Chapitre V
Voir plus loin que les tests sur les animaux :
développer et utiliser des méthodes substitutives
Il est largement admis dans toute l'Europe que les tests de produits
cosmétiques et d'ingrédients sur les animaux doivent
cesser, mais tout le monde ne s'accorde pas sur la manière
de mettre fin à ces tests, ni sur le calendrier.
Le COLIPA, l’association européenne de l’industrie
des produits cosmétiques,
de toilette et de la parfumerie, déclare que “c'est
la fin des tests des produits finis sur les animaux” . Cependant,
lors d'une enquête réalisée sous une couverture
auprès d'un laboratoire français entre 1999 et 2000,
OneVoice a découvert des preuves troublantes du contraire.
Il s'est avéré que ce laboratoire, qui pratiquait
des tests sous contrat, testait des produits cosmétiques
finis tels que crèmes et laits hydratants sur des animaux
(voir chapitre 2).
Une approche éthique
Pour le Parlement européen et l'opinion publique européenne,
l'expérimentation animale pour tester des produits cosmétiques
est moralement inacceptable et devrait cesser – qu'il existe
ou non, à l'heure actuelle, suffisamment de méthodes
de remplacement. OneVoice et la Coalition européenne pour
mettre fin à l'expérimentation animale partagent
ce point de vue.
Il s'agit d'une approche pragmatique, car la liste des ingrédients
cosmétiques répertoriés au niveau de l'Union
Européenne comprend déjà 8.400 substances
qui ont derrière elles un long historique d'utilisation
dans l'industrie des cosmétiques, et qui sont généralement
admises comme ne présentant pas de risques. De nouvelles
combinaisons de ces ingrédients existants pourraient permettre
de développer des milliers de nouveaux produits sans compromettre
la sécurité des consommateurs : il s'agit là
d'une des préoccupations essentielles de la DG Santé
et protection des consommateurs de la Commission européenne.
En fait, la Grande-Bretagne et les Pays-Bas ont déjà
mis fin aux tests de produits cosmétiques et d'ingrédients
cosmétiques sur les animaux, et l'Autriche et l'Allemagne
les ont partiellement interdits.
Le COLIPA s'élève contre cette approche éthique,
et préfère n'appuyer l'arrêt des tests sur
les animaux que lorsqu'ils peuvent être remplacés
par des méthodes substitutives validées. Bien sûr,
la Directive 86/609/EEC qui protège les animaux de laboratoire
ne permet pas que des tests soient effectués sur les animaux
lorsque l'on dispose de méthodes substitutives. Aussi la
position du COLIPA ne représente-t-elle aucun progrès
par rapport à ce qu'exige déjà la législation.
La situation actuelle en matière de législation
La septième révision de la Directive 76/768/EEC
de l'Union Européenne sur les cosmétiques , entérinée
en 2003, a institué des dates butoir pour interdire la
commercialisation des produits cosmétiques contenant des
ingrédients testés sur des animaux, ainsi qu'une
date butoir pour l'interdiction des tests sur les animaux au sein
des Etats membres de l'Union Européenne.
La septième révision stipule qu'en 2009, plus aucun
test sur les animaux ne devra être réalisé
pour les ingrédients des produits cosmétiques dans
les pays de l'Union Européenne dans le cadre de la Directive
sur les produits cosmétiques, et cela, quel que soit l'état
d'avancement des méthodes substitutives.
Au sein de l'Union Européenne, une interdiction de commercialiser
les produits cosmétiques contenant des ingrédients
testés sur des animaux devrait entrer en vigueur en septembre
2004, si des méthodes substitutives validées existent.
Cette interdiction partielle s'appliquerait également aux
produits provenant de pays extérieurs à l'Union
Européenne.
En 2009, une autre interdiction partielle devra s'appliquer à
la commercialisation et à la vente dans l'Union Européenne
des produits cosmétiques contenant un ingrédient
quelconque testé sur des animaux, que des méthodes
substitutives soient disponibles ou non. Elle sera applicable
aux tests pratiqués partout dans le monde dans la mesure
où ils seront réalisés dans le cadre de la
Directive sur les produits cosmétiques. La septième
révision ne concerne pas les tests pratiqués dans
le cadre de la Directive sur les substances dangereuses ou dans
le cadre des exigences de tests d'innocuité des pays non
membres de l'Union Européenne. Les exceptions ne concernent
que trois types de toxicité : la toxicité reproductive,
la toxico-cinétique et la toxicité à doses
répétées. Les produits cosmétiques
contenant des ingrédients testés sur des animaux
dans le cadre de ces trois types de toxicité pourront encore
être commercialisés jusqu'en 2013. Si, à cette
date, les méthodes substitutives n'ont pas encore été
validées, la date butoir pourra cependant être encore
repoussée, selon le processus de codécision de l'Union
Européenne.
