Une
certaine opacité recouvre la transparence, en matière
de chiffres sur l'expérimentation animale. Le ministère
de la Recherche est tenu, par la loi, de rendre public le nombre
d'animaux utilisés à des fins d'expérimentation
animale. Force est de constater que son site Internet est d'une
remarquable discrétion sur le sujet...
Cependant, voici l'ensemble des animaux et leur nombre utilisés à des fins expérimentales dans des laboratoires privés et publics en 2001. Depuis, aucune nouvelle statistique n'est disponible en France !
Total : 2.212.294 vertébrés.
Souris : 1.370.293
Rats : 471.204
Cobayes : 59.184.
Hamsters: 20.527
Autres rongeurs : 3572
Lapins : 53.545
Chats : 1383
Chiens : 5516
Furets : 619
Chevaux, ânes, croisements : 536
Porcs : 7808
Caprins : 842
Ovins : 5936
Bovins : 2648
Prosimiens : 589
Cébidés : 179
Cercopithécidés : 3072
Autres mammifères : 48
Cailles : 5027
Autres oiseaux : 89905
Reptiles : 1214
Amphibiens : 12218
Poissons : 96399
Le ministère
met en avant une baisse de 4% par rapport à la précédente
enquête portant sur l'année 1999. Plus de plus de 40%
des chiens et des chats sont issus d'élevages extérieurs
à l'Union européenne.
Par ailleurs, les chiffres officiels indiquent que seuls 2591 animaux
(1911 rongeurs et 680 lapins) ont été utilisés
pour des tests cosmétiques. Cela paraît montrer que
cette forme d'expérimentation est finalement peu consommatrice
de vie animale. Seulement, les statistiques sont partielles. En
effet, les laboratoires jouent sur les mots. Ils n'indiquent que
les animaux employés pour les produits finis cosmétiques.
Mais lorsqu'il s'agit de travaux sur les produits chimiques de base,
qui peuvent se retrouver dans des produits de beauté, mais
aussi ailleurs, dans des peintures, par exemple, les animaux ne
rentrent plus dans les statistiques "cosmétiques".
Le temps passe, mais rien ne change.
Ce texte date de 2000. Il détaille les flous et approximations
qui entourent les statistiques sur l'expérimentation animale.
Malheureusement, depuis, rien n'a changé.
Pas trop mal, mais largement insuffisant et surtout… incomplet.
Il
s'agit de chiffres "officiels" : nous pensons qu'il y
a des chiffres réels, plus élevés, pour plusieurs
raisons. Le secrétariat d'État à la Recherche
confirme – avec honnêteté intellectuelle –
que des centaines de milliers d'animaux meurent en plus, sans se
trouver comptabilisés. Ainsi les euthanasies réalisées
"humainement" (entendez par là avec un minimum
de souffrances) pour la recherche, chiffre non exigé au niveau
européen, ont quand même été dénombrées
en 1997 : 325 894! Qu'il faut donc ajouter à 2 609 317 expérimentations,
soit environ trois millions de morts officiels au total.
Ce total est-il "la totalité"
?
Nous sommes sûrs que non. Les animaux transgéniques
sont de plus en plus nombreux, mais c'est sans commune mesure
avec ceux sacrifiés dans ce domaine parce que ce sont des
"ratés". Parfois moins de 5% sont génétiquement
"réussis", et il faut éliminer tous les
autres pour lesquels la manipulation n'a pas marché, à
tel point que les scientifiques eux-mêmes protestent tellement
ils doivent abattre !
Si tous atteignent les poubelles ou le crématoire, beaucoup
n'atteignent pas les statistiques. Nous pensons donc que personne
ne dispose vraiment des chiffres réels de cette hécatombe.
Des laboratoires qui ne donneraient pas tous les bons chiffres
? Le secrétariat d'État à la Recherche reconnaît
que certains "se trompent", mais n'évoque pas
de tricheries.
