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Les expériences sur les chiens
& les chats en France

Un rapport des Docteurs
Chris Langley MA PhD et Gill Langley MA Phd MIBiol

Mars 2003
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CHAPITRE VI
Une sélection d'études de cas : Aperçus & Analyses
Étude de cas sur des chiens


Les 13 études de cas qui suivent ne constituent qu’une petite sélection d’articles scientifiques exposant en détail des expériences menées en France sur des chiens et sur des chats entre 1999 et 2002. On peut remarquer qu’un certain nombre d’articles omettent de fournir les détails que l’on pourrait attendre concernant la manipulation et l’hébergement des animaux, leurs sources d’approvisionnement, et qu’il n’est pas précisé si des analgésiques ont été administrés aux animaux à l’issue de la période post-opératoire immédiate, et si oui lesquels. Dans certains comptes-rendus, on a même omis de mentionner le nombre d’animaux utilisés dans les expérimentations.

Études de cas sur des chiens

Les chiens, généralement des beagles, qui sont des chiens relativement petits et d’une nature agréable, et par conséquent faciles à manipuler, sont l’espèce de prédilection pour divers thèmes de recherche. Toutefois, on utilise aussi des bâtards ainsi que des lévriers. Lorsque l’on examine la littérature scientifique, on a parfois du mal à savoir d’où viennent les chiens bâtards. On utilise les chiens dans divers travaux de recherche appliquée et de recherche fondamentale, entre autres dans l’étude de la circulation sanguine et de la fonction cardiaque, du système nerveux, des reins et du système digestif ainsi que de la manière dont agissent les médicaments.

ÉTUDE DE CAS NUMÉRO UN – Facteurs ayant un effet sur les vaisseaux sanguins coronariens sur un «modèle» chien de défaillance cardiaque

Lieu : INSERM, U400, Créteil
Financement : INSERM

Objet de la recherche :
Utiliser les chiens comme « modèle » de défaillance cardiaque pour caractériser le rôle de substances locales comme le calcium et de transmetteurs comme l’oxyde nitrique (NO), susceptibles d’avoir une influence sur la variation de volume des vaisseaux sanguins dans le cœur. L’intérêt de l’étude d’un point de vue médical ne fait l’objet d’aucune justification précise.

Les expérimentations :

Les artères ont la propriété de pouvoir augmenter ou diminuer de diamètre pour répondre au besoin aussi bien local que distant d’un apport sanguin ou d’un flux sanguin accru. Il est devenu évident que les substances chimiques présentes localement jouent un rôle significatif dans cette possibilité de dilatation ou de contraction. Il existe d’autres facteurs, d’ordre nerveux ou hormonal, qui interviennent aussi dans ces phénomènes, mais ce qui intéressait ici les auteurs, c’étaient les facteurs locaux, et plus particulièrement l’oxyde nitrique (NO), impliqué dans la dilatation artérielle (vasodilatation) sur un «modèle» animal de défaillance cardiaque. L’hypertension et l’angine de poitrine entraînent une fermeture du diamètre des vaisseaux sanguins, plus particulièrement de ceux qui alimentent le cœur (les vaisseaux coronariens). On a tenté, au moyen de divers traitements par médicaments, d’inverser cet effet, soit en inhibant la constriction soit en créant localement une dilatation, en agissant sur les muscles au niveau des parois des artères coronaires.

Il existe une classe de médicaments qui accroissent le flux sanguin vers le cœur en bloquant l’acheminement du calcium dans les parois musculaires artérielles, et les auteurs ont eu recours à une nouvelle génération de ces inhibiteurs de l’acheminement du calcium – l’amlodipine – pour étudier le rôle d’un transmetteur local, l’oxyde nitrique gazeux, dans la paroi vasculaire. Par ailleurs, les chercheurs ont voulu voir si la défaillance cardiaque altère la réaction à l’amlodipine. On a utilisé neuf chiens bâtards (apparemment pas une lignée ad hoc) pesant entre 25 et 35 kg. Le sexe des chiens n’a pas été précisé. Il n’a pas été fait non plus mention de l’hébergement ni de la manière dont on s’occupait des chiens. On a eu recours à une chirurgie thoracique lourde pour implanter dans le corps de ces animaux un appareillage varié, notamment un cathéter dans l’aorte et des fils électriques stimulateurs dans le ventricule droit du cœur. On a aussi placé des dispositifs de mesure de la pression dans le ventricule gauche, un cathéter de petit diamètre a été inséré dans l’artère coronaire circonflexe et on a également placé un testeur de flux dans cette même artère. Par ailleurs, les variations de taille du vaisseau coronarien ont aussi été contrôlées au moyen de cristaux disposés dans la section inférieure de l’artère coronaire. Après la fin de l’intervention chirurgicale, une analgésie a été administrée, mais les auteurs ne précisent pas si elle a été maintenue au cours de la période ayant suivi l’expérimentation. Des antibiotiques ont été administrés à titre post-opératoire, quotidiennement pendant deux semaines, vraisemblablement pour éviter des infections.

Les résultats :
Diverses solutions de test ont été directement injectées dans les cathéters internes, et les réactions du vaisseau sanguin coronarien ont été enregistrées à l’aide des divers testeurs. Après qu’une série de tests ait été effectuée dans le but de déterminer les réactions «de référence» et les caractéristiques des vaisseaux coronariens sur les groupes de chiens étudiés, on a modifié le rythme cardiaque au moyen d’un dispositif miniature de stimulation relié aux conducteurs électriques implantés dans le ventricule. On a ainsi obtenu chez ces chiens une fréquence cardiaque de 240 à 250 battements par minute (pour des chiens de cette taille, l’amplitude normale est de 100 à 120 battements par minute) de façon continue pendant trois semaines. Cet accroissement du rythme cardiaque a provoqué, à la fin des trois semaines, un état de défaillance cardiaque. On a alors répété les diverses mesures auxquelles on avait procédé pour déterminer les conditions cardiaques de référence de l’animal, afin cette fois-ci de mesurer l’effet de la défaillance cardiaque  induite de manière artificielle.