Les dispositions relatives à l'interdiction de tester les
produits cosmétiques et de commercialiser les produits
testés sur les animaux au sein de l'Union Européenne
devraient inciter l'industrie des cosmétiques et les entreprises
chimiques qui sont ses fournisseurs à redoubler d'efforts
pour trouver des méthodes substitutives. Cependant, ces
interdictions n'auront pas d'effet sur les tests pratiqués
sur les animaux pour les substances chimiques qui sont principalement
destinées à d'autres catégories de produits,
des produits à usage industriel ou domestique : ces tests
seront toujours réglementés par la législation
relative aux substances dangereuses.
Il y a donc des chances que les entreprises qui testent les substances
chimiques sur des animaux se contentent de changer la classification
de ces tests, pour les faire passer de la catégorie des
cosmétiques à la catégorie des substances
chimiques dangereuses. Ce serait là le moyen de cacher
derrière un écran de fumée la pratique persistante
des tests sur les animaux, pour des ingrédients qui n'apparaîtraient
plus comme tels dans les statistiques de l'Union Européenne
relatives à l'expérimentation animale. Si les entreprises
y trouvent leurs intérêts économiques, elles
n'hésiteront sans doute pas à contourner les restrictions
imposées par l'Union Européenne.
OneVoice demande au gouvernement français, ainsi qu'aux
autres instances dirigeantes nationales partout en Europe, de
prévenir les laboratoires qu'un reclassement des tests
pratiqués sur les animaux pour contourner l'interdiction
de tester relative aux cosmétiques serait inacceptable,
et que procéder de la sorte constituerait une trahison
vis-à-vis de ce que veut l'opinion publique.
En 2002, la divulgation d'une note interne de la compagnie Procter
& Gamble a révélé la vision cynique qu'ont
les industriels du problème de la souffrance des animaux
et de l'opinion publique. Cette compagnie, qui commercialise notamment
les marques Max Factor, Vidal Sassoon, Camay, Hugo Boss fragrance
et Nice n’ Easy hair colours, a procédé à
une activité de lobbying en coulisse pour obtenir l'ajournement
des interdictions relatives aux tests et à la commercialisation.
Il était écrit dans cette note de service : “Ce
serait préjudiciable pour la compagnie d'être vue
comme étant celle qui fait pression pour tester sur des
animaux, contre l'opinion publique.” Elle révélait
que la compagnie faisait pratiquer la plus grande partie de ses
tests d'innocuité en dehors de l'Europe, espérant
ainsi éviter l'impact de l'interdiction de tester au sein
de l'Union Européenne tout en continuant à commercialiser
ses produits en Europe.
Compétitivité et litiges commerciaux
Le COLIPA s'oppose à une interdiction de tester parce qu'il
craint que la compétitivité de l'industrie sur le
marché mondial en souffre, la capacité des entreprises
européenne à ‘innover’ et à commercialiser
ses produits outremer pouvant s'en trouver affaiblie. C'est supposer
qu'une innovation, au niveau des produits, qui serait fondée
sur des combinaisons d'ingrédients parmi les 8.400 déjà
existants, ne saurait satisfaire les consommateurs, du moins à
court terme. Le COLIPA affirme que les dates butoirs de la septième
révision, concernant le développement de méthodes
substitutives et l'interdiction de tester sur des animaux, sont
trop proches.
Le COLIPA s'oppose aussi à l'interdiction, pour l'Union
Européenne, de commercialiser des produits cosmétiques
contenant des ingrédients testés sur des animaux,
car il considère que cela risque d'entraîner un litige
commercial avec d'autres secteurs géographiques comme le
Japon, les Etats-Unis ou le Canada. Certains Etats membres ont
approuvé cette interprétation. Pourtant, la députée
européenne Caroline Lucas et d'autres pensent qu'il est
possible de défendre une interdiction relative à
la commercialisation dans le cadre des règles de l'Organisation
mondiale du commerce (OMC) et de la mener à bien sans faiblir
au niveau de l'Union Européenne. Les préoccupations
du public concernant le bien-être des animaux constituent
l'une des exceptions générales permises au libre
échange, selon l'Article XX du GATT de 1994 . Ce sont précisément
la santé et le bien-être des animaux, avec l'expression
de l'aversion du public américain au commerce de la fourrure
de chien et de chat, qui ont constitué le principal argument
utilisé par les Etats-Unis pour interdire l'importation
et la vente de ces produits, en décembre 2000.
