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Les expériences sur les chiens
& les chats en France

Un rapport des Docteurs
Chris Langley MA PhD et Gill Langley MA Phd MIBiol

Mars 2003
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CHAPITRE I
Les chiens & les chats : Leur existence avec les humains


C’est sans doute en raison de l’utilité qu’ils représentaient pour nous que certains animaux ont été domestiqués. Ils nous procuraient notre nourriture, notre habillement, des matériaux pour nos habitations, un moyen de transport, une protection et une dératisation. Les animaux qui ont partagé nos habitations ont aussi été gagnants sur plusieurs plans, en obtenant par exemple une nourriture régulière et un abri. Cela fait des milliers d’années que des animaux de compagnie comme le chien et le chat partagent notre habitat.

Les humains et les chiens partagent une très longue histoire. Des études récentes ont montré que les chiens vivaient déjà avec les humains à l’Age de pierre. Selon certaines de ces études, les chiens, et dans une certaine mesure les chats, ont connu une évolution liée à celle des humains : des variations d’une caractéristique génétique chez une espèce engendrant un changement dans le comportement, et souvent une évolution génétique chez l’autre (1,2). Les humains peuvent nouer des liens émotionnels très forts avec les chiens, les chats et bien d’autres animaux, et vice versa.

Le chat domestique (Felis catus) appartient à la famille des félidés, qui comprend le lion, le tigre, le guépard, le lynx, les panthères et d’autres carnivores agiles. La plupart des animaux de cette famille chassent leur proie, et portent souvent une fourrure de camouflage. Tous les félidés ont des griffes rétractiles acérées et sont capables de courir, de grimper et de bondir sur leur proie.

Des recherches archéologiques effectuées à Chypre ont apporté des preuves que le chat aurait noué des liens étroits avec les humains il y a plus de 8 000 ans. On a en effet retrouvé des os d’êtres humains, de chats et de souris au même endroit – les chats ayant été utilisés pour maîtriser la population des rats et des souris dans les entrepôts à grains. On trouve de meilleures preuves de cette domestication en Egypte, 4 000 ans av. J.-C. Des fouilles ont mis à jour des vestiges de colonies agricoles dans le delta du Nil, et l’on y a trouvé des restes de chats. Il est probable qu’à cette époque, les chats aient déjà été à la fois des animaux utiles et en même temps des compagnons des humains. Le chat que les égyptiens avaient domestiqué était le Felis silvestris libyca, une sous-espèce du chat sauvage. C’était un chat de bonne taille avec un pelage tigré d’une couleur orange rougeoyante qui aura peut-être été croisé avec le chat des marais, dont on rencontre encore aujourd’hui les descendants au Moyen-Orient.

Depuis les environs de l’an 1 000 av. J.-C., les égyptiens tenaient le chat en haute estime, et un grand nombre de chats étaient élevés dans les temples et faisaient l’objet d’un culte. On voyait dans les chats des manifestations de Bastet, la déesse à tête de chat que l’on associait à la beauté, à la maternité et à la fécondité. Ce sont les commerçants de l’Antiquité qui auront introduit le chat égyptien dans d’autres contrées, autour de la Méditerranée et progressivement à travers l’Europe et l’Asie. On trouve maintenant des chats partout dans le monde où l’on trouve des gens.

Si les chats sont essentiellement des animaux solitaires qui aiment s’isoler ou retrouver leurs semblables, les chiens sont des animaux sociables et grégaires. On a retrouvé des fossiles de chiens dans des habitations humaines remontant aux temps paléolithiques, et il est possible que leur domestication ait commencé à cette époque. Le chien domestique Canis familiaris est essentiellement un descendant du loup (Canis lupus) dont il hérite d’un certain nombre des traits d’agressivité que l’on observe chez les populations sauvages. Le chien domestique est apparu dans l’est de l’Asie il y a environ 15 000 ans. C’est ce que laissent penser des études dans lesquelles on a comparé les gènes des loups avec ceux des chiens du monde entier(3).