L’impact sur les chiens :
Non seulement les animaux dont il est question ont subi une chirurgie thoracique et une instrumentation lourdes, sources de stress et probablement de douleur (il n’est pas fait mention d’une analgésie qui aurait été administrée à la suite de la période post-opératoire immédiate), mais la défaillance cardiaque induite aura eu aussi un impact significatif sur le bien-être des chiens.

La stimulation ventriculaire chronique aura entraîné un certain nombre des signes et des symptômes de la cardiomyopathie humaine dilatante : difficultés et efforts respiratoires (dyspnée) et ascites (rétention de liquide dans l’organisme – qui peut prendre une grande ampleur et provoquer de graves douleurs et d’importants malaises) ainsi que ce que les auteurs désignent sous le terme de « variations hémodynamiques ».

Critique des travaux
Diverses substances chimiques de test ont été directement instillées dans les vaisseaux sanguins qui approvisionnent le cœur – un processus tout à fait artificiel et qui a bien peu de rapport avec les processus normaux ou pathologiques. Comme résultat des diverses expérimentations, les auteurs précisent que le NO se révèle avoir sur les vaisseaux sanguins un impact différent chez les chiens sujets à la défaillance cardiaque, par rapport à des animaux en état normal, mais la question de savoir si ce résultat peut avoir une incidence sur un traitement clinique, et si oui de quelle manière, est loin d’être évidente. Il existe aussi des différences d’une espèce à une autre dans la manière dont les vaisseaux sanguins et les cellules du cœur réagissent à une variation de la composition du sang (110).

Il existe par ailleurs d’immenses possibilités de recourir à des humains volontaires et parfaitement informés pour tester les effets locaux de médicaments et autres molécules dans divers vaisseaux sanguins. Au cours d’un atelier de travail qui s’est tenu en 1993 ont été évoquées un certain nombre de méthodes intra-artérielles locales simples destinées à permettre de comprendre le rôle des cellules endothéliales et le diamètre des vaisseaux (111), en particulier en réaction au NO. Des instillations de l’inhibiteur de synthèse du NO, le NG-monomethyl-L-arginine, dans l’artère brachiale de volontaires à doses faibles et inoffensives ont permis une étude précise du trajet de la L-arginine dans l’organisme humain. En recourant à l’angiographie, il est devenu possible d’étudier la taille des vaisseaux coronariens et leur réaction à des substances pouvant être présentes localement chez des humains sains (112). Les patients humains peuvent aussi participer à l’accumulation de données pertinentes d’un point de vue clinique.

Par ailleurs, les auteurs signalent qu’ils ont utilisé la méthode directe consistant à appliquer au cœur les substances chimiques de test, de manière à déterminer les effets au niveau local plutôt que systémique – il aurait donc été plus pertinent de recourir à une méthode in vitro, plus humaine et qui aurait permis de déterminer de manière directe les effets au niveau local.
Des préparations in vitro de micro vaisseaux coronariens isolés avaient déjà permis de suivre les réactions à divers inhibiteurs du calcium, notamment l’amlodipine (113 114). Par ailleurs, il existe un nombre appréciable de publications d’équipes européennes qui utilisent des cellules endothéliales des vaisseaux sanguins ainsi que des cellules des muscles cardiaques pour comprendre les effets au niveau local, en particulier les effets du NO, et le rôle des facteurs génétiques dans diverses sortes de pathologies cardiaques (115 116 117 118).

S Champagne et al [2002] Reduced coronary vasodilator responses to amlodipine in pacinginduced eart failure in conscious dogs : role of nitric oxide, British Journal of Pharmacology, 136, 264-270

 
ÉTUDE DE CAS NUMÉRO DEUX – Le rôle des peptides dans les variations de diamètre des vaisseaux sanguins coronariens.

Lieu : INSERM U400 et Département de Pharmacologie, Hôpital Kremlin-Bicêtre, Le Kremlin-Bicêtre
Financement : INSERM et Zeneca Pharma, Cergy

Objet de la recherche :
Étudier l’influence de peptides spécifiques – les kinines et leurs récepteurs – sur le diamètre des vaisseaux coronariens. On a utilisé un agoniste et un antagoniste connus des récepteurs de la kinine et d’autres hormones locales pour caractériser le rôle des récepteurs de la kinine dans la circulation coronarienne chez le chien. Aucune justification médicale n’a été apportée à cette étude.

Les expérimentations :
Les kinines, la bradykinine et la Lys-bradykinine (aussi appelée kallidine), jouent toute une série de rôles dans l’organisme, entre autres dans la contraction des muscles lisses, dans l’initiation de la douleur dans certaines situations, et ce sont d’importants médiateurs de la réaction inflammatoire.

On sait aussi que les kinines augmentent la perméabilité des petits vaisseaux sanguins (la micro vascularisation), induisent la vasodilatation (élargissement du diamètre des vaisseaux sanguins) et stimulent l’élimination de l’oxyde nitrique (NO), un important transmetteur impliqué dans la variation de diamètre des vaisseaux sanguins. L’étude visait à observer les effets au niveau local, comme dans l’étude de cas numéro un, des « hormones locales » dont on a montré qu’elles avaient une influence sur la variation du diamètre des vaisseaux sanguins qui alimentent le cœur.

Les récepteurs des kinines sont classés selon deux catégories, d’après leur sensibilité à divers agonistes ou antagonistes (119). Les récepteurs B1 réagissent à la des-Arg(9)-bradykinine et à la Lysdes-Arg(9)-bradykinine, qui sont des métabolites naturels de la Lys-bradykinine et de la bradykinine ; tandis que les récepteurs B2 sont sensibles à la bradykinine et à la kallidine.

On a utilisé onze chiens bâtards. Les animaux ont été lourdement appareillés. Sous anesthésie, on leur a ouvert la cage thoracique et on a implanté un transducteur de pression dans la cavité thoracique. Des cathéters en plastique ont été placés dans l’aorte descendante et dans l’orifice de l’oreillette gauche du cœur. On a introduit un autre cathéter en plastique dans l’artère coronaire circonflexe et un testeur de flux autour de cette même artère. On a placé deux cristaux ultrasoniques autour de l’artère coronaire afin de mesurer la vitesse du flux sanguin coronarien et le diamètre du vaisseau coronarien. Enfin, on a disposé un bracelet gonflable autour de l’artère coronaire, à distance des cathéters et des cristaux, afin d’altérer le flux sanguin à travers l’artère.