En revanche, il ne parle pas non plus d'un manque dont nous savons
la réalité, mais sans pouvoir l'apprécier
plus précisément à l'heure actuelle : certains
labos ne répondent même pas ! Leurs chiffres ne risquent
donc pas de se retrouver dans les statistiques…
Ainsi on trouve cette phrase doublement instructive dans les commentaires
introductifs des statistiques 1990 : " L'étude exhaustive
de cette discordance a permis de mettre en évidence que
20 laboratoires importants sur l'ensemble des 665 répondants
ont mal compris la façon de remplir le tableau 3. "
Un, cela prouve que les scientifiques ne comprennent pas tout,
mais on le savait déjà ! Deux, il n'y a que "665
répondants" (dont 115 labos privés et 550 labos
publics et parapublics, donnée qui disparaît, hélas!,
dans les enquêtes suivantes!) alors qu'en 1991, et sans
augmentation brutale de leur nombre, l'État indique l'existence
de 1073 laboratoires d'expérimentation animale. Cela représente
donc environ 408 labos – presque 40%! – qui ne se
donnent pas la peine de répondre au questionnaire ministériel
cette année-là. Dans ces conditions, bonjour la
valeur des chiffres ! Pourtant, quand on regarde le nombre à
l'unité près (3645708 très précisément!),
ça fait sérieux – et c'est fait pour faire
sérieux ! Mais c'est de la poudre aux yeux. Ce point astucieusement
passé sous silence prouve clairement que les conditions
de la confiance ne sont pas remplies, et que nous travaillons
– tout comme l'Union européenne à qui on adresse
les statistiques! – sur des bases fausses, voire faussées.
À la suite d'appréciations complexes, le chiffre
réel actuel semble donc être d'un peu plus de 3,5
millions d'animaux périssant chaque année en France
à cause de l'expérimentation animale, voire peut-être
même 4 millions. Ce qui explique notre évaluation
d'un peu plus de 9600 animaux mourant chaque jour. Bien sûr,
il faut faire les mêmes calculs pour estimer la réalité
passée. Ainsi nous considérons qu'en 1990, le chiffre
officiel de 3,6 millions correspondait à un chiffre réel
de 5 millions au moins
Manque de précisions
Par ailleurs, un entretien avec Guy Mahouy, haut
fonctionnaire de la recherche, chargé de mission signataire
de toutes ces enquêtes et partisan du modèle animal,
nous l'a confirmé, les chiffres ne disent pas tout. Combien
de vieux tests démodés et douloureux dits "DL50"
(dose léthale 50, qui a été abandonné
dépuis) ? Combien de cruels tests de Draize (où
on met des produits chimiques dans les yeux d'animaux conscients
et immobilisés) ? Ce n'est pas dit, ou noyé dans
la masse. Et surtout, combien d'animaux transgéniques dans
tout ça ? Les responsables ne le savent pas eux-mêmes,
en dépit de la spécificité et de l'importance
de ce domaine. Ils parlent de modifier les questionnaires pour
en avoir bientôt une idée – mieux vaut tard
que jamais. Au Royaume-Uni, les chiffres sont disponibles, mais
pas en France. Combien de rongeurs utilisés pour produire
des anticorps monoclonaux ? Mystère : nous avançons
une estimation de 100 000 annuellement (par comparaison avec des
pays étrangers), mais M. Mahouy nous avoue qu'il n'en sait
rien. Sont-ils bien pris en compte dans les statistiques puisqu'il
s'agit d'une production (très douloureuse) d'anticorps,
mais pas d'une expérience à proprement parler ?
Ce serait en fait logique, mais le doute plane. Et de nombreuses
questions auraient la même réponse, ou plutôt
la même absence de réponse…
Quels animaux ?
Compte tenu des réserves précédentes,
la lisibilité est meilleure ici, car l'Union européenne
l'exige. Voici les chiffres 1997 : souris, 1787 199 ; rats, 432738
; cobayes, 102 208 ; hamsters, 19342 ; autres rongeurs , 6 142
; lapins, 63 627 ; chats, 1990; chiens, 4290 ; furets, 82 ; autres
carnivores, 183 ; chevaux, ânes et leurs croisements, 839
; porcs, 11259 ; caprins (chèvres), 776 ; ovins (moutons),
3541 ; bovins, 1636 ; prosimiens (lémurs), 82 ; cébidés
(singes du Nouveau Monde), 88 ; cercopithécidés
(singes de l'Ancien Monde, du genre macaque notamment), 2452 ;
singes anthropoïdes,0 ; autres mammifères, 67 ; cailles,
1907 ; autres oiseaux, 65 745 ; reptiles, 48; amphibiens, 14403
; poissons, 88573. D'où le total cité plus haut
: 2609317 sacrifices.
