INTRODUCTION
Les chats et les chiens sont les compagnons des humains depuis
des millénaires. Depuis que leurs ancêtres sauvages
ont entamé une relation avec les humains, nous avons
vécu, travaillé et «évolué »
ensemble, partout dans le monde (Chapitre 1).
Longtemps élevés et sélectionnés
pour obtenir certaines caractéristiques, parmi lesquelles
la familiarité avec les humains, les chats et les chiens
domestiques sont devenus très différents de leurs
ancêtres sauvages. Ils ont bien sûr conservé
certains de leurs besoins et certains de leurs comportements
: ils ont toujours besoin de chaleur, d’un abri, de la
compagnie de leurs semblables, d’un environnement stimulant,
d’une activité physique, de repos, de nourriture
et d’eau (Chapitre 1). Cependant, aujourd’hui, ils
ont aussi besoin de la compagnie et de l’assistance des
humains, et c’est pour nous un devoir de leur rendre la
loyauté qu’ils nous ont toujours témoignée
à travers les siècles.
La compagnie des chats et des chiens
En France, des centaines de milliers de gens qui partagent leur
existence avec des chats ou des chiens bien aimés connaissent
et comprennent la valeur de cette compagnie animale. La compagnie
des chats et des chiens est bénéfique à
plus d’un titre : en termes de santé même,
en termes d’estime de soi, de réduction du stress
et de capacité d’exprimer ses sentiments. Le seul
fait de caresser un animal fait baisser notre tension artérielle.
Pourtant, de quelle manière sommes-nous reconnaissants
à nos amis animaux de longue date ? Nous les avons trahis,
en permettant que des chats et des chiens par dizaines ou par
centaines de milliers se retrouvent enfermés dans des
laboratoires et soient soumis à des expériences
qui leur causent de la douleur et les affolent. En dépit
de la législation nationale et européenne (Chapitre
2), il est inévitable que la fourniture et l’utilisation
de chiens et de chats dans la recherche et l’expérimentation
entraînent des souffrances psychologiques et physiques
considérables. Dans les laboratoires et dans les établissements
d’élevage qui les alimentent, dans tout le pays
et à l’étranger, nos compagnons sont «
produits en masse », enfermés dans de petits enclos
grillagés et privés des soins et de l’affection
auxquels ils ont droit (Chapitre 3).
Les souffrances dans les laboratoires
Dans les laboratoires, des chiens et des chats tout à
fait semblables à ceux dont nous faisons nos compagnons
et que nous chérissons subissent des blessures et des
mutilations. On les maintient immobilisés, on leur implante
des électrodes dans la tête, des tuyaux et des
fils dans l’organisme, on les prive de sommeil, on les
confine dans la solitude, on les infecte avec des virus mortels,
on les empoisonne avec des produits chimiques, on les estropie
ou on leur abîme le cerveau (Chapitres 4 et 6).
Cette pratique de deux poids et deux mesures est choquante.
S’il nous arrivait, à nous, de maltraiter nos animaux
domestiques de cette manière, nous nous retrouverions
proprement poursuivis en justice, et à juste titre. Cependant,
les chercheurs se voient octroyer, au nom de la science, le
droit de provoquer dans les laboratoires d’immenses douleurs
et d’immenses souffrances que partout ailleurs on désignerait
sous le terme de cruauté. Une fois l’expérience
terminée, lorsque les chercheurs consignent leurs résultats
pour les publier dans des revues scientifiques, les chats et
les chiens sont tués. Dans les rapports aseptisés
que publient les scientifiques sur leurs expérimentations,
il n’est pas fait mention des souffrances subies par les
animaux.
La logique qui sous-tend ces expérimentations est que
la fin justifie les moyens : on entend souvent affirmer que
s’il est possible de faire ainsi progresser la médecine
pour les humains, alors il doit être permis de faire souffrir
les animaux. Cette attitude est pourtant contraire à
toute éthique, sachant que les autres animaux connaissent
la douleur et l’angoisse de la même manière
que nous.
Leur souffrance est souvent vaine, car le fait que les maladies
leur soient induites de façon artificielle et les différences
qui existent entre les espèces compromettent la valeur
pour l’être humain des résultats obtenus
en expérimentant sur d’autres espèces animales
(Chapitres 5 et 6).