Des câbles et des cathéters partant du cœur ont été passés sous la peau jusqu’à la région de l’épaule. On a administré aux chiens de la morphine en phase post-opératoire, mais aucune indication concernant une éventuelle analgésie à long terme n’apparaît dans la publication. Les auteurs parlent de « ...soins post-opératoires administrés quotidiennement » mais il n’est pas précisé en quoi consistaient ces soins. L’ampicilline, un antibiotique, a été administrée de façon quotidienne en raison du risque d’infection consécutif à une chirurgie lourde. Les expérimentations ont été réalisées entre trois et six semaines après l’intervention chirurgicale. Chez six chiens, on a prélevé un échantillon de sang du cathéter de l’aorte avant d’administrer le produit, afin de déterminer la composition chimique et cellulaire du sang. On a ensuite injecté les substances chimiques de test, par seringue, dans les vaisseaux sanguins coronariens. Chez ces animaux, la des-Arg(9)-bradykinine et la bradykinine ont été administrées à raison d’une série de doses, afin d’obtenir un jeu standardisé d’enregistrements de réactions aux dosages.

Une deuxième série d’expérimentations a été réalisée chez six chiens – il n’est pas précisé s’il s’agissait des mêmes chiens utilisés pour les réactions de référence aux produits – dans le but d’établir la spécificité de la réaction coronarienne à la bradykinine et à la des-Arg(9)-bradykinine, par instillation d’un antagoniste de la bradykinine-B2.

Une troisième série d’expérimentations, sur six chiens également, a servi à déterminer la dépendance des transmetteurs des-Arg(9)-bradykinine et bradykinine vis-à-vis du flux en utilisant le dispositif d’occlusion du bracelet. Une quatrième série d’expérimentations a été réalisée pour étudier l’effet renforçateur de la bradykinine lié à son enzyme transformateur de l’angiotensine (ACE) en utilisant le lisinopril, inhibiteur de l’ACE injecté dans les vaisseaux coronariens. Enfin, six chiens ont servi à évaluer le rôle de l’oxyde nitrique (NO) dans les effets de la stimulation du récepteur B1. On a bloqué l’activité du NO par instillation de LNA, l’inhibiteur de synthèse du NO.

On a retiré sous anesthésie le cœur de cinq chiens qui n’avaient pas été appareillés, on en a disséqué l’artère circonflexe et des anneaux ont été découpés dans le vaisseau, qui après une préparation ont été placés dans un compartiment à organe, avec soit une solution de contrôle soit une solution contenant la des-Arg(9)-[leu(8)]-bradykinine, puissant antagoniste du récepteur B1, afin de mesurer les réactions en termes de diamètre du vaisseau.

D’après les descriptions que contient le texte de la publication, il apparaît clairement que ce sont les six mêmes chiens qui ont été utilisés pour tous les tests expérimentaux.

Tous les animaux appareillés ont été tués à la fin des expérimentations, et l’on a examiné la position et l’orientation des cristaux contrôleurs de flux. On a examiné également l’artère coronaire et le ventricule gauche afin de voir si l’appareillage avait provoqué des dégâts.

Les résultats :
L’injection de des-Arg(9)-bradykinine (entre 3 et 100 ng/kg) et de bradykinine (entre 0,1 et 10 ng/kg) directement dans les vaisseaux coronariens n’a pas entraîné de modification des vaisseaux sanguins dans l’organisme en dehors de la circulation vers le cœur. Dans le cœur, ces substances chimiques ont provoqué une augmentation, en fonction de la dose, de la vitesse du flux sanguin coronarien et du diamètre des vaisseaux coronariens. La bradykinine s’est révélée plus active que la des-Arg(9)-bradykinine.

L’antagoniste du récepteur B2 utilisé (Hoe 140) à une concentration de 10 mg /kg du poids corporel a neutralisé les effets de la bradykinine, mais n’a pas eu d’influence sur les effets de la des-Arg(9)-bradykinine. En utilisant le dispositif d’occlusion du bracelet, les chercheurs ont trouvé que bien que l’augmentation de vitesse du flot sanguin provoquée à la fois par la des-Arg(9)-bradykinine et par la bradykinine ait été stoppée, on observait une augmentation de diamètre des coronaires.

L’utilisation de lisinopril intra-coronarien n’a pas eu d’influence sur les réactions à la bradykinine. Chez les chiens utilisés dans cette étude, les récepteurs B1 étaient présents dans les vaisseaux coronariens, et leur stimulation entraînait une vasodilatation de ces vaisseaux. Cette variation de diamètre des vaisseaux coronariens est tempérée par le NO et n’est pas modifiée par l’ACE. Il apparaît que la stimulation du récepteur B1 provoque moins de changement dans les vaisseaux que la stimulation du récepteur B2.

L’impact sur les chiens :
Dans ces travaux de recherches, comme dans l’étude de cas numéro un, les chiens ont subi une chirurgie thoracique lourde, et ont été ensuite lourdement appareillés. Il n’a pas été fait mention d’une analgésie qui aurait été administrée après la période post-opératoire immédiate. Bien que dans cette étude, les produits aient été administrés localement, les animaux peuvent en ressentir les effets dans d’autres régions de leur organisme. Il est bien connu que les kinines ont un certain nombre d’effets, entre autres la production d’une douleur (120 121). Aucun détail n’est précisé sur la manière dont les chiens ont été tués et autopsiés à la fin des expérimentations, or cela devrait être un sujet de préoccupation.