Il est probable que des chiens issus d’au moins cinq lignées domestiques différentes aient accompagné les humains sur la traversée de l’isthme qui reliait la Sibérie à l’Alaska et dans la traversée des Amériques du nord vers le sud il y a environ 12 000 à 14 000 ans, d’après les travaux de Jennifer Leonard et de ses collègues (4). A ce moment de l’Histoire du monde, ces chiens devaient être utilisés comme sentinelles, pour le transport et pour rassembler les buffles et les mastodontes pendant les chasses.

Si longue qu’ait pu durer l’association entre les chiens, les chats et les humains, il existe une profonde compréhension, surtout entre les chiens et nous. Brian Hare et ses collègues ont montré que pour trouver la nourriture cachée, les chiens assimilent les trucs des humains mieux que les chimpanzés et les loups élevés par l’homme (5). Les chiots excellent, à n’importe quel âge, à suivre le regard des humains ou à comprendre qu’il y a de la nourriture en jeu, même s’ils n’ont pas une grande expérience des humains. Bien que les chiens, dans l’histoire de l’évolution, soient éloignés de nous, ils semblent avoir évolué dans un rapport si étroit avec nous que dans certains domaines ils « pensent comme nous ».

Indéniablement, les chiens et les chats partagent avec nous une grande partie de notre histoire et ont participé à la formation de nos structures communautaires et sociales. Ce sont à l’évidence des individus dotés d’une personnalité et d’une histoire qui leur sont propres, mais nous avons bien plus de pouvoir qu’eux, et par conséquent, dans une société qui se prétend humaine et fondée sur la justice, nous avons le devoir particulier de prendre soin d’eux. Nous avons l’obligation morale de veiller à leur intérêt et à leurs besoins, de reconnaître que comme nous, ils ont des droits, possèdent une forme de conscience de soi et peuvent souffrir de diverses manières, souvent difficiles à cerner.
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Animaux de compagnie et compassion

Cela fait plusieurs siècles que l’on utilise les chiens et les chats dans la recherche fondamentale et médicale. On les a soumis à des procédures chirurgicales, on les a paralysés, on les a fait souffrir, surtout vers le début du dix-neuvième siècle, à une époque où il n’existait pas de produits anesthésiques ni analgésiques. Les hommes de science qui utilisaient alors ces créatures sensibles affirmaient qu’au contraire des humains, les chats et les chiens ne souffraient pas, que ce n’étaient que des machines, et que la science et la connaissance avaient bien trop d’importance pour que l’on puisse leur imposer des limites au nom de la compassion ou des droits des animaux non humains.

Par ailleurs, au sein de la religion chrétienne, nombreux sont ceux qui continuent encore aujourd’hui  à affirmer que les animaux non humains ne possèdent pas ce dont nous avons fait notre étalon-or : l’âme. D’autres cependant considèrent que si cela était vrai, alors la seule vie que puissent connaître les animaux non humains ne leur en serait que plus précieuse. Au sein de la tradition chrétienne, il est possible d’envisager une approche positive de la vie des animaux. On peut par exemple considérer que les animaux ont une valeur pour Dieu, indépendamment de la valeur qu’ils ont pour nous, ou bien que les animaux existent dans le cadre d’une alliance avec Dieu et avec le genre humain et que par conséquent, il existe une relation morale évidente entre eux et nous. On peut rappeler aussi que pour les chrétiens, Jésus Christ a donné un exemple moral par son sacrifice pour l’amour de l’ensemble de la création. D’autres, selon une conception du monde différente de l’approche judéo-chrétienne comme le bouddhisme ou le jaïnisme, éprouvent de la compassion pour tous les êtres qui partagent cette planète avec nous.

Pour pouvoir assurer le strict minimum des obligations et des soins qui nous incombent envers ces animaux qui partagent depuis si longtemps nos maisons et notre existence, il est essentiel que nous ayons une bonne connaissance des besoins et des exigences élémentaires de soins relatives aux chiens et aux chats que l’on utilise dans la recherche.
 
Le chat
Notions élémentaires sur la biologie et l’organisation sociale des chats

Le chat est un animal intelligent et solitaire, capable d’être très sociable. Les chats sauvages sont des animaux nocturnes qui marquent leur territoire avec leur urine et leurs sécrétions endocriniennes. Les mâles règnent sur des superficies très étendues qui recouvrent les petits territoires des femelles, et ils sont polygames(6).