Il existe d'autres précédents en matière
d'exceptions répondant à des objectifs non commerciaux
– comme la protection de la population, des animaux et de
l'environnement. On peut citer le moratoire officieux, depuis
1998, concernant l'admission des aliments génétiquement
modifiés dans les pays de l'Union Européenne. Les
Etats-Unis n'ont demandé que très récemment
à l'OMC de décider s'il s'agissait là d'une
entrave aux règles du libre échange.
Autre exemple significatif, à la conférence de l'OMC
de novembre 2001, les ministres du commerce ont déclaré
que les droits de la propriété intellectuelle (c'est-à-dire,
en l'occurrence, les brevets détenus par les entreprises
pharmaceutiques) ne devraient pas empêcher les pays pauvres
d'obtenir des médicaments moins chers. Finalement, en 2003,
l'OMC a accepté que les pays pauvres continuent à
importer des versions génériques à bon marché
des médicaments brevetés, afin de faciliter la lutte
contre des épidémies comme le sida et la tuberculose.
Le directeur général de l'OMC y a vu la preuve “que
l'organisation peut s'occuper de problèmes humanitaires
aussi bien que de problèmes commerciaux” .
La BUAV, une association britannique, a reçu un avis légal
autorisé d'après lequel les pays membres de l'OMC
peuvent imposer des restrictions commerciales lorsqu'il est question
de morale publique (en Europe, les sondages montrent de façon
régulière que le public est opposé à
l'expérimentation animale dans le domaine des cosmétiques),
et selon lequel il est nécessaire de préserver la
santé des animaux (qui est évidemment compromise
par les tests).
Malgré le besoin de prendre en considération de
manière juste, dans le cadre des accords de libre échange,
les problèmes d'éthique, qui concernent notamment
la protection des animaux, le gouvernement français et
la Fédération européenne pour les ingrédients
cosmétiques, qui représente l'industrie, ont essayé
de bloquer les mesures d'interdiction des tests sur les animaux
approuvées par l'Union Européenne (voir chapitre
6).
Bien sûr, l'opposition du public aux tests sur les animaux
est en progression à l'échelle mondiale, et les
industriels des cosmétiques dans les autres pays (hors
Union Européenne) sont conscients des enjeux. Dans ces
pays, les laboratoires participent au développement et
à la validation des méthodes substitutives de tests.
Une interdiction au niveau de l'Europe, pour les tests et la commercialisation
des produits testés, serait pour ces industriels un signal
très fort, pour leur faire comprendre qu'il leur faudra,
eux aussi, changer leurs méthodes de tests s'ils veulent
pouvoir commercialiser leurs produits dans les pays de l'Union
Européenne.
Le rôle des méthodes substitutives
Le développement rapide des méthodes substitutives
peut être la solution pour éviter que les ingrédients
des produits cosmétiques soient testés sur des animaux
et pour éviter les éventuels litiges commerciaux.
C'est probablement l'industrie des cosmétiques –confrontée
à la pression des consommateurs et à la menace d'interdiction
– qui a fait le plus d'efforts, à l'exception de
l'industrie pharmaceutique, pour développer des méthodes
substitutives. Cependant, on peut faire bien davantage, et il
faut faire bien davantage. L'industrie chimique, dans son ensemble,
n'a encore pratiquement pas contribué au financement des
recherches sur les méthodes substitutives de tests. Les
changements proposés, concernant la stratégie européenne
en matière de produits chimiques (voir chapitre 2), montrent
pourtant qu'il existe à présent une double pression
sur les entreprises de l'industrie chimique pour les inciter à
agir positivement dans ce sens.
Le développement et la validation de nouvelles méthodes
de tests sans cruauté prendront certainement du temps,
et représenteront un investissement important à
court terme. Mais cela permettra de disposer de tout un ensemble
de techniques ne nécessitant pas l'utilisation d'animaux,
avec lesquelles il sera possible de tester les effets éventuels
sur la santé des nouveaux ingrédients comme de ceux
qui existent déjà, de façon rapide, fiable
et moins coûteuse. Cela permettra aussi de poursuivre ou
de renforcer la protection des consommateurs et la préservation
de l'environnement, tout en répondant à la demande
des consommateurs de ne pas voir des animaux souffrir au nom des
produits cosmétiques.
