INTRODUCTION
Agir pour mettre fin aux tests de toxicité sur
les animaux
Les tests de toxicité pratiqués sur les animaux
sont la source d'une grande souffrance et leur valeur scientifique
est douteuse. Leur crédibilité se fonde sur l'usage
établi plutôt que sur la fiabilité éprouvée
ou sur la valeur prédictive (1).
Les programmes de tests (tels que celui que propose le livre
blanc de la Commission européenne dans le cadre d'une
nouvelle politique en matière chimique) sont susceptibles
de faire augmenter très significativement le nombre d'animaux
utilisés dans les expérimentations relatives à
la toxicité, mais peuvent aussi - lorsque existe une
volonté politique suffisante - être l'occasion
de généraliser l'usage des méthodes de
tests substitutives.
Ce rapport montre qu'il est possible de remplacer les tests
sur les animaux par des alternatives modernes et humaines. Il
est destiné à toutes les personnes dont l'influence
et l'implication sont nécessaires pour que cet objectif
puisse être atteint.
Pour chaque domaine d'expérimentation concerné,
le rapport décrit le test sur l'animal et son équivalent
substitutif. Il présente en détail les lacunes
scientifiques de la méthode courante in vivo, et parallèlement,
l'action à mener pour mettre en pratique les nouvelles
méthodes de tests.
La procédure de test sur les animaux décrite ici
est utilisée pour l'évaluation de diverses substances,
entre autres des ingrédients entrant dans la composition
des cosmétiques ainsi que divers produits chimiques.
Certaines des méthodes substitutives exposées
ont déjà été validées, d'autres
sont en cours de développement, d'autres sont déjà
en usage mais attendent encore la validation finale par l'ECVAM
(Centre européen pour la validation des méthodes
substitutives).
La description de chaque test effectué sur les animaux
donne un bon aperçu de la méthode de test. Il
importe de ne pas oublier que chaque test est susceptible de
provoquer de la douleur et de la détresse, souvent de
manière prolongée.
Selon notre estimation, dans l'optique des méthodes de
tests traditionnelles, on devrait utiliser jusqu'à 2123
animaux pour tester chacune des substances chimiques HPV (destinées
à la production en quantité). Par ailleurs, le
nombre d'animaux nécessaires pour tester 30.000 substances
a été estimé à pas moins de 12,8
millions, et ce chiffre augmente encore jusqu'à plus
de 50 millions lorsque l'on y inclut les animaux nés
dans le cadre des études reproductives (2).
Les tests pratiqués sur les animaux demandent souvent
davantage de temps que les tests substitutifs équivalents.
Ainsi, par exemple, tester la carcinogenèse sur l'animal
demande un délai de cinq ans, alors que le test substitutif
SHE, qui pourrait être validé d'ici deux ans, permet
d'obtenir les résultats au bout de quelques semaines
seulement.
En 1993, le Parlement européen a voté l'arrêt
des tests des produits cosmétiques sur les animaux, par
le biais d'une interdiction de vendre des produits testés
sur les animaux applicable à compter de 1998. Les méthodes
substitutives de tests étaient prévues, mais en
raison d'un financement insuffisant (et d'un ajournement prévisionnel
de l'interdiction dans le cas où l'on ne disposerait
pas de méthodes substitutives validées), leur
généralisation est passée au second plan.
Aujourd'hui, presque une décennie plus tard, nous attendons
toujours les nouveaux tests substitutifs qui y étaient
proposés.
Un délai supplémentaire ne saurait être
accepté. L'arrêt des expérimentations animales
en toxicologie et leur remplacement par des méthodes
substitutives est à notre portée. Ce qui s'impose
aujourd'hui, c'est une stratégie cohérente et
coordonnée permettant de mettre en application ces méthodes
substitutives de tests.
1 - Pour chaque substance, on
étudie pas moins de douze domaines de test, comme l'exige
la législation. Dans la majorité des
cas, le recours aux tests sur les animaux est accepté
sans qu'ils soient validés selon les normes actuelles
: les tests n'ont pas
subi le processus de validation exigé pour les tests
substitutifs.
2 - Exigences de tests de l'IEH (2001) pour
les directives du livre blanc de la Commission européenne
"Stratégie pour une nouvelle politique chimique"
(rapport WEB W6), Leicester, Royaume-Uni, Institute for Environment
and Health (hppt://www.le.ac.uk/ieh/webpub.html, juillet 2001.
Pour l'application de la stratégie de tests
substitutifs
La redéfinition en cours de la politique d'expérimentation
chimique de l'Union Européenne représente une
occasion unique et à saisir, pour les organismes européens
concernés, de réévaluer les forces et les
faiblesses de l'approche actuelle en matière de tests
chimiques. Il s'agit, là comme dans d'autres programmes
de tests chimiques, de saisir l'opportunité de développer
une nouvelle stratégie exhaustive allant dans le sens
de la modernisation et du progrès.