Les chats communiquent entre eux par la voix, par l’expression faciale, par des changements de posture et par le flair. Ils manifestent de l’affection ou de l’agressivité envers les autres chats ainsi qu’envers les humains, mais s’ils ne sont pas habitués à la présence humaine, ils deviendront nerveux lorsqu’on les approche. Dans un laboratoire, le personnel chargé de prendre soin des chats a donc la possibilité de réduire nettement le stress et l’anxiété de ces animaux, en optant pour une attitude douce et tranquille. Les chats ont la faculté de percevoir très vite l’attitude des humains, et ils réagissent en conséquence. Il n’y a pas de domination hiérarchique chez les chats, et il ne semble pas qu’ils aient la capacité de rechercher la réconciliation après un conflit. Aussi, dans le contexte d’un laboratoire, la formation de relations sociales peut être très stressante pour eux. On ne peut interpréter des signes évidents de stress chez les chats de la même manière qu’on peut le faire chez les chiens.

Les chats ont une perception du monde très différente de la nôtre. Lorsqu’ils chassent à vue la nuit, les chats se servent de leur faculté de distinguer des objets dans des conditions de plus faible luminosité que celles dont les humains ont besoin pour voir. C’est pourquoi, dans les conditions d’hébergement des chats en laboratoire, le niveau de luminosité a une grande importance : compte tenu de leurs facultés visuelles et de leurs réflexes de frayeur, de faibles niveaux de luminosité conviennent.

Un éclairage inapproprié peut engendrer chez les chats un stressimportant(7). Les chats sont aussi capables de suivre des mouvements rapides et d’augmenter leur perception visuelle grâce à la perception des sons. Ils sont très sensibles aux ultrasons à l’aide desquels leurs proies communiquent. Par ailleurs, ils utilisent leur odorat pour détecter les proies qui leur conviennent. L’odorat leur sert aussi à communiquer, via leur organe nasal, et à repérer les marquages des territoires qu’ils fréquentent.

Les jeunes chats sont agiles, curieux et joueurs, et c’est vraiment un strict minimum que de leur assurer un environnement adapté aux divers aspects de leur comportement. Des femelles adultes pourront être gardées ensemble et s’habitueront les unes aux autres, tandis que les mâles se battront pour les femelles disponibles. Il est donc opportun de séparer les chats mâles qui ne sont pas issus d’une même portée dès l’âge de 4 à 6 mois. Les chats peuvent s’adapter à diverses densités de population, et dans un environnement naturel, on observe chez eux diverses structures sociales, selon le nombre d’animaux en valeur absolue mais aussi selon la disponibilité de lanourriture(8). Une colonie de chats sauvages peut compter entre 1 et 2 000 animaux par km carré(9).

En général, une chatte atteint sa maturité sexuelle vers l’âge de neuf mois. Un mâle atteint sa maturité sexuelle vers huit mois. Bien que certains chats soient déjà féconds vers 6 à 7 mois, il convient, dans un élevage, de tenir compte de l’âge des animaux hébergés.

Une portée comprend en moyenne quatre chatons, et il naît 104 mâles pour 100 femelles (10). Une chatte gravide a besoin d’un endroit tranquille et sombre pour donner naissance à ses chatons, et il convient aussi de prendre cela en compte dans les élevages, afin d’éviter que les chatons soient stressés et qu’un certain nombre meurent. Il est nécessaire également de maintenir les chatons hors de portée des attaques des mâles.
 
Considérations générales sur l’élevage des chats


En élevage, il convient de respecter les meilleures règles concernant les soins, pour assurer le bien-être et la satisfaction des besoins comportementaux des animaux. Les installations doivent permettre aux animaux de vivre dans des conditions de sécurité et de confort qui leur soient appropriées, dans un environnement répondant à leurs besoins spécifiques. Il convient de leur permettre d’avoir une activité physique et de leur offrir de quoi stimuler leurs facultés mentales. Il importe d’accorder une attention particulière aux conditions d’hébergement ainsi qu’à l’enrichissement de l’environnement des animaux qui seront utilisés dans la recherche, afin de maximiser leur bien-être.