Critique de la recherche :
Dans cette étude de cas, le principal résultat de la recherche est que l’injection intra-coronarienne de des-Arg(9)-bradykinine, un agoniste du récepteur B1 de la bradykinine, provoque une vasodilatation des vaisseaux sanguins coronariens chez le chien, laquelle vasodilatation est dépendante de la dose administrée. Il est connu, cependant, que le récepteur B1 s’exprime de diverses manières, en fonction à la fois de l’espèce utilisée et des tissus étudiés (122). Par conséquent, que la présente étude ait une implication quelconque pour les patients humains est pour le moins discutable. A cela s’ajoute le fait que l’on sait déjà que chez l’être humain, les vaisseaux coronariens contiennent des récepteurs B1 qui peuvent être régulés vers le haut (c’est-à-dire croître en réponse aux signaux cellulaires), et que leur diamètre peut varier dans les expérimentations in vitro (123 124). Par ailleurs, on sait que l’expression de certains récepteurs de la bradykinine varie à la fois en fonction de l’espèce et de l’âge (125). Un certain nombre d’études in vitro ont montré que ce type de méthode d’investigation substitutive permet de bien mieux comprendre le rôle des récepteurs B1, et d’en tirer d’importants enseignements pour la médecine humaine (126). Des études réalisées par Plendl et collègues (127) ont montré qu’il se produisait une hausse des taux de kinine et de récepteurs d’enzyme formatrice de kinine dans les cellules endothéliales angiogéniques dérivées du corpus lutéal, ce qui laisse penser que le rôle des kinines serait plus complexe dans la maladie que ce qui a été supposé dans cette étude de cas. La possibilité de réaliser des études in vitro des tissus humains conjointement avec la recherche clinique rend inutile le recours aux chiens ou à d’autres espèces, sans parler de la différence de réaction que l’on peut s’attendre à observer entre une espèce et une autre.

J B Su et al [1999] Stimulation of bradykinin B1 receptors induces vasodilation in conductance and resistance coronary vessels in conscious dogs : comparison with B2 receptor stimulation,Circulation, 101, 1848-1853

 
ÉTUDE DE CAS NUMÉRO TROIS – L’insuffisance rénale induite et son impact sur la fonction intestinale

Lieu : Unité Mixte de Recherche en Physiologie et Toxicologie Expérimentales de l’INRA, Toulouse ; Université de Sydney, Australie, et Université de Géorgie, États-Unis
Financement : Bourse du Comité Scientifique de l’Ecole nationale vétérinaire de Toulouse

Objet de la recherche :
Déterminer l’influence d’une insuffisance rénale « modérée » sur la fonction de l’intestin grêle (en particulier sur les signaux électriques) et le temps que met la nourriture pour franchir le système digestif. Les auteurs affirment que la recherche dont il est question ici apportera un éclairage sur les affections rénales chez l’être humain et sur l’influence qu’elles pourraient avoir sur la fonction intestinale, et « suscitera d’autres travaux d’évaluation de la fonction gastro-intestinale chez les patients ».

Les expérimentations :
Dans ces expérimentations, les auteurs de l’étude – français, australiens et américains – utilisent des chiens en tant que substituts des humains, dans le but de comprendre comment des dégâts au niveau des reins seraient susceptibles d’avoir une influence sur divers aspects de la fonction gastro-intestinale. L’article publié cite plusieurs études cliniques qui indiquent l’existence d’une relation entre les affections rénales (insuffisance rénale chronique et urémie) et des dysfonctionnements de diverses parties du système gastro-intestinal. Les auteurs indiquent qu’un traitement prudent des problèmes gastro-intestinaux chez les patients atteints d’une affection rénale serait bénéfique à la santé de ces patients sur le long terme.

Dans cette étude, on a tenté d’évaluer les caractéristiques physiologiques de l’intestin (signaux électriques et délai de transit) chez des chiens atteints d’une insuffisance rénale induite de manière expérimentale.

Le nombre de chiens utilisés n’a pas été spécifié. Il s’agissait de chiens beagles fournis par Harlan (France). En 1998 et 1999, la British Union for the Abolition of Vivisection (BUAV) a mené une enquête auprès de Harlan (UK), sous une couverture. Les enquêteurs se sont fait engager par cette société et y ont travaillé pendant 10 mois, et le rapport de la BUAV a révélé que les normes concernant l’élevage et les soins usuels pour les chiens beagles y laissaient à désirer. On ne vérifiait pas quotidiennement l’état de chaque chien, et souvent, les infections et les blessures étaient diagnostiquées tardivement. Les traitements médicaux de routine destinés à prévenir les infections étaient parfois administrés aux chiens avec plusieurs mois de retard.

Dans plusieurs domaines, le suivi était inadéquat. Parmi les enclos des chiens, certains étaient périodiquement envahis par les souris, les écoulements étaient souvent bouchés et les normes d’hygiène étaient insatisfaisantes. Les chiens présentaient souvent des dents abîmées, des pelages miteux, des abcès et des griffes hypertrophiées. Les effectifs du personnel animalier n’étaient pas toujours suffisants. Certains chiens étaient confinés dans des enclos qui leur offraient moins que l’espace minimum officiel, et les éléments d’environnement étaient au-dessous des normes.

On constate ainsi que même dans les établissements d’élevage et de production d’animaux homologués, les animaux endurent une existence misérable et les soins qu’ils reçoivent ne sont pas en rapport avec des normes acceptables.

Dans cette étude, chaque chien était enfermé séparément des autres jusqu’au début des expérimentations, ce qui constitue encore une source d’angoisse.

Pour provoquer l’insuffisance rénale, on a procédé à l’ablation chirurgicale du rein droit, puis on a détérioré le rein gauche en y pratiquant jusqu’à 120 perforations sous anesthésie générale. Bien qu’il y ait eu administration de morphine à l’induction de l’anesthésie et immédiatement après l’intervention chirurgicale, l’article ne donne aucune information sur une éventuelle analgésie à long terme. Une semaine après l’opération, on a implanté à chaque chien des électrodes afin d’enregistrer l’activité électrique du système gastro-intestinal (SGI). Quatre électrodes ont été implantées dans l’estomac et dans les régions intestinales (iléum, jéjunum et duodénum). Les enregistrements ont été poursuivis pendant plus de quatre jours et de manière continue pendant heures. On a laissé les chiens à jeun pendant deux des quatre jours. Au cours de cette période, on leur a accordé deux heures d’exercice quotidien dans un espace extérieur.