Une autre retombée positive sera le fait que les autres
substances chimiques – les produits chimiques industriels,
les biocides, les pesticides et les produits pharmaceutiques –
pourront aussi être testés plus rapidement et de
façon moins coûteuse, grâce aux nouvelles méthodes
substitutives. On épargnera ainsi à des millions
d'animaux la détresse et parfois la mort qu'entraînent
les tests. Enfin, en investissant ses fonds et son savoir-faire
dans le développement de méthodes de modélisation
sur ordinateur et de techniques in vitro (cultures de cellules,
génomique, protéomique, instrumentation, etc.),
l'Union Européenne profitera d'un nouvelle connaissance
scientifique et de nouvelles compétences dans ces technologies.
Ces technologies ont un large champ d'application dans des domaines
importants comme la médecine : ainsi, la position de l'Union
Européenne et de ses pays membres par rapport au reste
du monde et leur compétitivité dans ces domaines
en seront renforcées.
Les méthodes substitutives de tests
La Commission européenne a institué une série
de conférences entre les parties intéressées,
pour discuter du calendrier du développement des méthodes
substitutives pour l'ensemble des objectifs relatifs aux tests
de toxicité. Le Centre européen pour la validation
des méthodes substitutives (ECVAM) joue ici un rôle
clé.
Comme nous l'avons vu au chapitre 4, les statistiques exigées
par le Comité scientifique pour les produits cosmétiques
et les produits non alimentaires (SCCNFP) pour un ingrédient,
dans le cadre de la Directive sur les cosmétiques, peuvent
comprendre :
1. La toxicité aiguë (si possible) 5. La sensibilisation
de la peau & la
2. L'absorption cutanée photosensibilisation
3. La corrosion /l'irritation de la peau 6. La toxicité
sub-chronique
4. L'irritation de l'œil 7. Les effets mutagènes /la
toxicité
génétique
Si la substance chimique absorbe les rayons ultraviolets :
8. La photo-toxicité
9. Les effets photo-mutagènes /la photo-toxicité
génétique
10. Les statistiques relatives à l'être humain (si
possible)
Et si l'ingrédient est susceptible de pénétrer
dans le sang en quantité significative, par voie orale
ou par voie cutanée :
11. La cinétique de la toxicité
12. Les études de métabolisme
13. Les études de toxicité à long terme (ex.
effets tératogènes, toxicité reproductive
et effets carcinogènes)
Cependant, le SCCNFP affirme adopter une approche flexible en
matière de tests, et il a effectivement accepté
que des résultats d'études pionnières in
vitro, concernant la pénétration par voie cutanée,
servent de ligne directrice au niveau de l'Union Européenne.
La recommandation de OneVoice est que le SCCNFP ne limite pas
son acceptation des statistiques de tests aux seuls tests substitutifs
qui ont reçu l'aval réglementaire au niveau européen,
surtout si les retards, en la matière, sont imputables
à la bureaucratie. Si le SCCNFP est convaincu qu'une méthode
substitutive de test est scientifiquement valide, il ne devrait
pas attendre l'agrément de l'Union Européenne (il
devrait d'ailleurs s'employer à faciliter cet agrément).
Pour l'obtention de certaines de ces statistiques, il existe déjà
des méthodes substitutives de tests qui sont valides, qui
sont admises par le SCCNFP et qui sont répertoriées
soit dans les Lignes directrices de l'OCDE soit dans les Directives
de tests de l'Union Européenne (voir Tableau 1). Dans l'Union
Européenne, lorsqu'une méthode substitutive figure
dans les directives, il est obligatoire de l'utiliser à
la place du test équivalent sur les animaux.
Tableau 1
Méthodes substitutives validées et acceptées
par l'OCDE et /ou l'Union Européenne
Type
de toxicité |
Méthode
substitutive |
Numéro
de test dans les directives de l'OCDE et /ou de l'Union
Européenne* |
| Absorption
cutanée |
Essai
avec des fragments de peau isolés |
TG428 |
| Corrosion
de la peau |
Peau
humaine reconstituée |
TG431,
B40 |
|
Corrosion de la peau |
Essai
TER |
TG430,
B40 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Test
d'Ames |
TG471,
B13/14 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Mutation
des gènes dans la levure |
TG480,
B15 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
recombinaison
mitotique dans la levure |
TG481,
B16 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Test
d'aberration chromosomique sur cellules de mammifère |
TG473,
B10 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Test
de mutation génique sur cellules de mammifère |
TG476,
B17 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Synthèse
d'ADN non programmée |
TG482,
B18 |
| Effets
mutagènes /toxicité génétique |
Sister chromatid exchange |
TG479,
B19 |
| Photo-toxicité |
Essai
de captation du rouge neutre |
TG432,
B41 |
| Effets
carcinogènes |
Test
de transformation sur cellules de mammifère |
B21 |
* Un numéro en ‘TG’ indique une Ligne directrice
de test de l'OCDE. Un numéro en ‘B’ indique
une directive de test de l'Union Européenne en Annexe V
de la Directive 67/548/EEC relative aux substances dangereuses.