En particulier, il convient de ne pas enfermer ensemble plus de 12 chats, et lorsque les chats ont l’habitude d’être hébergés ensemble, l’isolement d’un chat peut constituer un facteur de stress significatif. Il devrait être absolument évident que du point de vue du bien-être comme du point de vue scientifique, ces animaux ont un besoin spécifique de ne pas rester isolés plus de 24 heures.

Pourtant, comme le montrent les études de cas présentées dans ce rapport, on maintient souvent des animaux dans l’isolement pendant des périodes prolongées sans justification appropriée. Une bonne pratique en la matière suppose aussi un contrôle attentif des colonies de chats, afin d’identifier et d’éliminer les causes de stress et d’anxiété : il convient d’assurer aux animaux un espace socialement adapté, surtout lorsque des femelles allaitent des chatons, afin d’éviter les conflits avec des chats agressifs. Par ailleurs, les chats ont besoin d’un contact suffisant avec les humains pour pouvoir y être habitués lorsqu’ils feront ensuite l’objet de manipulations. Souvent, les articles rendant compte des recherches omettent d’aborder ce genre de question lorsqu’ils traitent du protocole de recherche suivi.

Afin d’optimiser l’environnement et les conditions d’hébergement des chats dans les centres de recherches, il conviendrait de privilégier des structures closes mais partiellement fermées pour que les animaux aient une vue sur ce qui les entoure et qu’ils puissent se tenir à une distance confortable des autres chats avec lesquels ils sont hébergés. Il faut que ces espaces soient en quantité suffisante pour limiter les problèmes de compétition, et qu’il y ait du bois pour que les chats puissent faire des marquages olfactifs et aiguiser leurs griffes.

Les chats étant des animaux en partie sociables, il est évident qu’il est important pour eux, après leur naissance, de se retrouver rapidement en contact avec d’autres chats (par exemple avec les autres chatons de la portée) ainsi qu’avec des humains. Au cours de cette première période (entre deux et huit mois), il est souhaitable que l’on s’occupe des chats tous les jours, pour qu’ils développent un comportement social. Il a été démontré qu’il était important pour la formation de leur comportement social que l’on s’occupe des chats ne serait-ce que durant une brève période, même le premier jour après leur naissance. En effet, les très jeunes chatons sont capables de réagir à des stimuli tactiles et olfactifs qui jouent un rôle d’information dans leur perception du monde(11).

Les rapports de recherche décrivant les expérimentations sur des chats et des chiens ne présentent pas suffisamment d’information dans ce domaine, aussi est-il difficile de juger si les critères minimum concernant la manipulation et les soins sont satisfaits.
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Le chien
Notions élémentaires sur la biologie et l’organisation sociale des chiens


Le chien (Canis familiaris) est un animal coopératif, curieux, docile (lorsqu’il est bien socialisé) et d’une taille appropriée pour faire l’objet de recherches dans divers domaines. Le chien le plus largement utilisé dans les travaux de recherche est le beagle. Les chiens sont des mammifères très grégaires et très intelligents, qui manifestent tout un ensemble complexe de comportements sociaux (12). Il existe un très grand nombre de variétés de chiens qui diffèrent entre elles par la taille, les besoins et le tempérament. Les canidés sauvages, comme les diverses lignées de loups, sont des animaux sociaux qui chassent en meute. L’ensemble de la meute poursuit la proie choisie et ses membres coopèrent pour la tuer. Il existe dans les meutes des rapports de hiérarchie très marqués, chez les mâles comme chez les femelles, et comme chez tous les canidés sauvages, l’accouplement est monogame.

Chez le loup d’Asie (Canis lupus pallipes), espèce généralement considérée comme la plus étroitement apparentée au chien domestique, les membres de la meute se montrent hostiles aux loups qui n’en font pas partie, ils forment donc des groupes familiaux au sein desquels les liens sont solides.

