Chapitre
II
Les tests de produits cosmétiques et l'opinion
publique
Depuis plus de 30 ans, en Europe comme aux Etats-Unis, l'utilisation
des animaux pour tester les produits cosmétiques et leurs
ingrédients est un important sujet de polémique.
Une forte proportion de ces tests sur les animaux sont réalisés
en France, l'un des trois plus grands producteurs de cosmétiques
dans le monde. Plusieurs sociétés multinationales
ont leur siège en France, comme L’Oréal et
Clarins, qui produisent un nombre faramineux d'articles de toilette,
produits cosmétiques et autres articles dits de luxe. L'industrie
des cosmétiques est une grosse affaire et ses profits sont
importants, mais l'opinion publique est nettement opposée
à l'idée de faire souffrir des animaux au nom de
la vanité humaine.
En 1999, la British Union for the Abolition of Vivisection (BUAV)
et la Royal Society for the Prevention of Cruelty to Animals ont
fait procéder à un sondage d'opinion à l'échelle
européenne, pour évaluer l'importance du soutien
que le public accorderait à une interdiction des tests
des produits cosmétiques au sein de l'Union Européenne.
On a interrogé des citoyens de six pays européens.
En Grande-Bretagne, 88% des citoyens étaient tout à
fait partisans de mettre fin aux tests de produits cosmétiques
sur les animaux. Pour la France, l'Espagne, l'Italie, l'Allemagne
et la Suède, le pourcentage moyen des personnes interrogées
favorables à l'interdiction des tests était de 72%.
En 2001, un deuxième sondage d'opinion a été
réalisé dans ces mêmes pays de l'Union Européenne.
Cette fois, il s'agissait de la vente des produits cosmétiques
testés sur des animaux en Europe. Dans chacun des six pays,
une majorité du public – 74% en moyenne – était
favorable à une interdiction de vendre des produits cosmétiques
testés sur des animaux.
En 2003, un sondage a été réalisé
en France. Ipsos Opinion a interrogé, pour le compte de
OneVoice, un échantillon de 1.016 personnes adultes, en
France, à propos de l'utilisation des animaux dans des
expérimentations et à propos de la nécessité
des méthodes substitutives . Les personnes interrogées
ont dû répondre à sept questions portant sur
l'expérimentation animale.
Parmi les personnes interrogées, 64% désapprouvent
l'utilisation d'animaux dans la recherche et les tests, tandis
que 34% l'approuvent. 87% sont nettement partisans d'interdire
toute recherche impliquant la souffrance des animaux, et 78% pensent
que les expérimentations réalisées sur les
animaux provoquent des souffrances notables. Il est intéressant
de remarquer que 70% des personnes interrogées trouvent
la réglementation française insuffisante et que
83% considèrent que le besoin de promulguer une loi plus
stricte pour protéger les animaux lors des expérimentations
est plutôt urgent ou très urgent.
Parmi les personnes interrogées, 60% sont favorables à
une interdiction de tester les produits cosmétiques ou
leurs ingrédients sur des animaux. 55% souhaitent aussi
que l'on interdise de tester sur les animaux les substances chimiques
et les produits chimiques : produits ménagers, pesticides
et engrais chimiques. Il est clair que la population française
n'est pas du tout indifférente à un recours inutile
aux animaux pour des tests.
Une interdiction de tester sur les animaux, telle que la souhaite
le public au sein de l'Union Européenne, ne suffirait pas
à mettre fin à l'utilisation des animaux dans l'industrie
de la ‘beauté’. Des sociétés
pourraient encore pratiquer des tests sur les animaux à
l'extérieur de l'Union Européenne, notamment au
Japon et aux Etats-Unis, pour revendre ensuite en Europe leurs
produits testés sur les animaux. Afin que cessent les tests
sur les animaux, il serait nécessaire de fermer le marché
à ces sociétés qui persistent à y
recourir inutilement (voir chapitre 5).
Entre 1999 et 2000, OneVoice, avec l'aide de l'association britannique
BUAV, a pu mener, sous une couverture, une enquête auprès
d'un laboratoire français pratiquant des tests sous contrat.
Les séquences vidéo réalisées ont
révélé les conditions choquantes dans lesquelles
étaient maintenus des chiens, des chats, des cochons d'Inde,
des lapins et des hamsters.
Les sociétés clientes avaient payé pour que
soient testés non seulement des ingrédients de produits
cosmétiques mais aussi des produits finis. Parmi les séquences
vidéo, certaines ont montré des chiens enfermés
séparément dans des conditions abominables, privés
de tout accessoire qui leur permettrait de se coucher et de tout
élément d'environnement (le lecteur pourra trouver
davantage de renseignements sur les expérimentations menées
sur les chiens en France en consultant le rapport réalisé
par OneVoice ). Ces chiens étaient stressés et terrorisés,
et certains d'entre eux ne disposaient même pas, dans leur
cage, d'un sol ferme. Les cochons d'Inde étaient soumis
à des tests qui leur occasionnaient parfois des brûlures
cutanées. On y utilisait des lapins, des cochons d'Inde
et des hamsters pour des tests d'irritation des yeux et de la
peau.
Grâce à l'opinion publique et grâce à
une pression exercée sur les entreprises et sur les gouvernements,
un changement est possible dans des pays européens comme
la France. En fait, un tel changement s'est déjà
produit : en Grande-Bretagne, par exemple, en réponse à
une préoccupation massive du public, le gouvernement a
mis fin, en 1997, aux tests des produits cosmétiques et
de leurs ingrédients sur les animaux.
Cela fait plusieurs dizaines d'années que l'on utilise
régulièrement le test oculaire de Draize pour évaluer
le potentiel irritant des substances chimiques, et notamment des
ingrédients des produits cosmétiques et des articles
de toilette. Ce test, qui peut provoquer des douleurs et des souffrances
notables, a constitué l'une des principales cibles des
organisations de protection des animaux en Europe comme aux Etats-Unis.
Dans le cadre de la campagne qu'il dirigeait, le regretté
Henry Spira, militant des droits de l'homme et fondateur de l'Animal
Rights International group, une organisation ayant son siège
à New York, avait formé en 1979 une coalition pour
mettre fin au test oculaire de Draize.
Cette campagne a permis une évolution radicale dans le
domaine des tests d'innocuité des produits au niveau mondial.
Grâce à l'action de Spira, motivé par la compassion,
l'opinion publique internationale s'est fait entendre, de nouvelles
directives ont vu le jour qui ont limité la gravité
du test, et l'impulsion a été donnée à
un effort mondial, dans le domaine de la recherche, pour trouver
des alternatives à ces méthodes d'expérimentation
animale, si grossières et si peu fiables. Même si
le test oculaire de Draize se pratique encore pour les ingrédients
des produits cosmétiques, en France notamment, le nombre
de lapins utilisés a chuté considérablement,
et des méthodes substitutives sont de plus en plus souvent
disponibles.
|