On a aussi procédé, pour chaque animal, à un prélèvement sanguin. On a testé sur six chiens les effets de l’insuffisance rénale sur l’activité électrique du SGI, et l’on a testé également la fonction digestive, mais il n’est pas précisé si ce sont les mêmes chiens qui ont été utilisés pour chacune de ces études. A la fin de la période d’enregistrement et de prélèvement sanguin, on a tué les chiens par injection intraveineuse de penthiobarbital de sodium et l’on a procédé à un examen histopathologique des reins, de l’estomac, de l’intestin grêle et du gros intestin.

Les résultats :
Il a été signalé que tous les chiens avaient perdu du poids au cours de l’étude, bien que sur les organes examinés, seul le rein restant ait présenté des signes de dégradation histopathologique, en l’occurrence une nécrose, des infiltrations de cellules sanguines et une détérioration du mécanisme de filtration. On a observé diverses altérations de l’activité électrique le long du SGI. Chez les chiens présentant l’insuffisance rénale induite, le colon stockait de la nourriture pendant plus longtemps que chez ceux qui n’avaient pas subi l’opération.
 
L’impact sur les chiens :
Les auteurs soulignent que les animaux présentant l’insuffisance rénale ont continué de se nourrir au cours de l’étude, mais qu’ils ont manifesté une soif excessive ainsi qu’un besoin d’uriner très notable. L’intervention chirurgicale a aussi entraîné chez ces chiens une perte de poids. Les patients atteints d’insuffisance rénale présentent des symptômes de choc – pâleur, vomissements et pouls faible, et l’absence de traitement leur serait fatale. Des douleurs peuvent aussi survenir si une analgésie n’a pas été dispensée après la période post-opératoire immédiate.
 
Critique de la recherche :
L’induction de cette prétendue insuffisance rénale modérée, telle que la rapportent les auteurs, est entièrement artificielle – chez l’être humain, la pathologie rénale peut avoir une série de causes qui elles-mêmes ont des chances d’avoir un impact sur le système gastro-intestinal. A l’aide de diverses méthodes, Ravelli a rapporté en 1985 que des patients atteints d’insuffisance rénale chronique présentaient des variations complexes de leur motilité intestinale (128). Des changements au niveau intestinal chez des patients atteints d’insuffisance rénale avaient aussi été signalés en 1982 et attribués à une absorption insuffisante de matières grasses (129). A l’aide de diverses techniques non-invasives comme la récupération de molécules d’un marqueur dans l’urine et les fèces, le test de respiration acide octanoïque 13C et l’électrogastrographie, on a pu observer chez des humains volontaires une activité intestinale perturbée et des variations du profil chimique du sang appelant un traitement clinique immédiat pour insuffisance rénale (130 131 132 133).

Les auteurs affirment que l’étude a peut-être été trop courte pour permettre de comprendre les interactions éventuelles entre le SGI et les reins. Par ailleurs, on ne voit pas bien comment les données provenant de cette étude pourront permettre de définir des traitements pour des patients souffrant d’insuffisance rénale, chez qui ce genre de pathologie se développe progressivement avec le temps et peut être la conséquence d’un certain nombre de facteurs différents, entre autres des prédispositions génétiques. En fait, les auteurs écrivent : « Les mécanismes qui sous-tendent le dysfonctionnement gastro-intestinal induit par l’insuffisance rénale restent inexpliqués, et il se peut qu’ils soient liés à divers facteurs neuro-hormonaux ou luminals. Il n’est pas évident que ces résultats soient transposables des chiens aux patients humains ».

Comme nous l’avons mentionné précédemment, des méthodes substitutives à base d’études cliniques et sans recours aux animaux permettraient de disposer de données directement exploitables sur l’impact que peuvent avoir une insuffisance rénale et un dysfonctionnement gastro-intestinal sur la santé et la morbidité des patients.

H P Lefebvre et al [2001] Small bowel motility and colonic transit times are altered in dogs
with moderate renal failure, American Journal of Physiology : Integrative and Comparative
Physiology, 281, R230-R238

 
ÉTUDE DE CAS NUMÉRO QUATRE – Tentative d’élucider l’effet d’une nouvelle formule d’un anticoagulant sur les paramètres de la coagulation et de l’élimination d’un produit de l’organisme

Lieu : Sanofi-Synthelabo, Chilly-Mazarin
Financement : Sanofi-Synthelabo
 
Objet de la recherche :

Etudier les propriétés d’un produit anticoagulant (argatroban), sous une nouvelle formule, dans le cas d’une administration de cette formule à des animaux par voie d’injection sous-cutanée. Des signes de coagulation ont été mesurés, notamment le délai de thrombine et le délai de prothrombine partielle activée ainsi que les taux de plasma, chez le chien et chez des primates. C’est dans les années quatre-vingts qu’on a commencé à compiler des données cliniques et autres concernant les effets globaux de ce produit sur la coagulation (134).

La coagulation du sang est un phénomène complexe mettant en jeu des substances chimiques comme la thrombine, la prothrombine et une série d’autres molécules dérivées du sang, en même temps qu’interviennent des cellules comme les plaquettes et les neutrophiles. Les troubles de la coagulation jouent un rôle significatif dans les maladies cardiaques. On a développé, pour l’être humain, un certain nombre de médicaments intervenant à un certain point de la séquence des phénomènes de coagulation, dans le but de réduire l’incidence des thromboses et par conséquent des attaques et des pathologies des vaisseaux sanguins et du cœur.

Les expérimentations :
La thrombine joue un rôle important dans le mécanisme de coagulation – il s’agit d’une enzyme serine protéase responsable de la dernière étape du phénomène de coagulation qui forme la molécule fibrine – faisant partie intégrante de la formation du caillot. La thrombine a aussi dans l’organisme une activité orientée par les cellules et y joue un rôle de constriction des vaisseaux sanguins – tous ces phénomènes jouant un rôle important dans la coagulation et la guérison des blessures. L’argatroban est un inhibiteur de synthèse de la thrombine qui agit de manière spécifique à l’encontre de la thrombine responsable du caillot. Dans cette étude, on étudie chez des rats, des lapins, des chiens beagles et chez des singes Macaca mulatta (singe rhésus) les effets d’une nouvelle mixture d’argatroban sur une série d’indices de coagulation, ainsi que sa clairance du plasma sanguin, et donc de l’organisme.

