Les singes de l’Ancien Monde

Les singes rhésus (M. mulatta) et cynomolgus (M. fascicularis) sont les principales espèces de
macaques utilisées dans les laboratoires en France.

On les utilise couramment dans la recherche sur le cerveau, notamment dans l’étude de la maladie de Parkinson, les expériences consistant à provoquer des lésions cérébrales.

Ce sujet est abordé au chapitre 6. L’ADN de ces singes étant à 92 % identique au nôtre, on peut dire que du point de vue de l’évolution, il s’agit de nos très proches cousins.

Les études scientifiques dont on peut disposer aujourd’hui indiquent clairement que les macaques,
comme les autres singes de l’Ancien Monde, sont des êtres conscients d’eux-mêmes: en raison
de cette faculté, leurs souffrances peuvent dépasser de loin la simple douleur physique, ils
peuvent aussi bien éprouver des souffrances aux niveaux mental et émotionnel14.

Ainsi, par exemple, des tests réalisés sur des singes rhésus laissent fortement penser que cette
espèce est capable d’une expérience consciente de la vision: non seulement ces singes voient le
monde, mais ils sont aussi conscients de ce qu’ils voient. Ils partagent avec les humains un degré
élevé de conscience15.

Une série d’études réalisées par des psychologues américains a aussi montré que les singes
rhésus comprennent spontanément les nombres.

Des tests ont été réalisés sur des singes sauvages n’ayant subi aucune préparation, en contrôlant étroitement toutes les variables et en utilisant les mêmes méthodes que pour les jeunes enfants humains.

Ces tests ont montré que les singes rhésus comprennent qu’un plus un égale deux, et qu’un plus un n’égale pas trois16.

On dispose d’autres preuves grâce à des expérimentations en laboratoire, conçues avec grand soin,
qui ont montré que les singes rhésus étaient capables de classer des numéros dans l’ordre et de
réussir ainsi des tests auxquels échouent généralement les enfants humains âgés de dix mois 17.

Non seulement ces singes sont capables de se représenter mentalement l’ordre des nombres, mais
ils sont capables aussi de comprendre une règle numérique et de l’appliquer à de nouveaux
problèmes.

Auparavant, on croyait qu’un tel niveau élevé de représentation mentale dépassait les
facultés de tous les animaux non humains.

Un aspect important du langage humain est le fait qu’il fasse référence à des objets et à des
événements du monde extérieur.

Il y a vingt ans seulement, on considérait encore que les communications vocales des primates non humains ne traduisaient rien d’autre que l’état émotionnel de l’individu (par exemple, le fait qu’il soit agressé ou soumis).

Or, depuis, de nombreuses études ont montré que chez diverses espèces de primates, les cris de l’individu lui servaient à transmettre à ses congénères des informations sur des événements extérieurs relatifs à la présence de nourriture, à la présence de prédateurs ou aux relations sociales 18.

Ainsi, par exemple, on a montré que les singes rhésus, lorsqu’il s’agissait d’obtenir une aide alliée
en cas de rencontres conflictuelles, utilisaient cinq cris distincts, appelés « cris de ralliement ».

Le cri particulier utilisé dans ces circonstances dépend du type d’adversaire rencontré et du
niveau d’agression.

Ces singes émettent aussi différents types de cris selon le type de nourriture.

D’autres singes répondent à l’information reçue sous forme de cris, et leur réponse n’est pas
simplement conditionnée par le signal reçu.

Les singes reconnaissent aussi l’identité de celui qui appelle, et ils utilisent cette information pour formuler leurs réponses.