--www.expermimentation-animale.org

Comment mettre fin aux tests
de toxicité sur animaux ?


Un rapport du Docteur
Gill Langley MA Phd (CANTAB), MIBiol
, Cbiol

Automne 2001
-
------------------------
- - -

INTRODUCTION


Agir pour mettre fin aux tests de toxicité sur les animaux

Les tests de toxicité pratiqués sur les animaux sont la source d'une grande souffrance et leur valeur scientifique est douteuse. Leur crédibilité se fonde sur l'usage établi plutôt que sur la fiabilité éprouvée ou sur la valeur prédictive (1).
Les programmes de tests (tels que celui que propose le livre blanc de la Commission européenne dans le cadre d'une nouvelle politique en matière chimique) sont susceptibles de faire augmenter très significativement le nombre d'animaux utilisés dans les expérimentations relatives à la toxicité, mais peuvent aussi - lorsque existe une volonté politique suffisante - être l'occasion de généraliser l'usage des méthodes de tests substitutives.
Ce rapport montre qu'il est possible de remplacer les tests sur les animaux par des alternatives modernes et humaines. Il est destiné à toutes les personnes dont l'influence et l'implication sont nécessaires pour que cet objectif puisse être atteint.
Pour chaque domaine d'expérimentation concerné, le rapport décrit le test sur l'animal et son équivalent substitutif. Il présente en détail les lacunes scientifiques de la méthode courante in vivo, et parallèlement, l'action à mener pour mettre en pratique les nouvelles méthodes de tests.

La procédure de test sur les animaux décrite ici est utilisée pour l'évaluation de diverses substances, entre autres des ingrédients entrant dans la composition des cosmétiques ainsi que divers produits chimiques.
Certaines des méthodes substitutives exposées ont déjà été validées, d'autres sont en cours de développement, d'autres sont déjà en usage mais attendent encore la validation finale par l'ECVAM (Centre européen pour la validation des méthodes substitutives).
La description de chaque test effectué sur les animaux donne un bon aperçu de la méthode de test. Il importe de ne pas oublier que chaque test est susceptible de provoquer de la douleur et de la détresse, souvent de manière prolongée.
Selon notre estimation, dans l'optique des méthodes de tests traditionnelles, on devrait utiliser jusqu'à 2123 animaux pour tester chacune des substances chimiques HPV (destinées à la production en quantité). Par ailleurs, le nombre d'animaux nécessaires pour tester 30.000 substances a été estimé à pas moins de 12,8 millions, et ce chiffre augmente encore jusqu'à plus de 50 millions lorsque l'on y inclut les animaux nés dans le cadre des études reproductives (2).
Les tests pratiqués sur les animaux demandent souvent davantage de temps que les tests substitutifs équivalents. Ainsi, par exemple, tester la carcinogenèse sur l'animal demande un délai de cinq ans, alors que le test substitutif SHE, qui pourrait être validé d'ici deux ans, permet d'obtenir les résultats au bout de quelques semaines seulement.

En 1993, le Parlement européen a voté l'arrêt des tests des produits cosmétiques sur les animaux, par le biais d'une interdiction de vendre des produits testés sur les animaux applicable à compter de 1998. Les méthodes substitutives de tests étaient prévues, mais en raison d'un financement insuffisant (et d'un ajournement prévisionnel de l'interdiction dans le cas où l'on ne disposerait pas de méthodes substitutives validées), leur généralisation est passée au second plan. Aujourd'hui, presque une décennie plus tard, nous attendons toujours les nouveaux tests substitutifs qui y étaient proposés.

Un délai supplémentaire ne saurait être accepté. L'arrêt des expérimentations animales en toxicologie et leur remplacement par des méthodes substitutives est à notre portée. Ce qui s'impose aujourd'hui, c'est une stratégie cohérente et coordonnée permettant de mettre en application ces méthodes substitutives de tests.

1 - Pour chaque substance, on étudie pas moins de douze domaines de test, comme l'exige la législation. Dans la majorité des
cas, le recours aux tests sur les animaux est accepté sans qu'ils soient validés selon les normes actuelles : les tests n'ont pas
subi le processus de validation exigé pour les tests substitutifs.

2 - Exigences de tests de l'IEH (2001) pour les directives du livre blanc de la Commission européenne "Stratégie pour une nouvelle politique chimique" (rapport WEB W6), Leicester, Royaume-Uni, Institute for Environment and Health (hppt://www.le.ac.uk/ieh/webpub.html, juillet 2001.