On a utilisé des femelles beagles (le nombre n’est pas précisé mais le texte indique qu’il y en avait au moins cinq). Chacun des chiens a subi l’implantation chirurgicale d’un cathéter, soit dans la veine jugulaire soit dans la veine fémorale, pour les prélèvements sanguins. Des antibiotiques ont été régulièrement administrés aux chiens pendant les dix jours qui ont suivi l’opération. Une période de rémission de 14 jours leur a été accordée avant que commencent les expérimentations. Les injections sous-cutanées comprenaient 14 mg d’argatroban en solution, le produit étant administré en suspension (micelle). Les doses étaient de 1 et de 2 mg /kg du poids de l’animal.
 
Les résultats :
On a prélevé des échantillons de sang et on a mesuré le délai de coagulation, avec et sans administration d’argatroban. En ce qui concerne les réactions biochimiques aux effets anticoagulants du produit, on a pu observer des différences marquées entre les quatre espèces utilisées. La durée de l’action du produit sur la coagulation, pour chacune des espèces soumises aux tests, dépendait de la dose administrée, et variait entre trois heures chez le rat et six heures chez le chien. Chez le chien, il est apparu que le produit restait présent dans le plasma pendant un temps prolongé, en comparaison avec les autres espèces. Chez le chien et le singe, on a observé un lien direct entre la concentration du produit et l’augmentation du temps nécessaire pour que le sang coagule. Dans cette étude, le singe rhésus s’est révélé beaucoup plus sensible que le chien aux effets anticoagulants de l’argatroban.
 
L’impact sur les chiens :
Les auteurs n’ont fourni aucun renseignement concernant les conditions d’hébergement, de traitement et de manipulation des chiens et des autres espèces. L’utilisation d’un cathéter interne pour des prélèvements sanguins répétés réduit les niveaux de stress des chiens, mais l’effet éventuel du produit sur leur bien-être n’est pas évident. Les effets secondaires du produit injecté qui ont pu être observés chez les patients humains (pas dans cette formule spécifiquement) sont les suivants : nausées, douleurs, dérèglements cardiaques, y compris l’arrêt cardiaque, fortes hémorragies et attaques, et il est évident que les chiens doivent subir certains de ces symptômes également.
 
Critique de la recherche :
L’argatroban est un inhibiteur de synthèse de la thrombine. Il est disponible au Japon depuis le début des années quatre-vingts (135 136). Aux Etats-Unis, la Food and Drug Administration a récemment autorisé l’utilisation de l’argatroban comme traitement effectif de la thrombocytopénie induite par l’héparine et du syndrome de la thrombose. Ce médicament a déjà fait l’objet de tests d’innocuité pré-clinique et clinique et de tests d’efficacité, sur des animaux ainsi que sur des humains volontaires.

Si cette étude était initialement orientée vers la phlébite des veines profondes, elle aurait cependant pu être menée sur des sujets humains volontaires, en tenant compte des données concernant la toxicité ainsi que des autres données déjà disponibles concernant les aspects liés à la sécurité.

La manière dont le produit est préparé – l’utilisation de divers solvants et leur méthode d’administration – aura des effets variables selon les espèces. Une simple extrapolation à l’être humain à partir d’autres espèces n’est pas sans poser de nombreux problèmes. Les auteurs attirent l’attention sur la variabilité biochimique et physiologique entre les quatre espèces utilisées dans cette étude – en ce qui concerne notamment le délai de coagulation et le taux d’élimination du produit de l’organisme. Une telle variabilité ne peut que rendre difficile une transposition des résultats à l’être humain.

Comme l’indiquent les auteurs : « On dispose de peu de rapports permettant de calibrer les chiffres obtenus chez les animaux, concernant les propriétés anti-coagulantes, pour les volontaires humains ou les patients ». Les données obtenues chez l’être humain, dont certaines auront été recueillies au cours des essais cliniques du produit dans les années quatre-vingts, sont bien plus fiables, même si elles sont relatives à une formule différente du produit, que des informations obtenues à partir d’autres espèces, même s’il s’agit de primates.

Dans la mesure où l’être humain apparaît très clairement comme le choix préféré en matière de terrain d’expérimentation, on ne voit pas bien comment de telles études pourraient permettre d’obtenir des informations fiables et comment il serait possible de justifier le recours à ces quatre espèces – pour observer les effets du produit sur l’évolution de la phlébite des veines profondes, il conviendrait plutôt de recourir à des humains volontaires pleinement consentants (137 138).

C N Berry et al [2000] Anticoagulant activity and pharmacokinetic properties
of a sub-cutaneously administered mixed micellar formulation of argatroban
in experimental animals, Thrombosis & Haemostasis, 84, 278-285

 
ÉTUDE DE CAS NUMÉRO CINQ – Sites de fixation du calcium dans le cœur : l’utilisation des marquages chimiques des canaux calciques dans les études par PET-scan
 
Lieu : Service Hospitalier Frédéric Joliot et Commissariat à l’énergie atomique (Orsay), et Institut de Recherche Servier, Suresnes  
Financement : non précisé dans l’article

Objet de la recherche :
Identifier et compter les sites de fixation des ions du calcium dans les tissus cardiaques à l’aide de l’imagerie par tomographie à émission de positron (PET) associée à l’utilisation d’une molécule de fixation spécifique au calcium avec marquage radioactif, appelée S12968. Les auteurs affirment que cette méthodologie pourrait être utile dans les investigations sur les maladies humaines.
 
Les expérimentations :
Le calcium joue un rôle vital dans un certain nombre de processus physiologiques fondamentaux, chez l’être humain comme chez d’autres espèces animales. Le cœur utilise le calcium pour sa fonction de pompage. Des molécules dotées d’une charge électrique, comme le calcium, pénètrent dans divers tissus comme les muscles (le cœur y compris) qu’elles innervent au moyen de canaux spécifiques, et l’on sait que la densité et la distribution des canaux calciques changent en cas de pathologie. Chaque canal calcique peut fixer certaines sortes de molécules sur des sites définis, qui bloquent alors le canal, et stoppent ainsi l’admission des ions du calcium. Dans une pathologique cardiaque congestive, l’un des sites de fixation de l’agent de blocage du canal – celui qui concerne la 1,4-dihydropyridine (DHP) – est altéré de telle sorte que la molécule ne puisse plus fixer. On peut utiliser cette propriété en conjonction avec un système d’imagerie comme la PET pour cartographier la distribution des sites de fixation du calcium et donc l’état pathologique du cœur.