Des progrès considérables ont été
réalisés dans le développement et l’utilisation
des méthodes de recherche « substitutives »,
celles qui n’impliquent pas le recours à des animaux,
comme les techniques de biologie moléculaire, les méthodes
à base de cultures de cellules, l’étude
des tissus humains obtenus post-mortem, la recherche clinique
ou la modélisation sur ordinateur (Chapitre 6). Malgré
ces avancées techniques susceptibles de permettre d’obtenir
des résultats plus pertinents et de meilleure qualité,
et à notre grande honte, la France pratique davantage
d’expérimentations sur les chats que n’importe
quel autre pays de l’Union Européenne. Elle se
classe troisième par le nombre de chiens utilisés
dans ses laboratoires (Chapitre 4). Ces chiffres ne sont pas
en baisse, ce qui serait cohérent. Au contraire : en
1999, on utilisait dans la recherche et l’expérimentation
davantage de chats et de chiens qu’en 1993.
Nous ne veillons même pas à ce que la fourniture
de chiens et de chats aux laboratoires occasionne le moins de
souffrance possible. Nos instances dirigeantes autorisent l’utilisation
pour la recherche de chats et de chiens qui ne proviennent pas
d’élevages spécifiques, elles permettent
qu’un grand nombre de ces animaux soient importés
de pays dans lesquels les exigences légales en matière
de soins sont faibles, et elles permettent aussi que les entreprises
qui élèvent et fournissent ces animaux soient
peu réglementées (Chapitre 3). Par conséquent,
nous ne pouvons pas être sûrs que nos animaux chéris
ne finiront pas leurs jours dans un laboratoire, dans la terreur
et dans la détresse.
Reconsidérer notre responsabilité
La responsabilité nous incombe à tous de reconsidérer
notre relation avec les chats et les chiens et de remettre en
question la pratique de deux poids et deux mesures qui est actuellement
courante.
Comment pouvons-nous accepter que des chiens et des chats, parfois
produits en masse sur une échelle industrielle, parfois
volés, subissent des voyages traumatisants pour se retrouver
dans des laboratoires dans lesquels ils connaîtront la
terreur, l’angoisse et peut-être des douleurs sévères
? On laisse souffrir des animaux expérimentés
sans leur donner aucun produit analgésique, chaque fois
que le recours à l’un de ces produits impliquerait
une interférence avec l’expérimentation.
Pire encore, il s’agit assez souvent de recherche fondamentale,
c’est-à-dire d’une recherche qui ne vise
pas à déboucher sur des solutions pratiques aux
problèmes des humains, ni des animaux ni de l’environnement,
mais qui ne fait qu’accroître le stock de connaissance
humaine – ce que certains appellent une recherche motivée
par la curiosité.
Mettre fin à la recherche sur les chats et les
chiens
Dans le présent rapport, nous expliquons pourquoi One
Voice, pour des raisons à la fois scientifiques et éthiques,
souhaite voir cesser les expérimentations sur les chats
et les chiens. Nous faisons état des sources d’approvisionnement
en chiens et en chats et nous expliquons pourquoi ce processus
ne peut qu’être inhumain. Nous évoquons la
législation censée réglementer ces recherches,
les domaines dans lesquelles elle n’est pas appliquée
correctement et les raisons pour lesquelles elle ne met pas
fin à la souffrance des animaux. Nous exposons les arguments
expliquant pourquoi les différences qui existent entre
les espèces et le fait que l’on soumette des animaux
d’autres espèces à des conditions induites
de manière artificielle sont susceptibles de fausser
véritablement la recherche médicale. Nous présentons
des études de cas concernant des expérimentations
récentes sur des chats et des chiens, en expliquant pourquoi
les animaux souffrent et pourquoi d’autres méthodes,
des méthodes substitutives, seraient préférables.
Tout en faisant campagne pour l’abolition des expérimentations
sur les chats et les chiens, One Voice demande aussi au gouvernement,
aux organismes qui financent les recherches et aux scientifiques
d’exercer un contrôle plus rigoureux sur l’approvisionnement
et sur l’utilisation des chiens et des chats, de faire
en sorte que leur souffrance soit réduite autant que
possible et de développer des méthodes de recherche
substitutives et humaines (Conclusion et recommandations).