La
situation en ce qui concerne les méthodes substitutives
et les priorités pour la recherche
Nous passons ici en revue les méthodes substitutives de
tests disponibles pour les différents types de toxicité,
et nous identifions les recherches qui doivent être faites
en priorité pour que les expérimentations sur les
animaux puissent être remplacées aussi vite que possible.
The SCCNFP ne demande pas que des tests soient pratiqués
sur des animaux de façon spécifique pour obtenir
des statistiques de [1] toxicité aiguë relatives aux
ingrédients des cosmétiques . Il faut simplement
obtenir des statistiques là où elles sont déjà
disponibles. Pour un certain nombre d'ingrédients, les
statistiques existeront déjà, surtout lorsque la
substance chimique en question a été acceptée
dans le cadre des Directives relatives aux substances dangereuses.
Pour déterminer la toxicité aiguë sans utiliser
d'animaux, une combinaison de tests est requise :
– Les résultats des études d'absorption cutanée
in vitro (voir plus haut) et des tests d'absorption intestinale
in vitro (largement utilisés dans l'industrie pharmaceutique)
permettent de déterminer si une substance chimique sera
absorbée par voie cutanée ou par voie orale.
– Si la réponse semble être plutôt oui,
il est possible de procéder à des études
de toxicité cellulaire (cyto-toxicité) in vitro.
Deux méthodes sont en cours de validation conjointe par
l'Europe et les Etats-Unis en 2003, et le résultat devrait
être disponible en 2004. Ces tests permettraient d'identifier
les substances chimiques qui sont clairement très toxiques
ou non toxiques.
– En étudiant le métabolisme d'une substance
chimique en éprouvette, en recourant à l'activité
métabolique des cellules du foie humain ou à des
cultures de cellules génétiquement modifiées,
il est possible d'identifier les métabolites toxiques.
De tels tests sont largement utilisés dans l'industrie
pharmaceutique, et les études de pré-validation
ont commencé en 2003.
– Le cas échéant, il est possible de procéder
à des tests in vitro concernant plus spécifiquement
tel ou tel organe pour voir si la substance chimique étudiée
est susceptible de causer des dommages au niveau du foie, du cerveau
ou des reins. Les méthodes qui permettent de réaliser
de telles études sont en cours de développement,
et des ressources sont nécessaires pour poursuivre ce développement.
Comme le montre le Tableau 1, il existe une méthode in
vitro valide pour [2] l'absorption cutanée. Depuis quelques
années, le SCCNFP accepte les statistiques obtenues par
cette méthode ; il accepte aussi les statistiques relatives
à l' absorption chez l'être humain, qu'il considère
comme “l'idéal” . Il existe des tests d'absorption
cutanée chez les animaux, mais qui n'ont jamais été
correctement validés.
Pour [3] la corrosion de la peau, on ne devrait pratiquer aucun
test sur les animaux, car il existe des méthodes in vitro
qui ont été validées et acceptées.
Deux méthodes d'évaluation de [3] l'irritation de
la peau in vitro font l'objet d'une étude de validation,
commencée en 2003, qui devrait déboucher sur un
résultat positif. Cependant, un groupe international d'experts
en toxicologie a déjà émis des recommandations
selon lesquelles les évaluations des risques, en ce qui
concerne l'irritation de la peau, peuvent être menées
à bien de manière efficace et sûre sans aucun
test sur des animaux. Dans certains cas, ils proposent de compléter
les méthodes in vitro par des études validées
menées sur des volontaires humains dans le respect de l'éthique
(patch-tests), et le SCCNFP approuve cette approche . En ce qui
concerne l'irritation de la peau, il n'existe donc aucune justification
aux tests pratiqués sur les animaux.
Les Lignes directrices de l'OCDE recommandent déjà
une stratégie de tests par étapes pour [4] l'irritation
oculaire, dans laquelle un test sur l'animal n'est demandé
que lorsque les tests sans animaux, pour une substance chimique,
ont donné un résultat négatif : tests des
propriétés physico-chimiques, d'acidité /alcalinité,
etc. Selon la Directive de test européenne concernée,
ces données sont aussi considérées comme
utiles.
