La toxicologie étant la biologie dans l’environnement du produit toxique, on peut mettre en œuvre pour l’étudier les outils et méthodes de la biologie moderne. De plus, cette dernière nous a appris que la solution à tout problème de biologie (ou de médecine) doit au final être recherchée au niveau cellulaire. C’est donc la toxicité cellulaire qu’il faut étudier pour un premier crible de toxicité, sachant que si un produit est toxique pour une de nos cellules*, il est probable qu’il le soit au niveau de l’organisme.
La toxicologie cellulaire est une discipline bien établie depuis des décennies ; elle étudie le comportement des cellules en culture* exposées à des substances toxiques. Deux European Workshop in Molecular Toxicology ont été organisés en 1996 et 1999, réunissant des spécialistes mondiaux dans cette discipline. Lors de ces Workshops, des conférenciers ont exposé leurs travaux sur une approche alors toute nouvelle pour observer simultanément un ensemble d’activités biologiques à l’intérieur d’une cellule, procédé qui prendra plus tard le nom de génomique*.
Nous allons présenter les résultats de toxicogénomique de 28 substances chimiques diverses, obtenus sur deux lignées de cellules humaines en culture, à l’aide de puces* à ADN portant 51 gènes humains regroupés en 6 familles, chacune répondant à une activité toxique particulière. Nous allons montrer que cette évaluation scientifique de la toxicité permet de lire à livre ouvert les risques du produit pour l’Homme, qu’elle est incomparablement supérieure à la toxicologie traditionnelle opérant par le truchement de modèles animaux et répond aux critiques faites à REACH.