Plusieurs remarques s'imposent. L'Administration est toujours
heureuse de pouvoir dire qu'environ 90% des animaux utilisés
sont des rongeurs – c'est si peu médiatique, les
souris ! Par ailleurs : "L'étude comparative entre
les résultats de l'enquête menée en 1990 et
celle de 1997 fait apparaître les éléments
suivants : – Le nombre total d'animaux utilisés,
toutes espèces confondues, a diminué de près
de 30% (-28,4%) – On notera une réduction importante
du nombre de chiens (-44,4%) et de chats (-29,1%). Parmi ceux-ci,
beaucoup servent dans le cadre de la production et du contrôle
de qualité en médecine vétérinaire.
"
Voilà des animaux médiatiques ! Et c'est pour ça
qu'on prend 1990 comme année de référence.
Il est plus impressionnant d'annoncer 30% de baisse, qui permet
d'occulter une donnée pour les chats : le nombre des "sacrifices"
remonte ! En effet, s'il y en a eu 4 535 en 1984 et 2 808 en 1990,
il était tombé à 1140 en 1993. La pente était
bonne avant ce rebond inquiétant à presque 2000
individus en 1997 – mais quelqu'un qui ne se penche pas
en détail sur les chiffres ne voit pas que la tendance
s'est inversée pour les pauvres minets.
Les chiens sont passés de 10531 en 1984 à 7221 en
1990, puis à 4965 en 1993, et donc 4290 en 1997. Chiffres
officiels auxquels nous ne croyons pas. Nous connaissons ainsi
deux labos, parmi les plus gros sans doute, qui feraient plus
du quart de ce chiffre à eux deux ! Il s'agit de Pfizer
(notamment fabriquant du Viagra) à Amboise (600 chiens
par an) et du Centre international de toxicologie près
d'Évreux (environ 500 chiens). Par ailleurs, One Voice
maintient qu'une large partie des chiens et chats volés
en France arrive frauduleusement dans certains labos (publics
ou privés) qui ne les déclarent évidemment
pas. Quant au fait qu'une partie de ces expérimentations
serve à des études vétérinaires, vous
connaissez la position de One Voice sur ce dernier point : les
animaux ne ressentent pas vraiment la différence. De la
bouche de M. Mahouy, plus de 50% des chiens et des chats sont
sacrifiés par ou pour des firmes vétérinaires.
Public et privé
Environ un laboratoire répondant sur quatre
(23% des "répondants" - mais pas forcément
de la totalité !) est du domaine privé (dont 63%
de sociétés commerciales, 8% d'associations et 29%
définis comme "autres"). Un peu plus de trois
sur quatre (77%) sont du domaine public et para-public (dont 34%
d'universités, 19% d'INSERM, 10% d'INRA (Institut national
de la recherche agronomique), 2% du CNEVA (Centre national d'études
vétérinaires et agro-alimentaires), 16% de CNRS,
3% de CEA (Commissariat à l'énergie atomique) et
16% d'autres. Mais il est intéressant de noter l'inversion
des chiffres en ce qui concerne les animaux "utilisés"
: là, c'est le privé qui arrive largement en tête
(1 972 028 – environ les trois quarts!) alors que le public
n'utilise "que" 637 289 animaux, en 1997. Donc, le secteur
privé a moins d'établissements, mais plus gros ou
plus gourmands en cobayes de tous types.
Balayer le "modèle animal"
"Passable ; peut très nettement mieux
faire!" Chiffres officiels ou réels, environ moitié
moins en quinze ans, c'est bien une pente descendante, mais qui
n'est pas encore assez raide. Certes, les données vont
globalement dans le bon sens, mais One Voice est abolitionniste
– pour des raisons éthiques et pour des raisons scientifiques
car l'animal n'est pas un bon modèle de laboratoire et
les humains finissent par payer la note avec leur santé.
C'est pourquoi, en tant que plus importante association antivivisectionniste
de France, One Voice continuera son action jusqu'à la disparition
totale de l'expérimentation animale. Les progrès
de la science – que nous ne rejettons pas en bloc! –
vont balayer le déplorable "modèle animal"
dans le demi-siècle qui vient. Mais nous pouvons grandement
accélérer le mouvement, et donc éviter à
des millions d'animaux la souffrance et la mort.
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