Au lieu de compter sur les méthodes d'expérimentation
du passé, qui sont très controversées et
hautement incertaines, la Commission européenne ferait
mieux de promouvoir de nouvelles recherches coordonnées
et programmées dans le temps ainsi qu'un système
de validation et de procédures de régulation qui
soit fondé sur des méthodes appropriées,
efficientes, rentables et humaines. Ainsi, non seulement on
sauverait la vie des animaux, mais la protection de l'environnement,
la santé humaine et la confiance des consommateurs en
bénéficieraient également.
Il est clair que pour pouvoir le plus rapidement possible identifier
les substances chimiques dangereuses et en contrôler l'utilisation,
des procédés de tests radicalement différents
s'imposent.
La seule approche permettant d'associer les considérations
pratiques avec des exigences, éthiques est celle qui
consiste à utiliser des méthodes rapides de tests
sans recours aux animaux afin de caractériser un grand
nombre de substances chimiques dans un délai minimal.
Les méthodes in vitro et les méthodes assistées
par ordinateur peuvent être combinées selon des
procédures par étapes ou en arbre de décision,
adaptées à chaque type de toxicité. Les
méthodes de tests par étapes ont déjà
été acceptées par l'OCDE (Organisation
de Coopération et de Développement Economique),
les Etats-Unis et l'Union Européenne, et elles y sont
déjà utilisées.
Dans une procédure par étapes à base de
méthodes substitutives, l'expérimentation va des
méthodes simples et rapides de contrôle à
l'écran, en passant par les tests spécifiques
aux mécanismes de la toxicité, jusqu'aux tests
in vitro plus élaborés, le cas échéant,
lesquels permettent d'étudier l'effet des substances
sur des tissus cibles. Les études métaboliques
in vitro, combinées avec la modélisation sur ordinateur
de l'absorption, de la diffusion et de l'élimination
des substances chimiques, permettent d'extrapoler les résultats
obtenus in vitro à l'ensemble de l'organisme.
Pour une substance chimique donnée, des décisions
peuvent être prises à chaque étape du processus
de test, il n'est donc pas nécessaire de passer par toutes
les étapes pour toutes les substances. Les premières
étapes sont communes à la plupart des types de
toxicité, ce qui fait que les processus de test des diverses
substances peuvent être menés en parallèle,
au moins jusqu'à un certain point.
Les résultats de la plupart des tests in vitro sont obtenus
dans un délai qui se compte en jours plutôt qu'en
semaines, en mois ou en années comme c'est si souvent
le cas avec les tests menés sur les animaux. Une grande
partie des méthodes de test proposées ici sont
déjà bien connues dans l'industrie pharmaceutique,
et sont couramment utilisées en tant que méthodes
de contrôle maison ou pour la compréhension des
mécanismes de la toxicité. Certains de ces tests
permettent d'obtenir non seulement des mesures qualitatives
(la substance est-elle toxique ou non ?) mais aussi des évaluations
quantitatives du risque (quel est le degré de toxicité
de la substance ?).
Certains des tests substitutifs proposés ont déjà
été validés et acceptés par les
organismes officiels. D'autres sont en phase de validation.
Le cas échéant, des actions prioritaires sont
identifiées à la fin de chaque section, afin de
mieux voir quelles mesures la Commission européenne devrait
prendre en premier lieu pour mettre en place une stratégie
de tests substitutifs.
Il est urgent de pouvoir disposer des données déjà
existantes concernant les substances chimiques, car les tests
sur les animaux demandent trop de temps, sont souvent peu fiables,
coûteux, et mobilisent une grande quantité de ressources.
Il serait souhaitable de recourir exclusivement à des
méthodes de tests sans animaux. Cela permettrait de classer
et de contrôler efficacement et rapidement les substances
potentiellement toxiques. Les substances chimiques tangentes
ou suspectes devraient être mises sous surveillance au
nom du principe de précaution, en attendant, le cas échéant,
des tests à effectuer dans un proche futur à l'aide
d'un éventail plus complet de méthodes substitutives
validées.
Un préalable fondamental à tout test est l'institution
d'un partage obligatoire des données, dans le cadre d'une
recherche au niveau mondial des données existantes. Ce
partage doit inclure non seulement les documents et bases de
données toxicologiques généralement publics
mais aussi les données détenues par les laboratoires,
les entreprises du secteur chimique et les toxicologues. Il
serait nécessaire de rassembler toutes les données
existant au sein des hôpitaux, des centres anti-poisons
et autres, concernant les effets des diverses substances chimiques
sur l'être humain.
Les données provenant de tests effectués sur des
animaux dans le passé - selon des normes moins rigoureuses
que celles de notre époque - peuvent y être intégrées,
mais le fait que l'on dispose de ces données ne justifie
pas que l'on poursuive ce genre de tests.