Par ailleurs, il existe quatre méthodes bien établies
dans lesquelles on utilise des tissus animaux isolés, qui
permettent de distinguer les produits légèrement
irritants des produits sévèrement irritants pour
les yeux sans utiliser d'animaux vivants . Certaines de ces méthodes
sont admises par une réglementation au niveau national,
par exemple en Allemagne, en Belgique, en Grande-Bretagne et aux
Pays-Bas.
En France, ces quatre méthodes de tests sont admises pour
la classification positive des produits gravement irritants pour
les yeux, et le test du relargage du rouge neutre ainsi que le
test de diffusion en gel d'agarose sont également admis
pour l'évaluation des produits cosmétiques .
Les représentants français au SCCNFP et dans les
autres forums de l'Union Européenne devraient réclamer
que soient admises, au niveau de l'Union Européenne, les
statistiques produites par ces méthodes. En France, on
ne devrait pas tester les substances chimiques irritantes sur
des lapins alors que d'autres méthodes ont été
admises comme étant valides pour la distinction entre les
substances légèrement irritantes et les substances
sévèrement irritantes.
Enfin, un certain nombre de tests in vitro sont disponibles pour
classer les substances non-irritantes. Il conviendrait de donner
la priorité au développement rapide et à
la validation de ces tests, et d'obtenir l'accélération
de leur homologation par la Commission européenne.
A ce jour, pour [5] la sensibilisation de la peau, il n'existe
aucune méthode substitutive d'évaluation des substances
chimiques qui soit entièrement validée. Cependant,
pour qu'il y ait sensibilisation de la peau, il faut à
la fois qu'une substance ait pénétré la peau
et qu'elle se soit fixée aux protéines. Or il existe,
pour l'absorption cutanée, une méthode in vitro
acceptée par l'OCDE (Tableau 1, plus haut), quant à
la fixation aux protéines, elle peut se mesurer de manière
fiable en éprouvette. Le COLIPA considère l'étude
de la liaison des protéines comme une méthode de
laboratoire utile pour l'identification des risques . On dispose
aussi de systèmes sur ordinateur permettant de prédire
la sensibilisation de la peau en fonction de la structure de la
molécule, et ces méthodes devraient faire l'objet
d'une validation d'ici un an ou deux. Il est donc possible de
classer un certain nombre d'ingrédients chimiques comme
non sensibilisateurs ou comme sensibilisateurs probables, à
partir de ces trois approches.
Par ailleurs, on développe actuellement des méthodes
de test cellulaire pour prédire la sensibilisation, et
L’Oréal a fait beaucoup de recherches dans ce domaine.
L'ECVAM prévoit que ces méthodes de test seront
techniquement au point pour des études de validation complète
aux alentours de 2006. Le SCCNFP admet les résultats des
études de sensibilisation de la peau sur des volontaires.
Sans vraiment recommander des études sur l'être humain,
le SCCNFP souligne qu'il est préférable de tester
sur l'être humain afin d'éviter le problème
des différences de réaction d'une espèce
à une autre . Pour toutes ces raisons, on voit qu'il serait
possible même aujourd'hui, pour ce qui concerne la sensibilisation,
de tester un grand nombre d'ingrédients ou de produits
cosmétiques sans recourir à l'expérimentation
animale ; et ce serait possible à coup sûr à
partir de 2006.
Le SCCNFP déclare que certains nouveaux ingrédients
de cosmétiques (conservateurs, colorants et filtres à
ultraviolets) devraient faire l'objet de tests de [6] toxicité
sub-chronique (toxicité à doses répétées)
sur les animaux, même s'ils sont exemptés dans le
cadre des Directives relatives aux substances dangereuses (par
exemple lorsque la substance chimique n'est fabriquée qu'en
petites quantités). Les tests de toxicité sub-chronique
consistent à administrer quotidiennement aux animaux une
certaine dose sur une période de 28 ou de 90 jours (voir
chapitre 4). Le SCCNFP n'explique pas pourquoi ces tests seraient
nécessaires lorsqu'il s'agit d'ingrédients qui ne
pénètrent pas la peau et qui ont peu de chances
d'être avalés ou de se trouver absorbés par
la circulation sanguine. Il est pourtant possible d'évaluer
ces deux propriétés sans utiliser d'animaux (voir
plus haut, sous le titre Toxicité aiguë).
La septième révision de la Directive sur les produits
cosmétiques reporte à 2013 l'interdiction de commercialiser
les produits cosmétiques contenant des ingrédients
testés sur des animaux pour la toxicité à
doses répétées.