Pour l'application de la stratégie de tests substitutifs

La redéfinition en cours de la politique d'expérimentation chimique de l'Union Européenne représente une occasion unique et à saisir, pour les organismes européens concernés, de réévaluer les forces et les faiblesses de l'approche actuelle en matière de tests chimiques. Il s'agit, là comme dans d'autres programmes de tests chimiques, de saisir l'opportunité de développer une nouvelle stratégie exhaustive allant dans le sens de la modernisation et du progrès.
Au lieu de compter sur les méthodes d'expérimentation du passé, qui sont très controversées et hautement incertaines, la Commission européenne ferait mieux de promouvoir de nouvelles recherches coordonnées et programmées dans le temps ainsi qu'un système de validation et de procédures de régulation qui soit fondé sur des méthodes appropriées, efficientes, rentables et humaines. Ainsi, non seulement on sauverait la vie des animaux, mais la protection de l'environnement, la santé humaine et la confiance des consommateurs en bénéficieraient également.
Il est clair que pour pouvoir le plus rapidement possible identifier les substances chimiques dangereuses et en contrôler l'utilisation, des procédés de tests radicalement différents s'imposent.
La seule approche permettant d'associer les considérations pratiques avec des exigences, éthiques est celle qui consiste à utiliser des méthodes rapides de tests sans recours aux animaux afin de caractériser un grand nombre de substances chimiques dans un délai minimal.
Les méthodes in vitro et les méthodes assistées par ordinateur peuvent être combinées selon des procédures par étapes ou en arbre de décision, adaptées à chaque type de toxicité. Les méthodes de tests par étapes ont déjà été acceptées par l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economique), les Etats-Unis et l'Union Européenne, et elles y sont déjà utilisées.
Dans une procédure par étapes à base de méthodes substitutives, l'expérimentation va des méthodes simples et rapides de contrôle à l'écran, en passant par les tests spécifiques aux mécanismes de la toxicité, jusqu'aux tests in vitro plus élaborés, le cas échéant, lesquels permettent d'étudier l'effet des substances sur des tissus cibles. Les études métaboliques in vitro, combinées avec la modélisation sur ordinateur de l'absorption, de la diffusion et de l'élimination des substances chimiques, permettent d'extrapoler les résultats obtenus in vitro à l'ensemble de l'organisme.
Pour une substance chimique donnée, des décisions peuvent être prises à chaque étape du processus de test, il n'est donc pas nécessaire de passer par toutes les étapes pour toutes les substances. Les premières étapes sont communes à la plupart des types de toxicité, ce qui fait que les processus de test des diverses substances peuvent être menés en parallèle, au moins jusqu'à un certain point.
Les résultats de la plupart des tests in vitro sont obtenus dans un délai qui se compte en jours plutôt qu'en semaines, en mois ou en années comme c'est si souvent le cas avec les tests menés sur les animaux. Une grande partie des méthodes de test proposées ici sont déjà bien connues dans l'industrie pharmaceutique, et sont couramment utilisées en tant que méthodes de contrôle maison ou pour la compréhension des mécanismes de la toxicité. Certains de ces tests permettent d'obtenir non seulement des mesures qualitatives (la substance est-elle toxique ou non ?) mais aussi des évaluations quantitatives du risque (quel est le degré de toxicité de la substance ?).

Certains des tests substitutifs proposés ont déjà été validés et acceptés par les organismes officiels. D'autres sont en phase de validation. Le cas échéant, des actions prioritaires sont identifiées à la fin de chaque section, afin de mieux voir quelles mesures la Commission européenne devrait prendre en premier lieu pour mettre en place une stratégie de tests substitutifs.
Il est urgent de pouvoir disposer des données déjà existantes concernant les substances chimiques, car les tests sur les animaux demandent trop de temps, sont souvent peu fiables, coûteux, et mobilisent une grande quantité de ressources. Il serait souhaitable de recourir exclusivement à des méthodes de tests sans animaux. Cela permettrait de classer et de contrôler efficacement et rapidement les substances potentiellement toxiques. Les substances chimiques tangentes ou suspectes devraient être mises sous surveillance au nom du principe de précaution, en attendant, le cas échéant, des tests à effectuer dans un proche futur à l'aide d'un éventail plus complet de méthodes substitutives validées.

Un préalable fondamental à tout test est l'institution d'un partage obligatoire des données, dans le cadre d'une recherche au niveau mondial des données existantes. Ce partage doit inclure non seulement les documents et bases de données toxicologiques généralement publics mais aussi les données détenues par les laboratoires, les entreprises du secteur chimique et les toxicologues. Il serait nécessaire de rassembler toutes les données existant au sein des hôpitaux, des centres anti-poisons et autres, concernant les effets des diverses substances chimiques sur l'être humain.
Les données provenant de tests effectués sur des animaux dans le passé - selon des normes moins rigoureuses que celles de notre époque - peuvent y être intégrées, mais le fait que l'on dispose de ces données ne justifie pas que l'on poursuive ce genre de tests.

-
------------------------
-
Toute Reproduction des textes ou des photos est interdite sans autorisation
© One Voice