Au contraire, le chien domestique actuel se caractérise par une structure tribale bien plus ouverte et diffère d’un certain nombre de ses parents non domestiqués par sa capacité à nouer rapidement des relations sociales solides avec les êtres humains (13).

Il semble qu’il existe chez les chiots, comme chez les chatons, une période critique, entre 3 et 12 semaines après la naissance, pendant laquelle doit se faire la socialisation au contact des humains pour que se développent ces caractéristiques qui permettent de futurs liens sociaux. Pendant cette période, il importe que les chiots aient un contact régulier avec les gens qui s’en occupent. En effet, vers l’âge de 14 semaines, un chien qui en aura été privé aura un comportement dicté par la peur : il donnera des signes corporels évidents de timidité, d’hyperactivité et d’agressivité. Un tel chien deviendra très perturbé lorsqu’il sera soumis à n’importe quelle manipulation ou procédure, même simple et non invasive. Les chiens qui présentent ce type de comportement manifestent aussi d’autres phénomènes physiologiques spécifiques tels que des rythmes cardiaques et respiratoires différents de la normale (14).

Chez les chiens domestiques gardés en groupe, les rapports sociaux de domination jouent un rôle très important, et les membres du groupe situés aux niveaux inférieurs de la hiérarchie se retrouvent assez vite privés de nourriture, d’eau et de l’attention des personnes chargées de s’occuper du groupe. Les chiens, comme les chats, sont des animaux intelligents qui réagiront positivement à une attitude ferme mais douce. Toutefois, ce qui n’est pas envisageable avec les chats mais qu’il convient de faire avec les chiens est de s’imposer comme membre dominant du groupe.

Faute de quoi la personne qui s’occupe de ces chiens se retrouvera confrontée au comportement agressif et dominateur du membre dominant du groupe. Lorsque l’on utilise des chiens pour certains types de procédures expérimentales, il peut être utile de connaître leur position dans la hiérarchie, laquelle conditionne toute une série de facteurs physiologiques tels que le rythme cardiaque au repos et les taux de diverses hormones liées au stress comme les corticostéroïdes.

Les chiens, comme les chats, possèdent un répertoire de manifestations visuelles et vocales riche et varié : réponse à un signal, comportement sexuel, anxiété et nervosité, soumission ou agression.  Les chiens utilisent les mêmes signaux pour les humains que pour les autres chiens, et ces manifestations constituent de très bons indicateurs du comportement futur. Les jeunes chiens qui accueillent les humains avec confiance auront tendance, quand ils auront grandi, à accueillir de  la même manière les visiteurs qui ne leur sont pas familiers et qui ne se montrent pas agressifs.

Le sens de l’odorat joue un rôle extrêmement important dans la vie du chien. Les mâles se servent de leur urine pour marquer leur territoire. Les chiots sont capables, dès un âge précoce, de développer un comportement social souvent complexe et compliqué. Contrairement aux chiennes, les chiens mâles ont tendance à manifester une attitude visiblement agressive envers les autres mâles, même s’ils sont de la même portée. Les chiennes, en revanche, se montrent bien plus tolérantes et plus sociables envers les chiennes ainsi qu’envers les chiens mâles. Entre les individus ainsi qu’entre les diverses races, on observe d’importantes différences en termes de comportement et d’autres paramètres psychologiques (15). Ainsi, par exemple, si les chiens européens ont souvent tendance à aboyer, cela ne s’observe pratiquement jamais chez les basenjis.

Tous les chiens, quelle que soit la race à laquelle ils appartiennent, ont besoin d’une activité physique. Le fait de laisser un chien enfermé seul est un puissant facteur de stress, et un chien ne devrait pas être laissé seul plus de quatre heures d’affilée. Pour tous les chiens, un contact tactile est indispensable, surtout pour ceux qui sont isolés pendant ne serait-ce qu’une partie de la journée.

Un grand nombre de laboratoires ont tendance à faire des beagles leurs chiens de prédilection, et ce sont des chiens dont les caractéristiques physiologiques sont bien connues. Les beagles pèsent généralement entre 10 et 12 kg et vivent 10 à 15 ans. Comme on peut s’y attendre, les races plus grandes vivent moins longtemps et présentent des rythmes cardiaques plus élevés.
 