Pour les tests de toxicité à doses répétées
(c'est-à-dire sub-chronique), les méthodes in vitro
ne sont pas encore entièrement développées
et validées, mais des études montrent qu'il n'y
a pas d'obstacle, du point de vue scientifique, à ce qu'elles
le soient. La lenteur des progrès dans ce domaine est le
reflet d'un manque d'efforts de recherche et d'une insuffisance
d'investissement, et non pas de difficultés techniques
insurmontables. Il est aussi possible de pratiquer des tests in
vitro ciblés sur des organes spécifiques pour voir
si une substance chimique risque de provoquer des dommages au
niveau du foie, du cerveau ou des reins. Là encore, des
méthodes sont en cours de développement, et des
ressources seraient nécessaire pour que ce progrès
soit plus rapide.
Il conviendrait de donner la priorité à ces recherches,
de telle sorte que les entreprises puissent enfin utiliser de
nouveaux ingrédients sûrs. Il n'y a cependant aucune
raison de permettre que des tests sur les animaux se poursuivent
entre-temps, étant donné la possibilité de
créer de nouveaux produits sans risque à partir
des 8.400 ingrédients déjà répertoriés.
En ce qui concerne [7] les effets mutagènes /la toxicité
génétique, malgré un ensemble appréciable
de méthodes in vitro admises par l'OCDE et par l'Union
Européenne, il est devenu habituel, dans le cadre des Directives
relatives aux substances dangereuses, de procéder à
des tests supplémentaires sur les animaux pour les substances
chimiques présentant des résultats positifs. Le
SCCNFP précise dans ses Notes of Guidance que deux tests
in vitro apportent généralement “(…)
les preuves suffisantes concernant le potentiel mutagène
et /ou géno-toxique”, mais ajoute ensuite que l'on
peut procéder à des tests sur les animaux pour confirmer
“(…) une activité mutagène déjà
observée in vitro”.
Cette pratique consistant à re-tester sur des animaux une
substance chimique ayant obtenu un résultat positif est
indéfendable sur le plan éthique. Si un ingrédient
obtient deux résultats positifs lors des tests standard
in vitro (en général, le test de mutation inversée
d'Ames et le test d'aberration chromosomique sur cellules de mammifère),
il doit être classé comme mutagène ou carcinogène
géno-toxique sans qu'il soit utile de faire souffrir des
animaux avec des tests supplémentaires. Deux résultats
négatifs indiquent que la substance n'est pas mutagène
ni carcinogène et géno-toxique. Si nécessaire,
les résultats peuvent être clarifiés en faisant
varier les conditions des tests (avec par exemple des études
complémentaires de métabolisme) ou en procédant
à des tests in vitro supplémentaires.
En ce qui concerne les substances chimiques qui absorbent les
rayons ultraviolets, il existe une technique de mesure au niveau
cellulaire de la [8] photo-toxicité (propriété
photo-irritante) admise par les directives de l'OCDE et de l'Union
Européenne, c'est pourquoi, selon la Directive 86/609/EEC,
il ne devrait pas être procédé à des
tests sur les animaux dans ce domaine. Quoi qu'il en soit, ces
tests sur animaux n'ont jamais été validés.
Les tests in vitro des [9] effets photo-mutagènes /photo-génotoxicité,
qui eux aussi, ne sont nécessaires que pour les substances
chimiques absorbant les rayons ultraviolets, sont admis par le
SCCNFP. Les tests recommandés sont le test d'Ames test
et le test cellulaire d'aberration chromosomique, avec et sans
rayons ultraviolets.
Dans ses Notes of Guidance, le SCCNFP précise les situations
dans lesquelles [10] des études sur l'être humain
peuvent être menées. Il s'agit des tests épicutanés
(patch-tests) d'irritation de la peau (Annexe 11) et des tests
de compatibilité des produits cosmétiques (Annexe
12). Le SCCNFP admet aussi les statistiques provenant des études
de sensibilisation de la peau réalisées sur des
volontaires (cependant, il s'abstient de recommander ce type de
tests), en soulignant que le fait de procéder à
des tests sur l'être humain permet d'éviter le problème
des différences de réaction d'une espèce
à une autre (Annexe 13).
Lorsqu'un ingrédient cosmétique est susceptible
d'être ingéré ou absorbé par la peau
en quantité significative, le SCCNFP considère qu'il
convient de procéder à des [11] études de
cinétique de toxicité et à des [12] études
de métabolisme. Ces études visent à comprendre
l'absorption, la diffusion, le métabolisme et l'excrétion
d'une substance chimique donnée. Le test d'absorption cutanée
in vitro figure dans les Lignes directrices de tests de l'OCDE,
comme nous l'avons vu précédemment. L'industrie
pharmaceutique et les centres de recherches ont souvent recouru
à l'évaluation de l'absorption par les intestins
au moyen de cultures de cellules humaines.