Les auteurs ont songé à quantifier les sites de fixation de la DHP en utilisant le marqueur S12968 dans le cœur du chien et en associant une approche par multi-injection à un traitement mathématique de la distribution de ces sites à travers le cœur.

Les résultats :
On a utilisé cinq femelles beagles (poids moyen 10 kg). Les conditions d’hébergement, de traitement et de manipulation des chiens ne sont pas évoquées. On a utilisé un modèle de scanner PET permettant de mesurer les phénomènes cardiaques sur des animaux de petite taille. On a préparé des réactifs par marquage radioactif pour permettre l’identification des sites de fixation de la DHP à l’aide des PET-scans. Les chiens ont subi soit deux soit trois injections du marqueur et ont été anesthésiés et ventilés pendant la procédure de scannage. Au cours du scannage, on a prélevé des échantillons de sang de l’artère fémorale, afin d’évaluer la fixation tissulaire de la molécule et sa clairance de l’organe de la molécule S12968.
 
L’impact sur les chiens :
Bien que cela ne soit pas explicité, il a fallu rendre les animaux inconscients pour permettre de scanner leur organisme sans qu’il y ait de mouvements. Aucune information n’a été précisée sur les effets éventuels des marqueurs radio sur le bien-être des chiens.
 
Critique de la recherche :
Deux des auteurs ont procédé à plusieurs investigations par marquage spécifique des canaux calciques, et cela est apparu dans des publications au cours des dix dernières années. En 1994 déjà,  Crouzel et Valette, qui avaient utilisé des beagles, ont rapporté que la molécule de marquage S11568 pouvait être utilisée pour déterminer la densité des sites de fixation de la DHP (139). La fixation de ce marqueur sur les sites de la DHP avait été établie à l’aide d’une méthode in vitro (140) . On ne voit pas bien ce que l’utilisation du marqueur S12968 plutôt que S11568 apportera de plus.

D’une étude sur des porcs anesthésiés (141), il est ressorti que de faibles doses de S12968 exerçaient un effet inotropique négatif – c’est-à-dire qu’elles diminuaient l’action musculaire et la contraction du cœur – on observait cela pour certaines doses. Il est difficile de déterminer dans quelle mesure ce résultat pourrait influencer le choix de ce marqueur pour une utilisation dans les études cliniques sur les patients. En dehors du groupe de Valette, rares sont ceux qui ont utilisé ces marqueurs chimiques particuliers, aussi est-il difficile de juger de leur valeur clinique éventuelle.

Par ailleurs, il existe de nettes différences d’une espèce à une autre en matière de fixation du calcium comme en matière de biochimie cardiaque. Ainsi, par exemple, les rats présentent une forte réaction rénale à S12968 pour de faibles concentrations, et l’on observe un effet hypotenseur marqué à des doses plus fortes (142) – il n’est fait part d’aucune de ces réactions dans la présente étude sur les chiens.

Étant donné les différences évidentes d’une espèce à une autre, on ne voit pas bien l’intérêt que représente le fait de répéter sur des chiens des études qui avaient déjà été réalisées sur des porcs pour démontrer l’utilité clinique de ce marqueur chimique.
 
H Valette et al [2002] In vivo quantification of myocardial dihydropyridine binding sites : A
PET study in dogs, Journal of Nuclear Medicine, 43, 1227-33

 
ÉTUDE DE CAS NUMÉRO SIX – Les effets d’une épreuve physique sur le métabolisme musculaire de chiens non entraînés

Lieu : Unité Mixte de Recherche en Physiologie et Toxicologie Expérimentales de l’INRA, Toulouse
Financement : non précisé dans l’article

Objet de la recherche :
Comprendre les effets possibles d’une épreuve physique, chez des chiens non entraînés, sur le muscle et ses métabolites et sur la présence de ces derniers dans le sang. Il s’agit là d’un type de recherche fondamentale dont l’utilité pour la médecine humaine est pour le moins insignifiante, si tant est qu’elle ne soit pas nulle.
 
Les expérimentations :
L’épreuve physique entraîne divers changements dans l’organisme, au niveau de la circulation, de la respiration et de la biochimie du muscle. Depuis un certain nombre d’années, on étudie le cas des athlètes humains et les réactions biochimiques et physiologiques de leur organisme à l’entraînement.

Dans la présente étude de cas, on a observé six chiens beagles (quatre femelles et deux mâles) qui étaient en bonne santé mais qui étaient des chiens sédentaires, en vue de caractériser leur réaction à l’épreuve physique. Chacun des chiens était hébergé dans un espace individuel avant et après les tests. Les chiens étaient censés courir pendant 60 minutes sur une piste, tenus en laisse, à une vitesse de 9 km /heure. Douze prélèvements sanguins ont été effectués avant, pendant et après la course.

On a analysé la teneur du sang pour différentes substances dont il est bien connu qu’elles sont produites par les muscles au cours de l’épreuve physique, et dont on sait qu’elles restent présentes ensuite. Par ailleurs, on a aussi analysé dans ces prélèvements la présence de certaines cellules sanguines et leur densité. On a constaté chez chacun de ces animaux une récupération au cours des trois heures de contrôle – leur rythme cardiaque, leur respiration et leur condition physique générale étant redevenus identiques à ce qu’ils étaient avant l’épreuve.
 
Les résultats :
Les expérimentations ont montré que même chez des chiens « sédentaires », les effets sur la composition du sang d’une épreuve sportive soutenue étaient très succincts, limités à la diminution en quantité d’une substance métabolique des muscles (la créatinine plasmatique), un phénomène déjà observé en 1981. Chez les animaux entraînés, comme les chiens que l’on fait travailler – les huskies ou les lévriers – ont a tendance à observer un surcroît de cette substance. Dans le rapport de cette étude, on ne voit pas bien ce que peut apporter l’utilisation de chiens «sédentaires » pour évaluer les changements de la composition du sang produits par une épreuve physique.
 