Considérations générales sur l’élevage des chiens

Aux enclos intra-muros, il conviendrait d’adjoindre des aires dans lesquelles les chiens auraient assez d’espace pour pouvoir se dépenser, et qui seraient garnies d’éléments stimulant leur sens de l’exploration. Hubrecht a montré que les chiens profitent nettement d’être placés dans un environnement peu bruyant avec des surélévations et des aires de repos.

Il a précisé aussi qu’un environnement trop limité et une interaction humaine insuffisante entraînaient des stéréotypies comportementales : sauts à répétition, parcours circulaires autour de l’enclos, déambulation le long d’une barrière et parcours par deux, un chien marchant en parallèle avec un autre chien se trouvant de l’autre côté de la barrière (16). 

Comme chez les chats, les mères accompagnées de leurs petits ont des besoins particuliers parmi lesquels le besoin de pouvoir se réfugier dans un endroit à l’abri d’une possible interférence.

Les chiens ont besoin d’interactions quotidiennes à la fois avec les personnes qui s’occupent d’eux et avec d’autres chiens. Des recherches ont montré que le contact avec les humains pouvait être plus important encore que le contact avec d’autres chiens (17). Les jeux et les jouets profitent nettement aux chiens en termes de bien-être, aussi longtemps qu’un contrôle attentif leur est accordé. Les chiens ayant besoin de mâcher, un élément typique de leur comportement, il importe de leur fournir des objets qu’ils puissent mâchouiller (18). Les jeunes chiots semblent apprécier grandement la socialisation avec les humains, et font un usage immodéré de nombreux joujoux.

Les avantages de ce genre d’enrichissement sont évidents chez les animaux adultes. Dans les études de cas impliquant l’utilisation de chiens, aucune information n’est donnée concernant les conditions sociales dans lesquelles vivent les animaux et les soins qui leur sont donnés lorsqu’ils se remettent de l’intervention chirurgicale et de l’anesthésie.
 
Produits anesthésiques et analgésiques

Les directives courantes pour une détention des animaux dans des conditions convenables prescrivent une prémédication à l’aide d’un sédatif approprié (19,20), surtout lorsqu’il s’agit de préparer des chats ou des chiens pour une intervention chirurgicale. Une sédation préalable permet d’éviter que les animaux ne se débattent trop lors de l’administration de l’anesthésique, ce qui peut se produire même avec des animaux très placides. Une sédation préalable signifie aussi une injection moins stressante, ce qui est un avantage puisque cela permet un rétablissement plus en douceur, par suite d’une dose bien moins élevée de l’agent d’induction. Globalement, ces moments sont ainsi bien moins traumatisants pour l’animal. Dans certaines des études de cas dont il est question dans ce rapport, il ne semble pas qu’une telle approche ait été suivie (Chapitre 6).

Il conviendrait qu’une analgésie soit prévue avant le moment où la douleur a des chances de survenir (21,22). Une technique expérimentale sensée et humaine suppose que l’analgésie soit administrée aux chiens ou aux chats sous sédatif, car ils ne sont alors pas nécessairement capables de donner des signes observables du niveau réel de la souffrance qu’ils endurent. Dans plusieurs des études de cas présentées au Chapitre 6, il n’est pas spécifié si l’analgésie post-opératoire a été administrée immédiatement ou après un certain délai. Il s’agit d’un point particulièrement important lorsque les animaux ont eu à subir une intervention chirurgicale profonde et lorsque leur période de rémission dure parfois jusqu’à un an. Dans de telles conditions, une intervention chirurgicale profonde a de fortes chances d’entraîner des douleurs considérables pendant des périodes très longues.

Chez les chats, une intubation pour faciliter la respiration implique une procédure hautement problématique, en raison du réflexe laryngien très sensible de ces animaux. L’initiation de ce réflexe peut être réduite au moyen d’une pulvérisation de lignocaïne à 2 % associée à l’utilisation d’un tube lubrifié à la lignocaïne, et cela permet de faciliter la respiration des chats profondément anesthésiés. Là encore, dans les études de cas présentées, il n’est pas précisé si cette méthode a été appliquée. Les chiens et les chats sont extrêmement vulnérables lors de la période post-opératoire, et il est essentiel de leur prodiguer des soins adéquats  (23). Dans les articles qui constituent les études de cas présentées, il est bien difficile de trouver l’information qui permettrait de savoir si ces exigences ont été respectées.