Des modèles sur ordinateur appelés modèles
bio-cinétiques à base physiologique (PBBK) ont été
développés pour prédire la diffusion des
substances chimiques dans l'organisme et la manière dont
elles sont éliminées . Ces modèles sont basés
sur la connaissance de la substance elle-même, sur les statistiques
des expérimentations en éprouvette et sur les aspects
physiologiques connus du corps humain. Ces systèmes sur
ordinateurs pourraient être validés d'ici 2007.
En ce qui concerne le métabolisme, d'après l'ECVAM,
les meilleures méthodes in vitro consistent à étudier
soit l'activité des enzymes dans des cellules de foie humain,
soit des lignées de cellules modifiées génétiquement.
Ces techniques font l'objet d'une étude de pré-validation
commencée en 2003. A condition de disposer des fonds et
des compétences nécessaires, la validation devrait
être menée à bien d'ici 2007.
Lorsqu'un ingrédient de cosmétique est susceptible
d'être absorbé par l'organisme en quantités
substantielles, le SCCNFP peut requérir les informations
qu'apportent [13] les tests de toxicité à long terme.
Il peut s'agir de tests d'effets carcinogènes et d'études
relatives à la fertilité et à la reproduction.
Le test in vitro sur cellules souches d'embryon a été
validé par l'ECVAM comme convenant pour l'identification
des substances chimiques provoquant des dommages sur l'embryon
(effets tératogènes). Ce test devrait être
intégré sans retard dans les directives réglementaires.
Les effets des substances chimiques sur la fertilité peuvent
être étudiés en éprouvette, sur des
cellules de sperme et autres cellules génitales. Pour ces
méthodes, un complément d'étude et une validation
sont nécessaires.
En même temps, il conviendrait d'entreprendre davantage
de recherches et de développement dans le domaine complexe
de la toxicité de la fertilité et de la reproduction,
en se fixant pour objectif la production de résultats dans
cinq ou six ans au maximum. Ces travaux devraient se voir accorder
la priorité, afin que les entreprises puissent disposer
rapidement de nouveaux ingrédients qui soient sûrs.
Mais en attendant, il n'y a aucune raison d'admettre que les tests
sur les animaux continuent d'être pratiqués, puisqu'il
est possible de créer de nouveaux produits sans risque
en utilisant les ingrédients qui existent déjà.
Les tests présentés précédemment (voir
item [7]) ont déjà permis d'identifier des substances
carcinogènes géno-toxiques. Les substances carcinogènes
qui ne sont pas géno-toxiques agissent selon une série
de processus qui n'affectent pas directement les gènes
ni les chromosomes. Les tests de transformation de cellules de
mammifères figurent déjà dans les Directives
de l'Union Européenne (B21), cependant, bien que ces méthodes
soient largement utilisées pour étudier la carcinogenèse,
elles n'ont pas encore reçu un appui réglementaire
international. Les tests cellulaires sont pourtant bien plus rapides
et bien moins chers d'utilisation que les tests équivalents
pratiqués sur les animaux, et ils n'entraînent pas
de souffrance animale.
Pour ces tests, une directive est en cours de développement
à l'OCDE, dont la finalisation pourrait progresser rapidement
si elle bénéficiait du soutien des représentants
français au sein de l'OCDE.
Etant donné la possibilité de créer de nouveaux
produits à partir du stock existant d'ingrédients
admis comme étant sans risque, les souffrances qu'impliquent
les tests effectués sur les animaux devraient pouvoir cesser
dès aujourd'hui, sans que cela ne compromette la sécurité
du public. Cependant, cette approche éthique ne satisfait
pas l'industrie des cosmétiques. La septième révision
de la Directive sur les cosmétiques a rendu les dates butoirs
proposées, pour les interdictions relatives à la
commercialisation des produits, dépendantes de la disponibilité
de méthodes substitutives.
Les industriels et l'Union Européenne ayant insisté
pour que les animaux continuent de souffrir au nom de la vanité,
c'est à eux qu'incombe la responsabilité de consacrer
le maximum de ressources financières et humaines au développement
et à la validation des méthodes substitutives. Par
ailleurs, à l'OCDE, il faudrait que la Commission européenne
et les Etats membres de l'Union Européenne exercent activement
une pression sur les autres pays membres pour qu'ils acceptent,
sans retard, les résultats des nouvelles méthodes
validées, afin que celles-ci remplacent l'expérimentation
animale partout dans le monde.
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