L’impact sur les chiens :
Il ne s’agissait que de chiens n’ayant pas eu d’entraînement, et qui n’étaient donc pas habitués au stress et au désagrément que peut représenter une épreuve physique épuisante. En fait, l’un de ces animaux a dû être retiré de l’étude parce qu’il était complètement épuisé au bout de 52 minutes de course. Il est probable que les prélèvements sanguins (qui ne sont pas décrits en détails) soient cause d’angoisse chez ces animaux. Par ailleurs ils ont dû souffrir de courbatures dans les jours qui ont suivi.
 
Critique de la recherche :
Les auteurs avaient déjà publié, à propos des chiens, des résultats indiquant que l’épreuve présentement décrite entraînait peu de variation dans la composition chimique du sang (143). On ne voit pas bien l’intérêt de ces nouvelles expérimentations qui n’apportent aucune connaissance concernant la santé humaine ou animale.

Des études sur des humains, entraînés et non entraînés, permettraient d’obtenir des données plus intéressantes et plus pertinentes concernant les effets de l’épreuve physique sur la santé humaine.

Il existe déjà à ce sujet une littérature abondante. On sait en particulier que la spectroscopie à résonance magnétique permet d’obtenir une information détaillée sur les phénomènes cellulaires chez des humains volontaires (144, 145, 146) sans que des investigations très invasives soient utiles. De petites biopsies à l’aide d’aiguilles peuvent être faites sur des volontaires consentants avant et après les épreuves physiques, et cela permet d’en savoir davantage sur les phénomènes qui se produisent au niveau musculaire et au niveau cellulaire. Par ailleurs, il est possible de tester la présence de métabolites, avant et après l’épreuve, au moyen de petits prélèvements sanguins au cours de la durée de l’épreuve et au cours de la période de récupération.
 
GP Chanoit et al [2002] Exercise does not induce major changes in plasma muscle enzymes,
creatinine, glucose and total protein concentrations in untrained beagle dogs, Journal of
Veterinary Medicine A, 49, 222-224

 
Études de cas sur les chats
Les études de cas numéro sept à neuf concernent la recherche sur le sens de l’équilibre et sur le système nerveux central. Cela fait des années que l’on utilise des chats pour déterminer comment le cerveau et les organes sensoriels intervenant dans l’équilibration – l’appareil vestibulaire situé dans l’oreille interne – permettent à cet animal de garder le sens de l’équilibre et comment il parvient à conserver un champ visuel stable malgré des altérations survenant dans son sens de l’orientation.

Il s’agit des facultés qui permettent au chat de se disposer à des activités complexes et de les accomplir malgré les changements intervenant dans l’orientation de son corps et de sa tête. L’intérêt que l’on porte au sens de l’équilibre du chat s’explique en partie par sa remarquable capacité à se redresser en cas de chute. Un chat atterrit toujours sur ses pattes, quelle que soit son orientation initiale.

Les études de cas numéro dix à treize concernent la vision et le sommeil ainsi que le rôle de divers neurotransmetteurs cérébraux.
 
 
110. HR Lu et al [2001] Species plays an important role in drug-induced prolongation of action potential duration and early after-polarizations in isolated Purkinje fibers, Journal of Cardiovascular Electrophysiology, 12, 93-102

111. J Collier & P Vallance [1993] Investigation of vascular mechanisms: bridging the gap between basic research and clinical trials: Dr Hadwen Trust Workshop au Congrès de l’European Society of Clinical Investigation, Heidelberg, Allemagne, Trends in Pharmacological Sciences, 14, 257-258

112. J Collier & P Vallance [1993] op cit

113. X Zhang & TH Hintze [2001] cAMP signal transduction cascade, a novel pathway for the regulation of endothelial nitric oxide production in coronary blood vessels, Arteriosclerosis, Thrombosis & Vascular Biology 21, 729-730

114. XP Zhang et al [2002] Paradoxical release of nitric oxide by an L-type calcium channel antagonist, the R+enantiomer of amlodipine, Journal of Cardiovascular Pharmacology, 39, 208-214

115. D Sarkar et al [2000] Positive inotropic effects of NO donors in isolated guinea-pig and human cardiomyocytes independent of NO species and cyclic nucleotides, Cardiovascular Research, 48, 430-439

116. D Sarkar et al [2001] Nitric oxide: not just a negative inotrope, European Journal of Heart Failure, 5, 527-534

117. N Jeerooburkhan et al [2001] Genetic and environmental determinants of plasma nitrogen oxides and risk of ischaemic heart disease, Hypertension, 38, 1054-1061

118. V Achan et al [2002] all-trans-retinoic acid increases nitric oxide synthesis by endothelial cells, Circulation Research, 90, 764-769

119. D Regoli & J Barabe [1980] Pharmacology of bradykinin and related kinins, Pharmacological Reviews, 32, 1- 120. D Regoli & J Barabe [1980] op cit

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122. P Wohlfart et al [1997] Different B1 receptor expression and pharmacology in endothelial cells of different origins and species, Journal of Pharmacology & Experimental Therapeutics, 280, 1109-1118

123. GR Drummond & TM Cocks [1995] Endothelium-dependent relaxation to B1 receptor agonist des-Arg(9)- bradykinin in human coronary arteries, British Journal of Pharmacology, 116, 3083-3085

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126. LR Pelc et al [1991] Mechanisms of coronary vasodilation produced by bradykinin, Circulation, 83, 2048-2056

127. J Plendl et al [2000] Expression of tissue kallikrein and kinin receptors in angiogenic microvascular endothelial cells, Biological Chemistry, 381, 1103-1115

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136. K Ota et al [1983] Clinical evaluation of a new thrombin inhibitor available for haemodialysis, Proceedings of the European Dialysis & Transplantation Association, 20, 144-149

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144. M Roussel et al [2000] 31P-magnetic resonance spectroscopy study of phosphocreatine recovery kinetics in skeletal muscle; the issue of intersubject variability, Biochimica Biophysica Acta, 1457, 18-26

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146. M Roussel et al [2002] Metabolic determination of the onset in exercising human muscle: a 31P MRS study, Journal of Applied Physiology -- epub 1, novembre 2002

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