L’anesthésie en chirurgie suppose un personnel très bien formé et consciencieux, conscient des divers besoins des animaux que l’on utilise dans les expérimentations. Les personnes concernées doivent être au courant de l’influence que peuvent avoir l’âge, le sexe, la lignée et l’espèce utilisées sur l’efficacité et la réversibilité de l’anesthésie. Certains agents anesthésiques aggraveront une partie des effets négatifs des procédures chirurgicales – ils provoqueront par exemple une hausse de la tension artérielle au niveau du cerveau – et cela peut avoir pour conséquence des douleurs et un affolement imprévus chez les animaux que l’on laisse se réveiller à l’issue de l’anesthésie.

Le développement de procédures d’anesthésie et d’analgésie sûres et efficaces, destinées à assurer le bien-être et la rémission sans douleur de tous les animaux utilisés dans les expérimentations, suppose une évaluation très prudente de tous les types de produit utilisés. A cela doit s’ajouter le recours à des techniques de gestion assurant aux animaux des conditions de vie post-opératoires les plus confortables et les moins stressantes possible. La mise au point de ces procédures et de ces techniques suppose la participation d’experts vétérinaires ainsi que la connaissance des aspects aussi bien expérimentaux que pratiques de chaque procédure(24).
 


1. K Soproni et al [2001] Comprehension of human communicative signs in pet dogs (Canis familiaris), Journal of Comparative Psychology, 115, 122-126

2. K Soproni et al [2002] Dogs’ (Canis familiaris) responsiveness to human pointing gestures, Journal of Comparative Psychology, 116, 27-34

3. P Savolainen et al [2002] Genetic evidence for an East Asian origin of domestic dogs, Science, 298, 1610-1613

4. JA Leonard et al [2002] Ancient DNA evidence for Old World origin of New World dogs, Science, 298, 1613-1616

5. B Hare et al [2002] The domestication of social cognition in dogs, Science, 298, 1634-1636

6. S Wolfensohn & M Lloyd [1995] Handbook of Laboratory Animal Management and Welfare, Oxford: Oxford University Press

7. S Wolfensohn & M Lloyd [1995] op cit

8. S McCune [1999] The Domestic Cat, in: The UFAW Handbook on the Care and Management of Laboratory Animals, Volume 1: Terrestrial Vertebrates, Seventh Edition. Oxford: Blackwell Science

9. S McCune [1999] op cit

10. S McCune [1999] op cit

11. S McCune [1999] op cit

12. J Serpell [1995] The domestic dog; evolution, behaviour and interactions with people, Cambridge : Cambridge University Press

13. MW Fox (Editor) [1975] The wild canids, New York : Van Nostrand Reinhold

14. SL Vanderlip et al [1985] A socializing program for laboratory raised canines, Laboratory Animals, 14, 27-36

15. JP Scott & JL Fuller [1965] Genetics and the social behaviour of the dog, Chicago: University of Chicago Press

16. RC Hubrecht et al [1992] Correlates of pen size and housing conditions on the behaviour of kennelled dogs, Applied Animal Behavioural Science, 34, 365-383

17. TL Wolfle [1990] Policy, program and people, in: Canine Research Environment, J A Mench & L Krulisch (Editors), Bethesda, Scientists Center for Animal Welfare

18. J MacArthur Clark [1999] The Dog, in: The UFAW Handbook on the Care and Management of Laboratory Animals, Volume 1: Terrestrial Vertebrates, Seventh Edition. Oxford: Blackwell Science

19. S McCune [1999] op cit

20. P Flecknell [1995] Anaesthesia of animals in neuroscience, IBRO News, 23, 5-8

21. S McCune [1999] op cit

22. P Flecknell [1995] op cit

23. J MacArthur Clark [1999] op cit

24. P Flecknell [1995] op cit

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